Pourquoi veulent-ils tous nous faire courir et pourquoi ça marche ?

Best-of Paris 2014 / © E.VARGIOLU via www.themudday.com
Best-of Paris 2014 / © E.VARGIOLU via www.themudday.com

Une nouvelle épreuve un peu folle est attendue au Havre et à Rouen, La Candy Course. Le concept ? Courir au milieu de bonbons. Depuis plusieurs années, les courses déjantées ou extrêmes sont de plus en plus nombreuses en Normandie. Pourquoi un tel succès ?

Par Nicolas Corbard

C’est un nouveau type de course où l’on évolue en marchant ou en courant au milieu de bonbons pendant 5km. La Candy Course va bientôt avoir lieu au Havre et à Rouen après des éditions à Paris, Toulouse, Pau ou Poitiers. Un évènement présenté comme « la course la plus sucrée en Europe ! ».
 

Selon les organisateurs de l'évènement cette course est née il y a 5 ans au Québec et s'est exportée aux Etats-Unis.

Le concept c'est d'avoir une dégustation de bonbons à chaque kilomètre. C'est une course en direction des enfants pour qu'ils goûtent l'effort. C'est familial. On peut se déguiser, se maquiller.

Une épreuve amusante, qui attire entre 2000 et 3000 personnes, organisée par la société « Justrun ! », fondée à Québec. Le collectif d’évènements sportifs propose déjà des courses chocolatées, d’autres avec des zombies, des épreuves où l'on doit s’échapper d’une prison en étant poursuivi par des gardiens ou des trails extrêmes.
 
© C Gauberti France 3 Normandie
© C Gauberti France 3 Normandie

Dans ce type de courses, il s’agit de s’amuser en famille ou entre amis à l’image de la Colore Caen ou de la Col’Orne à Alençon. Une sorte de grande récrée pour les enfants comme pour les plus grands. L’objectif est de lâcher prise tout en pratiquant une activité sportive, comme l’indiquent les organisateurs.

C’est pour beaucoup l’occasion de sortir du quotidien, de « faire les fous » mais de manière encadrée.
 
 

Des défis pour se sociabiliser

Tout aussi encadrées mais beaucoup plus déjantées, il y a les courses à obstacles. Les Bulky Games par exemple, qui ont eu lieu à Caen en mai et en novembre 2019 et qui se déroulent un peu partout en Europe, consistent à parcourir 5 km en marchant ou en courant et à franchir 12 obstacles gonflables.
 

Accessibles à partir de 16 ans, ce type de course consiste à retrouver le goût de l’enfance et à se faire (gentiment) peur entre amis. Des courses pour lesquelles il faut débourser autour d’une cinquantaine d’euros par personne, et qui sont standardisées.

Des courses franchisées, qui deviennent des marques, très présentes sur les réseaux sociaux et qui sont autant d'épreuves à afficher à son tableau de chasse sur Facebook ou Instagram. Les vidéos foisonnent et les photos aussi.
 

Montrer les muscles et faire équipe


Dans la famille des courses d’obstacles tout aussi standardisées, il y a la Mud Day, déjà bien installée à Caen depuis 2015. Une épreuve extrême, un circuit de 13 km jalonnés de 22 obstacles parcouru par plus de 5000 personnes ! Objectif : se lancer un défi comme l’explique l’un des organisateurs de l’évènement :

L’idée c’est de vivre une épreuve exceptionnelle, sur une journée. La plupart des gens s’inscrivent en équipe de quatre. On vient pour se dépasser, il faut escalader, ramper dans la boue et dans l’eau. Le but est vraiment de se tester.

Se tester et « montrer les muscles » comme le reconnaissent Tom et ses potes qui se sont entraînés pendant des jours pour participer à la Mud Day : « C’est le challenge d’enchaîner les obstacles, un délire entre copains ».
 

Tout aussi salissante, la Frappadingue aux Andelys dans l’Eure a aussi des allures de carnaval géant. Chacun peut y venir déguisé. Le maître mot c’est de se lâcher, dans l’esprit d’un enterrement de vie de garçon ou de jeune-fille. Clément Devins est le co-organisateur de l’évènement :
 

C’est ouvert à tous. On a des gens qui ne courent jamais, qui ne peuvent pas s’engager sur 5 km mais le fait de le faire avec des amis et de venir pour s’amuser, ça donne envie, plus qu’un trail classique.

