Journées du patrimoine : dans l'Orne, on fabrique des paillettes haute-couture et écologiques

Pour les journées du patrimoine, la maison Langlois Martin ouvre ses portes tout le week-end. Cette société centenaire, spécialisée dans la création de paillettes de très grande qualité, a quitté Paris en 2018 pour s'installer dans un haras à Saint-Ouen-sur-Iton près de l'Aigle.

Certains veulent des paillettes dans leur vie. D'autres en parent les plus beaux vêtements. Et ça fait plus de 100 ans que ça dure. Mais ce fut longtemps un secret bien gardé, réservé à une poignée d'initiés, dont font partie les grandes maisons de couture comme Chanel ou Dior. "Ça fait 12 ans qu'on a la société et ça fait 12 ans qu'on nous réclame de savoir comment on fabrique cette paillette française. Les anciens propriétaires, la famille Langlois-Martin n'osait pas montrer. Aujourd'hui, on s'est dit avec mon associé que c'était peut-être une façon d'ouvrir notre patrimoine, de montrer ce qu'on savait faire", raconte Pascal Bernard. La manufacture, la dernière à fabriquer des paillettes en France, ouvre donc ses portes ce week-end au grand public pour lui montrer une petite partie de ses secrets de fabrication.

"On utilise des recettes qui datent de plus d'un siècle", affirme Pascal Bernard, "J'ai appris exactement comme a appris monsieur Langlois, l'ancien propriétaire, qui l'a appris de son père et de son arrière-tante. Rien n'a été changé." Une histoire de transmission donc, qui après être sortie du cercle familial, s'élargit encore un peu plus à l'occasion de ces journées du patrimoine. 

Journées du patrimoine à la manufacture de paillettes Langlois-Martin

En prenant les rênes de l'entreprise centenaire, Pascal Bernard et Jean-Baptiste Drachkovitch, son associé, ont acquis un savoir-faire mais aussi un matériel exceptionnel. La manufacture, comme son nom l'indique, réalise la majeure partie de sa production à la main, qu'il s'agisse des paillettes mais aussi du vernis qui les recouvre, mais elle s'appuie aussi sur "un patrimoine industriel que nos concurrents nous envient, une collection de plus de 5000 outils qu'on ne trouve nulle part ailleurs et qui sert encore à alimenter tous les brodeurs français", souligne Jean-Baptiste Drachkovitch.

Espionnage industriel

Devant les visiteurs, le co-directeur de la maison Langlois-Martin fait ainsi la démonstration d'une machine perforant des bandes d'acétate de cellulose pour produire les paillettes. Une fois passée dans la perforatrice, la bande est criblée de trous. "On ne les conserve pas", explique Jean-Baptiste Drachkovitch, On les fait détruire pour éviter l'espionnage industriel parce que nos concurrents ont des outils à moins bon rendement, souvent moins larges. Et avec ce type de bande, vous pouvez déduire la rentabilité de l'outil."

Quand l'entreprise a quitté en 2018 la capitale, son fief historique, pour la Normandie, ce sont pas moins de 25 camions de 15 tonnes qui ont été mobilisés pour acheminer le matériel au haras de Saint-Ouen-sur-Iton. Toutefois, les dirigeants le rappellent, c'est la main de l'homme qui assure l'essentiel du travail, comme ces écheveaux, une série de paillettes allignées minutieusement et manuellement sur un fil. "On a les plans d'un méchier automatique mais nos clients sont habitués à ça depuis 1919. On n'a pas envie de commencer à leur fournir autre chose."

Le bourgeois gentilhomme de la paillette ?

Un savoir-faire et des machines uniques, tout comme la matière première utilisée par la maison Langlois-Martin. "Même si nos paillettes ressemblent à du plastique, il faut savoir qu'elles sont à 85% en cellulose, c'est à dire du bois. Nous sommes les derniers à savoir encore comment utiliser cette matière, qui est une matière vivante", souligne Pascal Bernard. "Pendant longtemps, on a été un peu comme le bourgeois gentilhomme qui fait de la prose sans le savoir. En fait, on fait une paillette écolo depuis 100 ans sans le savoir.. Elle répond à tous les critères que tout le monde recherche aujourd'hui : écologique, durabilité, fabriquée en France avec des produits français ou européens, faite à la main principalement. Il n'y avait donc aucune raison qu'on ne fasse pas partager tout ça.

Cette matière il faut la façonner et la vernir. Au fil des décennies l'entreprise, désormais basée en Normandie, a engrangé de l'expérience et considérablement étoffé son catalogue. "On a une palette de 1600 couleurs disponibles et 5000 formes différentes avec 5 estampages différents", soit des millions de combinaisons possibles.

Ces journées du patrimoine ne sont peut-être qu'un début pour la manufacture Langlois Martin. L'entreprise, labellisée en 2007 entreprise du patrimoine vivant, travaille très sérieusement à l'ouverture d'un musée.

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