Dans l’Orne, bienvenue à la Berouette, une ferme test qui milite pour l'environnement

© Ferme de la Berouette
© Ferme de la Berouette

Ils s’appellent Jojo, Hannah, Thérèse et Yannick. Ils occupent ensemble des terres dont ils se partagent l’espace. Une ferme en permaculture, une oasis de nature dans une zone occupée par de grandes entreprises.

Par Nicolas Corbard

Bienvenue à Caligny dans l’Orne, un village de 830 habitants tout près de Flers. Une commune connue notamment pour sa zone industrielle et de recherche : Normand’innov. Ici, sur des dizaines d’hectares, se côtoient 1500 personnes, salariées de grandes entreprises à dimension internationale :

L’équipementier automobile Faurecia et ses ingénieurs qui développent la voiture du futur.... L’entreprise Lemoine, leader en Europe sur le marché du coton-tige et qui possède des usines partout dans le monde... Le CED, le centre d’essai dynamique, spécialiste des crash-tests et seul laboratoire indépendant au monde habilité à valider la sécurité des sièges d’avions et d’hélicoptères…
 
© Flers Agglo
© Flers Agglo

Au milieu de cette zone, propriété de Flers Agglo, est nichée une petite ferme pas comme les autres. La Berouette, « la brouette » en parler paysan. Une quinzaine d’hectares en bio et en permaculture exploitée par une bande de copains, devenue une véritable famille au fil du temps.
 
 

Jojo

En 2013, l’agglomération de Flers était un peu embêtée. Au milieu de sa zone industrielle flambant neuve subsistait quelques hectares de terre un peu humide où se trouvait une ancienne ferme qui commençait à tomber en ruine.

Un espace laissé à l’abandon et qu’il allait falloir entretenir. Les élus, le président Yves Goasdoué et Youssef Zeniter, le directeur chargé de l’attractivité du territoire, ont alors l’idée de lancer un appel à projet pour créer un espace test.
 
© F3N
© F3N

Joseph Robert dépose un dossier. Son projet : développer une ferme partagée en permaculture et en bio. Jojo a un CV alléchant. Il a travaillé dans l’insertion sociale, dans la formation pour adulte et possède une licence en aménagement du territoire. Il a aussi pas mal bourlingué dans des fermes bio en Bretagne, en Loire-Atlantique et dans la Creuse.

C’est par militantisme, et pour ne pas laisser tomber le territoire où il est né et qui perd chaque année des habitants, qu’il a décidé de poser ses valises ici. Flers Agglo lui prête les terres. Une feuille blanche où tout est à écrire.

 
 

Yannick, Thérèse et leurs enfants


Yannick et Thérèse posent leurs valises à la Berouette fin 2015. Ils reviennent du Sénégal où ils ont passé un an avec leur petit garçon Jonas. Là-bas, au sein d’une ONG, ils se sont formés à la permaculture et ont créé une forêt jardin.

Thérèse est une amie de lycée de Jojo. A leur retour, ils décident de poser leurs valises à la Berouette. Ils créent leur société « Le Bosquet de la Vère » et se lancent dans la permaculture. Le couple élève des cochons rustiques, fabrique des sirops et des confitures, et développe une forêt jardin.
 
© Ferme de la Berouette
© Ferme de la Berouette

Pendant un an et demi, Yannick conçoit cette forêt, autonome et résiliente, où tout est comestible de la cime des arbres au sol. La famille s’agrandit avec Rebecca et Léone. L’implication de Yannick et Thérèse va au-delà du domaine professionnel. C’est un projet de vie, pour leurs enfants, et pour chercher des solutions à la crise environnementale.

 
 

Hannah


Hannah est la sœur de Thérèse. Toutes les deux sont nées au Danemark avant de s’installer avec leurs parents à Rouen. Elles ont grandi dans le respect de l’environnement et ont été habituées à vivre en communauté.

Hannah a d’abord travaillé à Paris dans des maisons de couture, puis elle a créé des costumes pour le théâtre et le cinéma. Elle a ensuite rejoint l’industrie textile dans la vallée de la Vère, pendant 10 ans, jusqu'a ce que l’entreprise délocalise sa production en Europe de l’Est. Un déclic pour Hannah qui veut alors redonner du sens à son travail, en accord avec ses préoccupations environnementales.

Elle arrive à la Berouette, par l’intermédiaire de sa sœur, d’abord comme observatrice. Hannah a repris ses études et doit réaliser un mémoire pour sa licence en économie sociale et solidaire.

Elle décide de s’intéresser à la vie des collectifs dans le travail. Comment faire pour que ces groupes n’explosent pas, comme la plupart, au bout de 5 ans ? Elle élabore une charte, met en place des discussions et des réunions permanentes, pour souder dans leur projet commun les habitants de la Berouette.
 
© Hannah Wenger
© Hannah Wenger

Finalement, elle pose à son tour ses valises et décide de se lancer dans la teinture végétale avec son atelier « La Filière ». Elle participe à la tonte des moutons, cultive les plantes tinctoriales et teint elle-même la laine. Elle veut revaloriser une filière régionale qui s’est doucement éteinte.

Au sens propre comme au figuré, elles tissent des liens avec les habitants de la Berouette…si bien qu’elle épouse Jojo qui – bel acte féministe -  prend le nom de sa femme : Wenger.

 


C’est une période charnière pour la ferme de la Berouette car c’est cette année que Yannick, Jojo, Thérèse et Hannah vont se porter acquéreurs des terres. Ils sont aussi en train de développer une conciergerie pour vendre leurs produits à leurs voisins industriels. L’aventure est loin d’être terminée à la Berouette !

 

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