 

Ces courses renforcent l’esprit de groupe, soude les amis, la famille autour d’un objectif commun comme l’explique Xavier, un adepte des « mud run » les courses dans la boue :

ça saisit, ça casse les pattes mais avec l’équipe c’est bien. Ça te pousse. Quand l’un va mal, l’autre l’encourage. On est solidaire

Courir pour les autres


Courir mais pour la bonne cause. C’est le concept de l’Incendiaire à la Ferté-Macé dans l’Orne. La 8e édition aura lieu le 12 septembre prochain. Une « mud run » qui rassemble chaque année 3500 personnes.

40 obstacles à franchir sur 8 km, un parcours organisé par les sapeurs-pompiers de l’Orne et dont le profit revient aux orphelins des pompiers et aux œuvres sociales. En 2016, 15 000 euros ont ainsi été versés.

Les courses caritatives sont très répandues. Il y a bien sûr la célèbre Rochambelle à Caen, qui depuis 14 ans, permet de financer la lutte contre le cancer. 1 200 000 euros ont ainsi été collectés. La première course « genrée » qui ne concerne que les femmes et qui implique un investissement émotionnel fort.
 

On ne court plus pour soi, pour s’amuser ou pour se lancer un défi mais on tente de se dépasser pour les autres, on rend un hommage avec dans la tête l’image d’une proche touchée par la maladie.

Depuis, ce type de courses « roses » s’est développé un peu partout dans la région. Citons par exemple Les Elles de l’Orne ou la Rivière Rose en Seine-Maritime.
 

Courir pour se dépasser

De plus en plus de personnes tentent l’aventure du semi-marathon, du marathon ou du triathlon, c’est ce que constate Benoît Denis, coach sportif à « A Caen la forme » :

Il y a une vraie demande et c’est souvent Monsieur et Madame Tout le monde. Beaucoup de femmes aussi. La plus jeune à 17 ans et la doyenne 83 ans

Ces séances d’une heure peuvent être destinée au simple entretien physique mais aujourd’hui la tendance c’est de répondre à un défi personnel :

Si vous prenez le triathlon le Deauville, il faut s’inscrire trois mois à l’avance pour espérer y participer ! De plus en plus, on voit des gens qui se lancent des défis, sur un coup de tête avec des amis. C’est convivial, on cherche à se dépasser et il y a tellement de communication autour de ces évènements que ça donne envie. Avec de la préparation et en se donnant des objectifs à sa portée, tout est réalisable.

 

© PMP France 3 Basse-Normandie
© PMP France 3 Basse-Normandie

Courir pour se retrouver

Et puis, il y a les extraterrestres. Ceux qui participent à l’Ironman par exemple, une course qui consiste à enchainer 3.8 km de natation, 180.2 km de vélo et un marathon (42.195 km). Ou ceux qui courent des trails extrêmes et qui poussent leur corps au bout du bout.

Prenez l’Infinity trail qui se déroulera le 20 mai prochain à Pavilly en Seine-Maritime. Une course jusqu’à épuisement, qui ne s’achève que lorsque le dernier concurrent ne tient plus debout.
 

L’intérêt ? Pour les plus sportifs, c’est de tester ses propres limites explique Benoît Denis :

Est-ce que à 40 ans, je suis encore capable de faire ça ? Il y a les limites physiques mais aussi le plaisir de se dépasser mentalement.

Dans nos sociétés où nous sommes sans cesse sollicités, la course permet aussi de se retrouver. On court après soi-même, en mode introspection, on saisit l’instant et on redécouvre son propre corps.
 

Lorsque l’on court, on se met sur off. On oublie notre quotidien. Ça me fait mal et je continue quand même. On ne pense à rien d’autre qu’à l’effort

Courir en slip !

Celle-là ne relève pas d'un défi « sportif » ... mais plutôt, « rafraîchissant ». Autour du lac de Léry-Poses dans l'Eure, le 8 mars dernier, soixante courageux ont participé à une course de plusieurs kilomètres, en slip. Une tenue symbolique puisque cette dernière se fait au profit de l'association "solidarité textiles". 

S’évader, se dépasser, semer ses soucis, se déconnecter du monde, être à soi l’espace de quelques kilomètres, avant bien sûr de partager ses prouesses avec ses amis ou sur les réseaux sociaux… C’est sans doute ce qui fait le succès de ces courses, à l’image finalement de notre société, à la fois individualiste et collective.

 

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