Suppression de postes chez ExxonMobil : un rassemblement symbolique pour le 1er mai. "C'est un tsunami"

En marge de la manifestation du Havre, ce mercredi 1er mai 2024, des salariés d'ExxonMobil et leurs familles se sont rassemblés à Lillebonne (Seine-Maritime) pour réaffirmer leur opposition à la fermeture du département chimie du site de Port-Jérôme-sur-Seine.

Le rassemblement est marqué par l'inquiétude des salariés. Ils ont défilé solennellement, ce mercredi matin, en marge des cortèges du 1er mai. Une mobilisation organisée à l'initiative de l'union locale CGT, pour qui la lutte syndicale ne fait que commencer : "Il faut être inquiet. On va tous perdre notre job, et avec les réformes du chômage dans les tuyaux, on risque de se retrouver très très mal, très rapidement", alerte Germinal Lancelin, secrétaire de la CGT ExxonMobil Chimie.

Garantir la souveraineté industrielle du pays

Dans le cortège, Germinal Lancelin évoque les freins subis par les syndicats. "On est en train d'établir un calendrier avec la direction, mais c'est compliqué. Ils jouent la montre et nous laissent peu de temps pour nous organiser", dénonce-t-il.

"On veut préserver notre unité pétrochimique de façon à asseoir la souveraineté industrielle française", plaide-t-il. "Pendant le Covid, on a beaucoup servi à alimenter les usines qui fabriquaient du matériel médical, entre autres. Avec tout ce qu'il se passe à l'international, on voit que c'est important d'avoir du pétrole et des unités de production dérivées sur notre territoire pour ne pas dépendre des autres pays ou des crises, comme celle des transports."

"On demande à ce que le gouvernement oblige ExxonMobil à effectuer les investissements nécessaires pour assurer la pérennité du site", précise-t-il enfin, évoquant de sérieuses pistes pour faire plier la direction : "Une partie de notre raffinerie est à l'arrêt suite à l'incendie d'il y a un mois. Notre objectif sera de ne pas la redémarrer."

L'économie de Caux Seine-Agglo en berne

Pour rappel, ExxonMobil, l'un des plus grands groupes pétroliers mondiaux, a annoncé le 11 avril dernier fermer le vapocraqueur de Port-Jérôme, entraînant la disparition de 677 postes à l'horizon 2025.

Une annonce à l'américaine, qui a laissé un goût amer aux salariés et à leurs familles, et qui devrait en plus avoir des conséquences majeures dans la région, puisqu'au-delà des salariés, environ 3 000 à 5 000 sous-traitants concernés ne bénéficieront pas du Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) d'Exxon. C'est ainsi une grande partie de l'économie de Caux Seine-Agglo qui devrait pâtir de cette fermeture.

C'est énorme. C'est un tsunami. La fermeture va impacter tous les gens avec qui on a des contrats : les garages qui entretiennent nos véhicules, les boîtes de publicité qui nous font des visuels, les groupes commerciaux qui nous aident, les restaurateurs du coin qui accueillent tous les jours le personnel... Ça va être catastrophique.

Germinal Lancelin, secrétaire de la CGT ExxonMobil Chimie

à France 3 Baie de Seine

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Le 23 avril dernier, Virginie Carolo-Lutrot, maire (DVD) de Port-Jérôme sur Seine et présidente de Caux Seine-Agglo, rencontrait Roland Lescure, le ministre délégué chargé de l'Industrie. Sur le plateau d'ICI 19/20 Normandie Rouen, elle évoquait ensuite son espoir de revoir le calendrier d'Exxon pour faire coïncider la fermeture du vapocraqueur avec l'arrivée dans la région des futures industries Eastman, Futerro et Air Liquide, qui devraient s'implanter en 2027.

Pas de solution trouvée

Lors d'une séance de questions au gouvernement ce mardi 30 avril, Roland Lescure s'est de son côté exprimé à ce sujet, regrettant qu'une solution ait été trouvée pour la raffinerie de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) mais pas pour l'activité pétrochimie de Port-Jérôme.

Le gouvernement attend de l'entreprise qu'elle fasse preuve d'une responsabilité sociale vis-à-vis des salariés mais aussi du territoire. C'est une décision triste. Elle intervient dans un territoire en développement, dans lequel on a des perspectives d'emploi et d'investissements.

Roland Lescure

le 30 avril 2024

Il a expliqué s'être "immédiatement" mis en contact avec la direction d'ExxonMobil après leur annonce d'il y a trois semaines, "à la fois en France et à Houston, aux Etats-Unis", pour signifier son "mécontentement" vis-à-vis de cette décision et comprendre les raisons de cette fermeture. "Pour le vapocraqueur, la direction explique qu'il souffre d'un déficit de compétitivité, que l'activité en France est déficitaire."

Enfin, le ministre de l'Industrie a promis que le gouvernement serait "extrêmement intraitable" concernant le respect des obligations légales du PSE. Sans toutefois évoquer le sort des très nombreux sous-traitants.