Incendie Lubrizol : les 5 questions dérangeantes de Corinne Lepage après la pollution de Lubrizol

Corinne Lepage auditionnée à l'Assemblée Nationale le 2 décembre 2019 / © Capture d'écran vidéo "Assemblée Nationale"
Corinne Lepage auditionnée à l'Assemblée Nationale le 2 décembre 2019 / © Capture d'écran vidéo "Assemblée Nationale"

L'avocate de l'association "Rouen Respire" a l'expérience de la recherche de la vérité après des catastrophes industrielles ou écologiques. Elle a répondu aux questions des députés de la mission d'information ce mercredi 2 décembre et les a informés d'étrangetés dans ce dossier.

Par Sylvie Callier

 
Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement et avocate du collectif citoyen "Rouen Respire" est directe et précise. Les députés l'ont écoutée et interrogée pendant 1 heure et quart. 


L'expertise indépendante demandée par le collectif de victimes de la pollution de l'usine SEVESO Lubrizol sera bientôt achevée. Un pré-rapport sera présenté le 6 décembre. 

Devant les députés, Corinne Lepage a fait part d'anomalies liées aux prélèvements sur le site, à des masquages de documents transmis à l'expert. Elle évoque aussi la question sans réponse sur les produits qui masquent les odeurs sur le chantier de retrait des fûts et les délais trop longs pour la reconnaissance du statut d'association de victimes.
  • De "gros problèmes"avec les prélèvements 

 Corinne Lepage parle d'abord de la venue du camion NRBC (nucléaire radiologique biologique chimique avec moyens de mesures et analyses sophistiqués) ) de Nogent-le Rotrou le jour de l'incendie. Puis elle évoque les prélèvements faits avec des lingettes, qui ne seraient pas suffisants pour ce type de pollution.

 Apparemment, le camion  n'a pas marché sur ce qui est chimique .C'est le camion de Nogent-le-Rotrou pour tout l'ouest de la France. On aurait pu faire remonter celui d'Aix-en-Provence . Cela aurait pris six heures mais l'incendie a duré 12 heures. Le camion aurait été sur place. On a fait avec les moyens du bord

Le SDIS (pompiers) a fait des prélèvements avec des lingettes.  Elles donnent des résultats surfaçiques, en mètres carrés ou en centimètres carrés.  Or les normes des produits sont en volume, en mètres cubes en centimètres cubes.  Ce n'est pas transposable. Nous n'avons plus aucun (NDLR : échantillon) témoin. 

 

  • Qui va payer les prélèvements supplémentaires ?

L'expert  (NDLR indépendant) va proposer des prélèvements  supplémentaires . L'Etat et Lubrizol disent si vous voulez les prélèvements il faut les payer. On a un vrai souci. Je souhaiterais des prélèvements sur le site de Lubrizol et le site de Normandie logistique C'est la seule manière de retrouver un peu ce qui s'est passé. Un laboratoire de Strasbourg mandaté par l'INERIS a relevé plus de 40 substances dans ce qui a brûlé.

 

  • Des mots masqués dans les arrêtés préfectoraux concernant Lubrizol 

J'ai reçu hier des "trucs" qui pourraient sortir du KGB, avec des lignes caviardées.  Des noms de services, de personnes, le tonnage de produits enlevés. C'est dans le cadre d'une procédure quand même. On atteint les limites.Je voulais tracer un historique et voir comment l'Etat s'était comporté dans la gestion de cette entreprise. Je ne comprends pas.

 
© Capture Assemblée Nationale
© Capture Assemblée Nationale
 
  • "Rouen Respire " attend toujours le statut d'association de victimes

Rien n'est fait pour faciliter la vie des victimes. Exemple, "Rouen Respire" a demandé début octobre le statut d'association de victimes pour faciliter les procédures.  On a dit au président qu'il aurait la réponse le 25 décembre. L'Etat tire le maximum du délai... Cela fera presque trois mois depuis la demande. Cela pourrait être instruit un peu plus vite.

 
  • Quels produits dans les vaporisateurs pour masquer les odeurs ?

 On ne sent plus parce qu'on a mis des produits pour que cela ne sente pas. Il y a huit vaporisateur quatre sur le site de lubrizol, quatre sur le site Normandie Logistique. L’expert a demandé ce qu'il y avait dans ces produits on n’a toujours pas la réponse. Que l’on masque les odeurs pourquoi pas, pourvu qu'on n’ajoute pas une couche de cochonneries à des cochonneries. Personnellement j'ai été très incommodée par ses produits, j’ai eu envie de vomir,  c'est pas de la vapeur d’eau. Tout cela est dans le non-dit le plus absolu

 

Incendie d'un site industriel à Rouen : Maître Corinne Lepage, ancienne ministre, avocate, co-fondatrice du cabinet Huglo Lepage - Mercredi 4 décembre 2019

Audition, ouverte à la presse, de Maître Corinne Lepage, ancienne ministre, avocate, co-fondatrice du cabinet Huglo Lepage.


  
 

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