Des déchets enfouis illégalement, la société de dépollution Valgo visée par une enquête pénale

La préfecture de la Seine-Maritime avait déjà mis en demeure et verbalisé la société de dépollution Valgo fin mars. Des déchets enfouis illégalement ont été retrouvés sur le site de l'ancienne raffinerie Pétroplus de Petit-Couronne. L'affaire prend une autre dimension car c'est au tour du parquet de Rouen d'ouvrir une enquête pénale.

L'information a été révélée par nos confrères du Poulpe. Après de nombreuses amendes et plusieurs mises en demeure de la préfecture de la Seine-Maritime, la société de dépollution Valgo est désormais dans le viseur de la justice.

Le parquet de Rouen a ouvert une enquête sur les conditions de la dépollution de l'ancienne raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, près de Rouen.

L'entreprise Valgo est en charge de la dépollution et de la réhabilitation de ce site depuis 2014.

Visé par une enquête pénale

"Une enquête est en cours pour des infractions à la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement", nous a confirmé le cabinet du procureur de la République de Rouen.

Selon le journal d'investigation normand, la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) aurait transmis au parquet de Rouen à l'automne dernier, "plusieurs procès-verbaux d’infraction dressés à la suite de très nombreuses visites, programmées ou inopinées, menées sur l’ancien site pétrolier".

Contactée, la direction de Valgo nous indique ne pas avoir eu connaissance de l'ouverture d'une telle enquête et assure ne pas avoir été convoquée. "Toutefois, la direction Valgo reste à la disposition des services d’enquête pour permettre de démontrer que la société n’a commis intentionnellement aucune infraction", nous indique-t-elle.

Déchets enfouis illégalement

Ce n'est pas la première fois que la société est rappelée à l'ordre, elle a régulièrement été épinglée par la préfecture de la Seine-Maritime.

En mars dernier, il était question d'enfouissement illégal de déchets, notamment de laine minérale, déchets classés cancérigènes. Depuis plusieurs mois, la préfecture menait des investigations pour comprendre où étaient passées les centaines de tonnes de laine isolante de l'ancienne raffinerie. Ils ont été retrouvés dans le sous-sol alors qu'ils étaient censés avoir été dépollués.

Des incohérences et des questionnements apparaissent dans les écrits de la société Valgo, notamment ce qui concerne le ratio du tonnage de laine minérale, récupéré et déclaré par rapport à la superficie de la zone correspondante.

Préfecture de la Seine-Maritime

Arrêté du 21 mars 2024, page 5

Des photos, images de drones et témoignages avaient éveillé les soupçons des autorités. Deux amendes avaient été prononcées d'une valeur de 60 000 euros.

Plusieurs amendes et mises en demeure

Quatre mois plus tôt, en novembre 2023, la préfecture de la Seine-Maritime avait pris un arrêté et mis en demeure l'entreprise d'évacuer des déchets enfouis, une nouvelle fois, illégalement.

La société Valgo devait "régulariser l'installation de stockage de déchets" et évacuer, avant le 31 juillet 2024, "les déchets enfouis illégalement, notamment lors des opérations de remblaiement des terrains, et les diriger vers des installations dûment autorisées à les recevoir".

En 2021, l'entreprise Valgo s'était aussi vue infliger une amende de 15 000 euros pour avoir utilisé comme remblai des déchets dangereux issus du chantier du Grand-Paris. "Un lot de terres excavées de 5 321 tonnes issues de sols pollués a été admis et enfoui sur le site alors que les terres présentent des concentrations en plomb qui les classent comme déchets dangereux, toxiques pour la reproduction et écotoxiques", avait indiqué l'arrêté préfectoral le 4 novembre.

Contactée par France 3 Normandie, la direction Valgo se défend en mettant en avant la complexité et l'envergure de chantier de dépollution. "La société Valgo a dû jusqu’à présent traiter 52 000 m3 de déchets pétroliers issus des installations de la raffinerie avant de la déconstruire, retiré 2 000 m3 de liquides pétroliers de la nappe phréatique, soit 4 fois plus de déchets pétroliers collectés par rapport à l'estimation initiale de la cellule liquidative", a-t-elle assuré.