Nouvelle-Aquitaine : pourquoi la mer grignote la terre ?

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Écrit par Paule-Emilie Ruy

Comme tous les hivers, la mer se déchaîne, les vagues puissantes déferlent sur le littoral et l’eau s’avance dans les terres. En France métropolitaine ce sont 700 km de côtes sableuses qui sont concernées par l’érosion.

Chaque année depuis 60 ans c’est le même manège : François, le conducteur du p’tit train de l’île d’Oléron et ses collègues reculent les quais du terminus en bout de ligne à la pointe de Maumusson.

Dans cette partie du sud de l’île, l’océan grignote la terre au fil du temps.

À la plage du Gatseau, le trait de côte a reculé de 700 mètres depuis 1950. Ça fait un rythme de 10 à 11 mètres par an en moyenne.

Alexandre Nicolae-Lerma, ingénieur de recherche des risques côtiers au BRGM.

Au large de cette zone, la rencontre de deux courants puissants à l’embouchure de la pointe amplifie l’érosion où le phénomène y est plus fort qu’ailleurs en Europe. 
Quand la mer monte
Mais l’érosion ne concerne pas que cette île, c’est 37 % des côtes sableuses de France métropolitaine qui sont touchées. En Gironde, Nouvelle-Aquitaine, le trait de côte recul en moyenne de 2,5 mètres par an. Et si les projections sont justes, il aura reculé d’environ 50 mètres en 2050. Des distances incroyables, visibles à l’œil nu et qui suscitent l’émoi au sein des populations. Pourtant, derrière ces chiffres existent une grande variabilité puisque certains traits de côtes… avancent !

Un phénomène naturel

L’érosion est avant tout un phénomène naturel lié aux périodes géologiques. Il y a environ 10 000 ans à la fin de la dernière ère glaciaire, d’énormes glaciers ont érodé les montagnes produisant des sédiments qui ont été charriés par les fleuves jusqu’aux plages. « Aujourd’hui nous sommes dans une période climatique relativement chaude, les glaciers sont moins importants et moins de sédiments arrivent des terres jusqu’à la mer » explique Alexandre Nicolae-Lerma. L’érosion est alors continue puisque le littoral est relativement moins approvisionné en sable. L’aménagement des cours d’eau et la récupération de leurs sédiments pour les activités humaines y contribuent aussi.

Urbanisation du littoral

La plage est naturellement bien faite : le sable prélevé en hiver par les tempêtes est redistribué l’été grâce aux différents courants. Cela permet de compenser un peu le recul du trait de côte, indique l’ingénieur. Si ce mécanisme n’est pas perturbé l’érosion est minime à l’échelle d’une année.

Or, les ouvrages humains en durs, construits sur le front de mer ont accéléré l’érosion en limitant les mouvements naturels du sable. La plage, système mobile, est devenue immobile. Cette perturbation a largement été favorisée par l’urbanisation du littoral à la suite de la seconde Guerre Mondiale, avec le développement automobile et l’apparition des congés payés. 

Accumulation de tempêtes

Au fil des siècles, l’accumulation des tempêtes grignote le littoral français. En un seul hiver, de puissantes vagues peuvent faire reculer le trait de côte de 20-25 mètres, comme à Lacanau en 2013 et 2014.
Le changement climatique amplifie-t-il ce phénomène ? Selon les observations des géologues l’érosion n’est pour le moment pas causée par les changements climatiques. « Ça ne veut pas dire pour autant que ce ne sera pas le cas dans les dizaines d’années à venir si l’élévation de la mer et les régimes de tempêtes se confirment et s’accélèrent » souligne l’ingénieur du BRGM.

En France métropolitaine 1 habitant sur 10 vit sur le littoral et est donc exposé au phénomène d’érosion. Si bien que le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, expliquait dans un rapport que 5 000 à 50 000 habitations pourraient être exposées au recul du littoral d’ici 2100.