Marie-Anne Lenormand, la Madame Soleil alençonnaise de la Révolution

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Née à Alençon à la fin du XVIIIème siècle, Marie-Anne Lenormand va devenir à Paris la devineresse des personnalités politiques et intellectuelles de l'époque : de Robespierre à l'Impératrice Joséphine en passant par le Tsar Alexandre de Russie. Elle a même laissé son nom à de nombreux jeux de cartes illustrées.

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Quel destin incroyable que celui de la Normande Marie-Anne Lenormand ! Elle naît dans l'Orne à Alençon le 27 mai 1772. D'origine modeste, elle est élevée à l'Abbaye royale des dames bénédictines d'Alençon. Dès son plus jeune âge, elle se met à dire l'avenir à ses compagnes. Sa réputation se consolide et elle passe même pour un petit prodige ce qui lui vaudra d'être renvoyée de l'établissement religieux.

A 18 ans, elle s'installe à Paris où son talent de prophétesse va pouvoir se développer grâce à l'enseignement de Madame Gilbert, une diseuse de bonne aventure. Celle-ci va notamment lui enseigner l'art du tarot et de la divination. On est alors en 1793 sous la Terreur. Déguisée en Italienne, bohémienne ou gitane, Marie-Anne dit l'avenir tandis que Madame Gilbert tire les cartes. Extrêmement douée, elle a rapidement pignon sur rue et ouvre un cabinet d'écrivain public qui sert de couverture à ses activités en marge. On peut lire au dessus de sa porte : "Mademoiselle Lenormand, libraire"

La Sibylle du faubourg Saint-Germain

Elle compte déjà parmi ses clients les grandes figures de la Révolution : Marat, Saint-Just, Danton ou encore Robespierre à qui elle prédit un funeste destin.

Je le vois, vous mourrez tous de mort violente !

Marie-Anne Lenormand

Sa carrière de devineresse va définitivement décoller grâce à Joséphine de Beauharnais. L'Impératrice la fait entrer dans le cercle des ses intimes. Le tout Paris se presse alors dans son salon de voyance, les gens de lettres comme Madame de Staël ou les artistes tel le peintre David. Napoléon, très superstitieux aurait eu aussi recours aux prédictions de la prophétesse. Elle raconte ainsi dans ses mémoires "La veille d'une bataille, il cherchait à découvrir la marche des planètes dans le ciel; nouveau Mahomet, il prétendait y lire l'issue des combats". Elle lui aurait annoncé son exil à Sainte-Hélène.

Espionne du Ministre de la police Fouché

Mlle Lenormand était certainement, avec Joseph Fouché, la personne la mieux informée de Paris. Ainsi, il se serait tissé entre eux une relation d'échanges d'informations, profitable aux deux parties.

En effet, lorsqu'on pénétrait dans l'appartement de Mademoiselle Lenormand, on attendait dans un premier salon richement décoré et orné d'une glace sans tain derrière laquelle se tenait une employée, chargée bien entendu de rapporter la moindre conversation utile à la cartomancienne. Celle-ci recevait, assise dans un large fauteuil, devant un guéridon chargé de jeux de cartes et de lames de tarots, les mains couvertes de bagues, la tête coiffée d'un turban oriental usant parfois du marc de café ou d'un oeuf cassé pour y lire l'avenir.

Parallèlement, Marie-Anne Lenormand continuait à s'adresser à toutes les bourses puisqu'en échange de "vingt sous" ou de bons tuyaux sur les grands de ce monde, elle délivrait son oracle.

Femme puissante, fine politicienne, séductrice, intellectuelle, elle n'échappa pas cependant à différents procès dont un en sorcellerie. A partir de 1830, elle n'exerce plus qu'à titre privé, on la retrouve à Vienne, Genève, Saint-Pétersbourg ou encore Venise.

La plus grande voyante de tous les temps

"La plus grande voyante de tous les temps", c'est ainsi qu'elle est nommée vers la fin de sa vie.

Elle souhaitait finir sa vie à Alençon où elle effectua plusieurs voyages. Mais c'est à Paris que finalement elle s'éteint à 71 ans, alors qu'elle s'était vue centenaire ! Ironie de l'histoire... Cependant, juste avant de rejoindre les morts dans l'au-delà, avec qui elle dialoguait depuis des années en bonne nécromancienne, elle aurait prédit qu'en 1914 la France serait à feu et à sang et qu'à cette époque-là on voyagerait et on se battrait dans le ciel. En 1843, ses obsèques sont grandioses : char à quatre chevaux, cent pleureuses qui défilent un cierge à la main. Balzac parlera même d'elle dans son roman publié en 1846 "Les comédiens sans le savoir". Restée sans héritier direct, elle lègue à l'époque une fortune d'un million de francs à son neveu, soit un peu plus de deux millions d'euros...

Le culte de Mademoiselle Lenormand

C'est dans la troisième division, en quatrième ligne AF17 du cimetière du Père Lachaise à Paris que vous pourrez découvrir la tombe de la fameuse pythie normande. Depuis 1843, sa tombe ne défleurit pas ornée aussi des colifichets déposés par ses adeptes. Encore aujourd'hui on trouve de nombreux jeux de cartes illustrées à son nom : "Le jeu de Mlle Lenormand", "Le grand Lenormand" ou encore "Le Petit Lenormand.

Marie-Anne Lenormand, dont une rue d'Alençon porte son nom, est devenue une icône.