Que sont les larmes de sirènes, ces microbilles de plastique qui envahissent les côtes de Seine-Maritime ?

La préfecture de Seine-Maritime a annoncé, ce vendredi 3 février dans la soirée, une pollution aux microbilles de plastique sur la plage de Saint-Jouin-Bruneval, près du Havre. Elles pourraient provenir d’un conteneur mal fermé.

On les appelle les "larmes de sirènes" : composées de plastique, elles envahissent, depuis dix jours, les départements de la façade Atlantique. Vendredi soir, elles avaient atteint Saint-Jouin-Bruneval (Seine-Maritime). Et pourraient déferler sur d’autres plages du littoral de la Manche dans les jours qui viennent.

D’origine pétrochimique

Si on les connaît sous ce nom poétique de larmes de sirène, ces sphères en plastique, format XXS, portent le nom plus scientifique de GPI (granulés plastiques industriels). Elles mesurent généralement entre 1 et 2 mm et leur petite taille rend, de fait, leur collecte particulièrement délicate.

Les GPI sont composés, à hauteur de 90%, de différents types de polymères artificiels, issus de l’industrie du pétrole. Mais également de quantité d’additifs chimiques. Selon le Centre de documentation, de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre), jusqu’à 10 000 seraient utilisés par la plasturgie.

En six ans que l’on organise des ramassages, je n’en ai jamais vu autant.

Arnaud Fréret

à France 3 Normandie

"Elles servent de matière première pour fabriquer nos objets en plastique du quotidien", précise Arnaud Fréret, membre de la branche havraise de l’ONG Surfrider Foundation Europe. "En six ans que l’on organise des ramassages, je n’en ai jamais vu autant…"

Celles retrouvées sur le littoral de la Manche proviendraient vraisemblablement de conteneurs en mauvais état, qui se seraient ouverts en pleine mer. La faute à un conditionnement inadapté : "Le transport se fait en sacs, en cartons ou en citernes. Certains conditionnements permettent des échappements de produits sur le trajet", détaille Arnaud Fréret.

Une menace pour la biodiversité

La production mondiale de GPI est très élevée : entre 300 et 400 millions de tonnes chaque année. Si leur impact sur notre santé reste encore flou, elles représentent un réel risque pour la biodiversité.

"Ces petits granulés vont réduire de taille, se broyer à cause de l’eau, des rochers, et se faire ingérer par des espèces plus petites… Jusqu’au plancton. Une fois ingérés, ils rentrent dans la chaîne alimentaire. Et finissent dans nos assiettes", alerte Arnaud Fréret.

Oiseaux, poissons… "Suivant le système digestif de l’animal, ces capsules de plastique peuvent être bloquées à l’intérieur de l’estomac et le remplir petit à petit. L’animal n’a plus faim et se laisse mourir. Certains oiseaux marins meurent de cette manière : en se gavant de plastique, ils n’ont plus d’appétit pour manger autre chose, et meurent."

Voir notre reportage du 4 février 2023 sur les larmes de sirènes à Saint-Jouin-Bruneval :

La nécessité de contrôler le transport

Une collecte, désormais annulée, était prévue ce dimanche à marée basse par le maire de Saint-Jouin-Bruneval, François Auber. Le but, au-delà de la simple opération nettoyage, était "d’estimer la quantité de microbilles qui s’est déposée, en ciblant un périmètre", expliquait-il à nos confrères de Paris Normandie.

Mais la marée a dispersé la plupart des microbilles. Et pour en collecter une petite poignée, il fallait déjà prévoir du temps. En outre, l’opération n’aurait eu qu’un effet cosmétique : pour aboutir à de réels résultats, il faudrait traiter à la source le problème de ce "cauchemar environnemental" – les mots de Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique.

L’ONG Surfrider milite ainsi pour des règles plus strictes concernant le transport des larmes de sirènes. En citernes, suffisamment étanches, elles se déverseraient moins fréquemment dans les cours d’eau.

Entrée en vigueur en janvier 2022, une loi française prévoit également que les sites de production et de transport de GPI renforcent leurs procédures pour prévenir les pertes de ces granulés dans les milieux naturels.