Trafic de cocaïne dans le port du Havre : 6 trafiquants présumés jugés à Douai

Les 6 accusés sont soupçonnés d'avoir fait transiter près d'une tonne et demi de cocaïne sur le port du Havre en 2017 en corrompant des dockers. Ils sont jugés devant la cour d’assises spéciale de Douai du 1er au 16 février 2023. Quatre encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Agés de 29 à 56 ans, les accusés comparaissent jusqu'au 16 février pour importation et trafic de produits stupéfiants en bande organisée, et association de malfaiteurs. Quatre d'entre eux, déjà condamnés pour trafic de drogue, encourent la réclusion criminelle à perpétuité, les deux autres 30 ans.

Premier rebondissement en ce premier jour de procès : l'un des accusés, Aziz Sallami, âgé de 29 ans et soupçonné de s'être ponctuellement allié à l'équipe ne s'est pas présenté. Il est désormais considéré comme étant en cavale. Pour cette raison, le président de la cour d'assises a suspendu l'audience à la mi-journée. 

Séance écourtée pour ce premier jour de procès

Cette première journée a donc été assez courte. La cour d'assises de Douai a effectué un rappel des faits et s'est entachée d'analyser la personnalité de Youssef Boukhari Sardi, âgé de 40 ans. L'homme ayant du mal à s'exprimer, la séance a été écourtée. Tout juste a-t-on appris que l'accusé avait 3 enfants, qu'il avait travaillé quelques mois en tant que raffineur et qu'il avait été déjà condamné pour trafic de stupéfiants. 

Il comparaissait dans le box avec deux autres délinquants des quartiers populaires du Havre, déjà condamnés pour divers délits, Mohamed Mellal, 31 ans et Karim Djemel, 42 ans. Les 3 hommes sont soupçonnés d'être les "donneurs d'ordre" associés de ce réseau local, qui opérait pour des organisations internationales.

S'ils reconnaissent leur participation à certaines opérations, pour des commanditaires qu'ils refusent de nommer, ils contestent tout rôle de leader. Une ligne mise en avant par leur avocate, rencontrées à la fin de l'audience. 

C'est un petit dealer qui s'est fait embarquer dans quelque chose qui l'a dépassé et dont il n'a pas réussi à se sortir. Il n'a pas pris les bonnes décisions au bon moment.

Caroline Dereme, avocate de Youssef Boukhari Sardi au barreau de Lille

De même, l'avocate de Mohamed Mellal, Anne-Laure Compoint, tente de minimiser l'ampleur de ce trafic. "On est très loin des organisations criminelles qui sont pour beaucoup à l'international. J'attends de ce procès qu'il sache s'arrêter à ce qui est établi, qu'on ne soit pas sur des supputations. Mon client ne dénie pas sa responsabilité mais à la hauteur qui est vraiment la sienne". 

Enfin, Valérie Giard, l'avocate de Karim Djemel tient à rappeler que pour l'instant ces accusés sont présumés innocents et "ne comprend pas la distinction" entre les 6 hommes qui comparaissent lors de ce procès en cours d'assises et ceux précédemment jugés en correctionnel (dont les peines d'emprisonnement ne peuvent pas excéder dix ans). Pour rappel, huit personnes, dont des personnels portuaires, ont déjà été condamnées en correctionnelle ou en appel, et trois ont été relaxées.

Voitures de luxe 

Deux autres accusés comparaissent libres sous contrôle judiciaire. Dione Mendy, 47 ans, ex-scaphandrier et videur de discothèque devenu patron d'une entreprise de BTP, est soupçonné d'être "John", celui à qui était destinée la drogue. Il aurait remis à Mohamed Mellal une clé USB contenant l'emplacement d'un "container pollué", retrouvée lors des perquisitions. Il jure n'avoir "rien à voir" avec l'affaire.

Louis Bellahcène, 56 ans, ex-gérant d'une entreprise de tuyauterie en invalidité, est soupçonné, lui d'avoir servi d'intermédiaire incontournable entre malfrats, commanditaire et ses précieux contacts sur les docks. Lui aussi réfute en bloc : "les gens pensent que je suis le roi du port" mais ce ne sont que "des bavardages", a-t-il assuré lors de l'enquête.

Dione Mendy et lui sont aussi soupçonnés de blanchiment. Lors des interrogatoires, ils ont peiné à s'expliquer sur leurs nombreux véhicules et vêtements de marque, voyages, biens immobiliers ou achats en espèces, en inadéquation avec leurs revenus.

Plus d'une tonne de cocaïne saisie en 2017

L'enquête débute en janvier 2017, lorsqu'une "source enregistrée" informe la police d'un vaste trafic de cocaïne venue d'Amérique du Sud. Une information judiciaire est ouverte, permettant des géolocalisations, des surveillances, puis l'installation de micros dans les logements de l'équipe ciblée.
Se croyant seuls, les suspects racontent tout de leurs activités criminelles, modes opératoires, complices et opérations à venir. 

Ils détaillent ainsi comment la cocaïne, stockée dans des sacs de quelques dizaines de kilos et placée dans des containers contenant des marchandises légales, est récupérée à l'arrivée des cargos grâce à des dockers corrompus. Elle peut ensuite être transférée dans un container vide sorti du port à l'aide de faux documents, confiée à un chauffeur routier en direction d'un entrepôt, ou encore chargée dans de plus petits véhicules.

Prix du kilo: entre 2.500 et 4.000 euros. Les employés portuaires haut placés, qui "recrutent", peuvent toucher jusqu'à 150.000 euros, les chauffeurs de "cavaliers" (chariots soulevant les containers), 50.000.
L'équipe organise aussi le "troc" direct de cocaïne contre du cannabis à destination de la Martinique, où il se négocie à prix d'or. A partir des seules conversations, 1,3 tonne de cocaïne et 445 kg de résine de cannabis seront saisis sur plusieurs bateaux. 

Un docker mis en examen, Allan Affagard, a été retrouvé mort en juin 2020 après un enlèvement à son domicile. L'instruction est toujours en cours.

Avec l'AFP

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