1,89 euro la bouteille de vin de Bordeaux à Lidl : les viticulteurs dénoncent "des prix misérables" et visent une centrale d'achat

Une cinquantaine de viticulteurs de Gironde bloquent les accès d'une centrale de distribution de Lidl à Cestas, près de Bordeaux, ce jeudi 7 mars 2024. Ils protestent contre "les prix indécents pratiqués dans la grande distribution" et lancent une proposition pour sortir de la crise.

"Non aux prix qui nous tuent". Un nouveau slogan pour des viticulteurs girondins qui manifestent ce matin, à l'appel du collectif Viti 33.
Dès 5 heures du matin, les agriculteurs sont venus bloquer les accès routiers de la centrale de distribution de Cestas, au sud de Bordeaux, avec des tracteurs, des camions et des remorques. Le personnel peut rentrer à pied.  

Le tonneau à 700 euros

Après une action menée le 22 février dernier contre une centrale de Système U à Langon, en Gironde, les vignerons s'attaquent désormais à Lidl, après la découverte d'une promotion d'une bouteille de Bordeaux à 1,89 euro, pour une foire aux vins.

Nous trouvons des bons vins à des prix misérables.

Didier Cousiney

Porte-parole du collectif Viti 33

"Nous avons goûté ce vin de 2022 qui est excellent, pas bas de gamme du tout. Sur ce vin vendu à 1,89 euros, il y a déjà 32 centimes de TVA et seulement 65 centimes de vin pour le producteur, quand on retire le coût de la distribution et les marges.
Cela fait un tonneau (de 900 litres de vin) acheté par le négociant à environ 700 euros et on demande un prix d'achat à 1300 euros pour que le vigneron puisse en vivre"
, indique Didier Cousiney.

Les viticulteurs observent cette baisse depuis plusieurs années déjà. "On a l'impression que cela s'accentue ces derniers mois", assurent-ils. "Nous visons Lidl aujourd'hui mais les autres enseignes pratiquent ces prix bas aussi", note Didier Cousiney.

C'est une provocation d'acheter aussi peu cher et une volonté manifeste de vouloir asphyxier les producteurs

Collectif Viti 33


Selon les vignerons, la crise actuelle dans la viticulture est aggravée par les centrales d'achat  qui mettent la pression sur les producteurs pour faire baisser les prix du tonneau. "Comme il y a plus d'offre que de demande, les négociants nous achètent le tonneau à 650 voire 700 euros donc on vend à moitié prix. On le fait car on doit faire face à des frais en cette fin d'hiver, payer du personnel", explique Guillaume Le Moing. 

Le directeur de la centrale de distribution a été interpellé à son arrivée par les viticulteurs mais a reconnu ne pas être au courant des prix d'achat. Les manifestants entendent mener leur action jusqu'à 15 heures.

Création de deux pôles ?  

Après les annonces gouvernementales, les professionnels ont lancé un ultimatum la semaine dernière pour obliger les négociants à venir discuter des prix mais personne n'est venu selon le collectif. 

Alors, pour sauver le vignoble bordelais, les viticulteurs proposent de le scinder en deux avec un "pôle AOC cru Bordeaux et Bordeaux supérieur" qui permettrait de maintenir ce qui fonctionne et d'apporter des améliorations. Il serait associé à une "IGP Bordeaux Atlantique" qui conserve le périmétre géographique de l'AOC en innovant sur les cépages et les types de vin.

Cette proposition aiderait à conserver une échelle de prix qui correspond aux attentes de la filière et permettrait de sortir de la crise. 

Actions dans le Libournais

Ce jeudi après-midi, des membres du syndicat des Jeunes agriculteurs (JA) du département ont aussi prévu des actions contre des supermarchés Lidl à Sainte-Foy-la-Grande et dans le Libournais, avec des "opérations de contrôles des prix", affirme un communiqué de presse.

"Le patron de Lidl était au Salon de l'agriculture pour dire aux producteurs qu'il était le meilleur élève dans la grande distribution. On voit que ce n'est pas le cas :  les promotions de la foire aux vins sont vendues bien en deça des coûts de production", précise Cédric Pointet, co-secrétaire général des JA de Gironde.  

"Les clients des supermarchés ont du pouvoir aussi", remarque Théo Hernandez, viticulteur de 29 ans, installé à Camiac-et-St-Denis, en appellation Bordeaux supérieur et Entre-deux-mers.

On voudrait rencontrer les consommateurs pour leur dire que des vins à des prix aussi bas ne sont pas des bonnes affaires et qu'il faut accepter de payer un peu plus cher la bouteille.

Théo Hernandez

Viticulteur en Gironde

Le jeune viticulteur court les salons de France pour vendre son vin et veut garder espoir pour la suite, malgré les épreuves. "On doit s'adapter au changement de climat, aux goûts des consommateurs qui changent aussi. Mais il y a du vin pour tous les palais !  On veut juste vivre décemment de notre métier et donner le goût de s'installer aussi à des jeunes", conclut-t-il.