Fermeture de lignes ferroviaires en Limousin : une histoire déjà longue

Des élus locaux ont dénoncé ce lundi 16 décembre la disparition de la ligne ferroviaire entre Limoges et Angoulême, remplacée par des transports en car. La fermeture de cette ligne est loin d’être une première : c’est même plutôt la suite d’un long processus.
 

La différence entre les lignes présentes sur la carte de 1921 (à droite) et sur l'atlas SNCF 2019 (à gauche) est plutôt marquante.
La différence entre les lignes présentes sur la carte de 1921 (à droite) et sur l'atlas SNCF 2019 (à gauche) est plutôt marquante. © France 3 Limousin
C’est une image marquante : les lignes de trains en Limousin en 1921, à côté des lignes de train aujourd’hui…

Pour être tout à fait précis, les deux images ne sont pas en tous points comparables : la première comporte de toutes petites lignes, par exemple des tramways, qui ne sont pas des trains ; mais l’écart entre ces réseaux reste marquant.

Globalement, la France est passée en 100 ans de 60 000 à 30 000 kilomètres de lignes ferroviaires, et les fermetures de gares sont faciles à constater : il suffit de se promener dans les communes de la région pour s’en rendre compte. Certaines ont été détruites ou désaffectées, d’autres transformées en lieux culturels ou en habitations.


 

Charles Freycinet avait un plan


Pour mieux comprendre, il faut faire un peu d’histoire.

La première carte correspond à l’apogée du train en France, à la suite du plan imaginé par l’ingénieur Charles Freycinet.
Il le présente en 1878 pour donner accès au chemin de fer à tous les Français, favoriser le développement économique du pays, et désenclaver les régions "reculées".


 

Des fermetures anciennes


Le développement du train accompagne la révolution industrielle, puis il freine avec la crise économique des années 30.
La SNCF est créée en 1937, et elle ferme des lignes de train depuis sa naissance.

La démocratisation de l’automobile enlève beaucoup d’usagers au transport ferroviaire.
Un plan de coordination des transports est alors imaginé pour accompagner le développement des routes, et le nombre de lignes diminue.

L’historien spécialiste du rail Georges Ribeill le raconte en mars 2018 dans une interview à l’Usine Nouvelle :
"En 1938, le réseau comptait 40 000 kilomètres de lignes. En deux ans, 5 000 kilomètres ont été fermés et une deuxième phase s’est étalée des années 1960 aux années 1980".

Selon Yves Crozet, professeur émérite d’économie des transports à l’université de Lyon II :
"Des dizaines de lignes, soit plus de 10 000 km de voies ont fermé à la circulation depuis les années 1960".


 

Et en Limousin ?


On en parle régulièrement dans nos éditions, les fermetures de lignes ferroviaires ne sont pas rares en Limousin.

La SNCF n’a pas pu fournir aujourd'hui une liste exhaustive, mais les syndicats tiennent des comptes précis.

Il y a bien sûr l’exemple le plus récent : la ligne Limoges-Angoulême, d’abord interrompue à Saillat, et désormais totalement privée de trains.

On peut aussi évoquer la ligne Limoges-Brive via Saint-Yrieix-la-Perche : elle est coupée à Objat depuis le 27 février 2018, suite à un affaissement de la voie dans la commune corrézienne de Vignols-St-Solve. Pour l’heure, les travaux nécessaires à la réouverture n’ont pas eu lieu.

On pense également à la ligne Ussel-Montluçon via Eygurande, fermée depuis 2014 ; elle partait vers l’Auvergne, et maintenant la gare d’Ussel est un terminus. Pour aller plus loin, il faut prendre un bus.

Il y a encore la ligne Bessines-Le Dorat via Chateauponsac, déclassée en 2004, et enfin Felletin-Ussel via La Courtine, qui a été progressivement fermée entre 1989 et 2001.

On peut rajouter à cette liste les fermetures de lignes de Fret, comme Thiviers-Châlus ou Vieilleville-Bourganeuf.


 

Inquiétudes


Il y a des lignes fermées, et il y a des inquiétudes pour certaines lignes qui subsistent.

La plus grande crainte aujourd’hui pour la CGT, c’est de voir disparaître la ligne Limoges-Ussel via Eymoutiers : selon le syndicat, sa signalétique est obsolète, il n’y a plus de pièces pour la réparer, et un simple orage pourrait sceller le sort de cet axe…

De son côté, le secrétaire d'Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a demandé l’ouverture d’une phase de concertation avec les régions pour décider de l'avenir des petites lignes de trains. Il veut faire « du cas par cas ».
Il parle de trains plus légers ou de «schémas d'exploitation innovants»…
On attend les précisions.
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