A Bordeaux comme à Périgueux, les services de réanimation n'en peuvent plus

Ils préviennent depuis des mois. Ils ont pris de plein fouet toutes les vagues de l'épidémie, sans compter leurs efforts. Les soignants de 110 services de réanimation, dont Bordeaux et Périgueux, sont en grève. Au-delà des applaudissements, ils réclament une amélioration de leur statut.

Les soignants des services de réanimation en grève ce 11 mai à Périgueux. Ils réclament considération et statut à la hauteur de leur investissement.
Les soignants des services de réanimation en grève ce 11 mai à Périgueux. Ils réclament considération et statut à la hauteur de leur investissement. © P.Niccolaï

L'appel à la grève dans les réanimations a trouvé de l'écho, avec 110 services mobilisés dans toute la France, selon la CGT-Santé.

Plusieurs dizaines de personnes étaient réunies ce 11 mai à Bordeaux comme à Périgueux pour réclamer plus de moyens et de reconnaissance.
"Héros d'un jour, larbins toujours": à Bordeaux, environ 80 manifestants se sont rassemblés devant les locaux de l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine, qui avait baissé son rideau de fer pour l'occasion, a constaté un journaliste de l'AFP.
La petite foule était composée en majorité de personnels soignants, vêtus de blouses bleues et portant dans le dos des slogans explicites, comme "patients intubés, soignants entubés". A l'image de Marie-Pierre, aide-soignante en "réa" depuis 8 ans au CHU de Bordeaux, ils souhaitent que leur spécialité "soit reconnue comme un vrai métier".

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Une spécialité, un "vrai métier"

"On ne s'improvise pas soignant en réa", affirme-t-elle, "il faut beaucoup de temps pour se former et être efficace, environ un an, et on ne touche aucune prime de spécialité". Une difficulté parmi d'autres : "Il n'y a pas assez d'effectifs, le ratio patients-soignants est trop élevé" et "la charge de travail a beaucoup augmenté", avec notamment "de plus en plus de patients obèses", explique-t-elle.
D'autres soignants n'ont pas pu se joindre au rassemblement, car à l'hôpital les grévistes sont souvent assignés pour assurer la continuité des soins. "Ceux qui sont présents ici sont en congés ou travailleront cette nuit, mais des personnels dans les services portent des brassards et des messages sur leurs blouses pour dire qu'ils sont quand même avec nous, en grève", a souligné Océane, elle aussi aide-soignante en "réa" au CHU de Bordeaux.

"J'ai pas le covid, j'ai la fatigue"

Des mobilisations étaient aussi annoncées dans la presse locale dans toute la France dont en Dordogne, également à Périgueux.

Ils dénoncent le manque d'effectif, des conditions de travail qui se détériorent comme le non-respect d'un décret sur le ratio patient / personnel soignant...

Ils réclament également une reconnaissance de leur spécialité, des compétences, des techniques et des responsabilités particulières. Et au-delà de leurs compétences techniques, ils endurent dans ce service, et particulièrement en ces temps de pandémie, la pression du "pronostic vital" engagé et côtoient la mort au quotidien... Et ces conditions exceptionnelles durent déjà depuis un an...

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Ils sont fatigués, comme Hélène qui a inscrit sur son masque "soigne et tais-toi" comme un aveu d'impuissance. Elle témoigne. Après neuf ans d'ancienneté, elle se sent "déjà usée". "On vit très mal nos soins, nos patients aussi. On n'a pas le temps des les écouter. Surtout, avec la période de covid, les patients ont du mal à respirer... On est à droite, à gauche en même temps... On n'est pas écoutés, on n'est pas soutenus.... C'est plus possible en fait !"


Avec le déconfinement programmé, les infirmières semblent plutôt pessimistes. Comme Séverine : "On veut sortir, on veut aller voir les terrasses, au cinéma... Mais on pense aussi qu'on est soignants, et que c'est, ce n'est pas fini pour nous!"

En attendant, la direction de l'hôpital a reçu la CGT dans l'après-midi, mais le malaise risque de perdurer  dans ce contexte sanitaire incertain.

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