Des agriculteurs dénoncent des contrôles excessifs de l'Office français de la biodiversité dans l'Orne

Malgré les annonces du premier ministre, des agriculteurs poursuivent parfois dans la division, le mouvement de contestation. Si certains sont partis à Paris, d'autres ont choisi de rester dans leur campagne. Des agriculteurs de l'Orne ont ciblé l'Observatoire français de la biodiversité, dont les pratiques sont jugées brutales.

Parmi les raisons de la colère des agriculteurs, l'excès de normes complexes et strictes figure dans leur cahier de doléances. Alors qu'une partie d'entre eux converge sur Paris pour bloquer la capitale et le marché de Rungis, d'autres ont choisi de mener des actions locales.  

L'OFB, une "organisation opaque" selon les agriculteurs

Dans l'Orne, les jeunes agriculteurs et la FDSEA ont manifesté aujourd'hui devant l'office national de la biodiversité basé dans leur département au Pin-au-Haras. Ils dénoncent notamment la brutalité avec laquelle cet organisme  d'Etat applique son pouvoir de contrôle sur les exploitations agricoles.

Dans un communiqué, ils précisent : "L'OFB, bras armé de l'État pour faire respecter la loi, agit comme une organisation opaque imposant ses propres règles aux agriculteurs".

Les agriculteurs se disent révoltés par ces pratiques qui ne laissent aucune place à "une approche préventive ou de souplesse dans les sanctions appliquées."

Lorsque l'administration autorise la suppression ou le déplacement d'une haie, l'OFB peut la déjuger sur la base d'une loi interdisant de toucher à une espèce protégée s'il estime que "potentiellement" il y aurait destruction d'habitat d'espèces protégées. Idem pour un type de fruit ou d'insecte susceptible de nourrir une espèce protégée et qui pourrait disparaître. Ce sont des représentations arbitraires de la loi, inadmissibles pour nous.

Jean-Baptiste Goutte, président des jeunes agriculteurs (JA) de l'Orne

Au delà de ces interprétations arbitraires, les jeunes agriculteurs et la FDSEA pointent "des négligences en terme de connaissance environnementale".

Ainsi, par exemple, poursuit Jean-Baptiste Goutte, l'OFB verbalise des piégeurs de ragondins qui utilisent des pièges homologués par la Fédération de chasse au prétexte que des loutres, pourtant inexistantes dans les cours d'eau, pourraient s'y retrouver piégées.

"Les agent de l'OFB pourraient simplement faire des rappels à la loi mais ils sont tout de suite répressifs" s'insurgent les agriculteurs.

L'OFB : une autonomie d'action qui confine à l'arbitraire selon les jeunes agriculteurs et la FDSEA

Par ailleurs, les organisations syndicales remettent en cause la structure administrative de l'OFB qui jouit d'une totale autonomie d'action. Ses agents, détenteurs d'une arme au même titre que la gendarmerie et la police mais qui n'en ont pas les prérogatives, dépendent uniquement du procureur de la République, selon l'organisation.

"Ils interviennent de façon inopinée pour du flagrant délit, sur dénonciation la plupart du temps, négligeant la prévention et le contact diplomatique" affirment les exploitants.

En tant que gardiens de la biodiversité et responsables de l’entretien des haies, cours d’eau, fossés, etc., les agriculteurs demandent que l'OFB soit rattaché au préfet ou à la Direction départementales des territoires. 

Communiqué de la FDSEA 61 et des JA de l'Orne

Dans ses premières mesures, le gouvernement a préconisé de lever le pied sur les contrôles de l'OFB. "Cela va dans le bon sens" indiquent les agriculteurs. Mais il faut aller plus loin. Nous demandons a minima une mise sous tutelle du préfet afin d'arrêter les abus de procédure et les incohérences dans des pratiques basées sur la seule répression de ces agents de l'Etat.

Taquiner l'OFB : "un coup de trop" selon la confédération paysanne 

De son côté, la Confédération paysanne dénonce l'agro-industrie qui prévaut depuis des décennies. Soucieux d'une production agricole respectueuse de l'environnement dans un cadre de vie agréable pour tous et selon des méthodes durables, le syndicat ne cautionne pas cette action. 

Pour Edouard Benar, producteur de cidre, de poiré et de jus de pomme dans l'Orne, cette action est incompréhensible.

C'est inadmissible d'aller braquer cette institution, c'est en contradiction avec la révolution de notre métier ! C'est un coup de trop. On milite pour la vie des consommateurs dans un cadre de vie agréable. Il n'est pas normal d'aller taquiner l'OFB qui est sous la tutelle des ARS. Demander le placement de cet organisme sous la tutelle des préfets en connexion directe avec les ministères, on voit cela d'un mauvais oeil ! On n'est pas là dans une demande qualitative, de respect de la biodiversité, on ne peut pas défendre cela.

Edouard Bénard, porte-parole de la Confédération paysanne de l'Orne

Selon le porte-parole de la Confédération paysanne, les jeunes agriculteurs sous l'impulsion de la FDSEA profitent de cet espace médiatique pour donner une image dégradante des pratiques agricoles.

L'organisation syndicale formule des demandes sociétales pour une agriculture plus propre. Nous voulons mieux travailler pour être mieux rémunéré et favoriser l'avenir de la profession, de nos enfants indique-t-elle.

Des annonces gouvernementales en trompe-l’œil

Concernant les annonces du gouvernement, la Confédération paysanne est en accord avec le constat mais réfute une "politique du chéquier qui ne change rien sur le fond", poursuit-elle.  Si la fin de la taxation du GNR est une bonne chose, les aides à l'agriculture bio sont dérisoires, de l'ordre de 850 euros par ferme. L'organisation syndicale attend par ailleurs des gages sur la loi Egalim avant de s'insurger sur la suppression des quotas qui, selon elle, est une catastrophe.

Elle souhaite un changement de paradigme, demande une réforme profonde des modes de production, la fin des accords de libre-échange en vigueur et une meilleure répartition dans l'échelle des valeurs. De la production à la consommation, l'alimentation est une chaîne de nombreux acteurs. "On ne va jamais chercher ceux qui se trouvent au milieu du système", soutient la Confédération.

Ce mercredi 31 janvier, la Confédération paysanne organise un marché éphémère devant le magasin Carrefour d'Alençon, route de Bretagne, pour débattre d'une agriculture socialement joyeuse.