Féminicide au Havre : ce que l’on sait de la victime        

© F3 Normandie
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Une jeune maman de 27 ans est morte sous les yeux de ses enfants tuée par son ex-conjoint lundi 16 septembre 2019. Les faits se sont déroulés au Havre. Placement en foyer, mains courantes déposées voici ce que l’on sait sur la victime au lendemain du drame.

Par MR

Johanna a reçu plusieurs coups de couteau notamment au niveau du cou devant ses enfants. Le drame s’est produit lundi 16 septembre devant le magasin Leader Price situé rue des Briquetiers au Havre.
 
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Ce 105 ème feminicide de l’année 2019 (selon une organisation féministe) est pour les militants un exemple flagrant des manquements dans les procédures et dispositifs contre les violences conjugales.

Deux plaintes déposées

Selon la page Facebook des militants de Féminicides par compagnons ou ex on apprend que le

11 août 2019, Johanna avait sauté du premier étage de leur appartement car son conjoint la menaçait avec un couteau, la plainte avait été classée sans suite par le parquet 3 jours plus tard !!! Il y a cinq ans déjà, elle avait porté plainte, classée également sans suite. 

Il aurait aussi tenté de l’étouffer avec un sac poubelle sur la tête.
Toutes ces violences auraient été perpétrées devant les enfants du couple âgés de 2,4 et 6 ans.
La fratrie a été placée dans le service pédiatrie de l’hôpital Jacques Monod du Havre.

Témoignage : il a dit qu'il allait la tuer et il l'a fait

C'est tout le système qu'il faut remettre en question, elle avait déposé deux plaintes classées sans suite. Il a juste eu 48 heures de garde à vue et c'est tout ! Il la menaçait et ne voulait pas lui laisser les enfants. Il la tuerai un jour, il l'avait prévu. Il a dit qu'il allait la tuer et il l'a fait (...) c'est la faute de tous: d'abord la sienne car il l'a assasinée, c'est aussi la faute de la justice qui n'a pas pris la plainte correctement, ni essayer de trouver des vraies preuves. C'est la faute à tout le système, la police nous répond qu'elle n'a pas assez d'effectif, qu'ils ne peuvent pas prendre toutes les plaintes, que des appels comme ça il y en a des dizaines par jour.

Féminicide au Havre : c'est tout le système qu'il faut remettre en question


Placée dans un foyer d’hébergement d’urgence pour femmes battues

Depuis le 29 août, Johanna s’était réfugiée à l’Association femmes et familles en difficulté de Normandie (AFFD), une association qui travaille avec des partenaires qui leur offrent un complément dans l’accompagnement en matière de justice, de santé ou encore de culture.
 
A Caucriauville, un quartier du Havre, l'association femmes et familles en difficulté créée en 1979 a inauguré en décembre 2018ses nouveaux locaux. Florence Martin Pereon, la présidente nous confiait vouloir faire encore plus pour les femmes victimes de violences conjugales.
Féminicide au Havre INTERVIEW de Laurent Logiou, Directeur par intérim de l'AFFD de Normandie

INTERVIEW de Laurent Logiou, Directeur par intérim de l'AFFD de Normandie

Notre travail c'est de les accompagner dans leurs démarches de façon sociale (...) Les maris violents ne supportent pas que leur (ex) femme partent avec les enfants. Il faudrait traiter ces maris violents, le système espagnol a fait ses preuves. J'espère que le débat engagé aujourd'hui fera qu'on mettra des moyens supplémentaires pour aider ces femmes et surtout modifier la législation. Quand un mari est violent ce n'est pas à la femme d'aller se cacher, pour moi elle doit continuer à vivre comme elle vivait. C'est au mari qu'il faut faire une prise en charge psychologique et juridique. J'espère que des décisions seront prises rapidement. Il faut traiter un mari violent de façon plus rapide et plus ferme !



Un rassemblement est prévu devant l’hôtel de ville du Havre mercredi 18 septembre à 14h30. Par ailleurs une minute de silence a été observée lundi soir lors du conseil municipal.
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Dans son communiqué du 17 septembre, François Gosselin, le procureur de la République du Havre a détaillé les précédentes tensions au sein de ce couple : 

Il s'avérait que depuis le mois de mai 2019, la victime avait informé les services sociaux de sa volonté de se séparer de son compagnon, et des demandes de logement avait été adressées adressées à plusieurs bailleurs sociaux. Le 29 juillet 2019, elle sollicitait à nouveau les services, qui obtenaient une place au Service d'Accueil d'Urgence des Femmes (SAUF) à compter du 31 juillet.

Elle ne rejoignait pas cet hébergement, et déposait une main-courante au commissariat du Havre le 10 août, indiquant que le climat était tendu mais qu'il n'y avait pas de violence contre elle-même ou sur les enfants.

Le 11 août au soir, les services de police intervenaient au domicile commun, que la jeune femme disait avoir quitté en passant par la fenêtre de l'appartement sis au premier étage/entresol, ayant été menacée par son compagnon à l'aide d'un couteau ainsi que d'étouffement avec un sac en plastique.

Le mis en cause était interpellé et placé en garde-à-vue, mais les éléments réunis au cours de l'enquête apparaissaient insuffisants pour caractériser une infraction, et la procédure était transmise au parquet en vue d'un classement sans suite.

La jeune femme était alors hébergée chez sa soeur pendant deux semaines, puis finalement accueillie au foyer SAUF.

Depuis lors, en attente d'une décision de justice quant à leur garde, les enfants étaient pris en charge tour à tour par chacun des parents: ainsi le père les avait pris le week-end, et avait conduit les deux ainés à l'école le lundi matin. La mère allait les chercher à la sortie de la mi-journée, et convenait avec le mis en cause de se retrouver dans un kebab où il ramenait le cadet. Une dispute survenait dans cet établissement au sujet des enfants, et le père les emmenait à l'hypermarché voisin pour leur acheter des glaces, la victime les attendant dans le kebab.

La caissière de la grande surface ne rapportait aucun comportement particulier d'excitation du père, et c'est alors qu'ils sortaient du magasin que, selon l'intéressé, sa compagne l'aurait interpellé à nouveau au sujet de la garde des enfants et qu'il l'agressait avec le couteau dont il se disait habituellement porteur en raison de menaces dont il aurait fait l'objet.
 

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