Attaque du fourgon pénitentiaire : l'émotion et la colère se propagent avec une opération "prisons mortes" ce mercredi

C'est toute la profession qui est sous le choc après la violente attaque d'un fourgon pénitentiaire qui a fait deux morts et trois blessés graves, ce 14 mai, au péage d'Incarville dans l'Eure. À Mont-de-Marsan comme à Bordeaux ou Pau, les syndicats pénitentiaires ont appelé à manifester mercredi 15 mai pour dénoncer le manque d'effectif qui les met en grand danger.

Cette responsable syndicale est sous le choc. Au téléphone, elle a du mal à retenir ses larmes pour évoquer la situation. La violence de l'attaque. Le bilan, lourd : deux morts et trois blessés graves. Et la familiarité d'un quotidien que connaissent tous ces agents pénitentiaires.

"Il venait d'être papa !.. L'insupportable. Au fur et à mesure, derrière la fonction, les bulletins d'informations déclinent la personnalité des deux agents tombés sous les balles. Elle se rend compte de la proximité avec ses collègues qui avaient une vie professionnelle et familiale.

"Je ne les connaissais pas, mais je sais ce qu'ils vivent. Et quand on apprend qu'il venait d'être papa... On est tous un peu malheureux en fait", dit-elle dans un sanglot. "Toute la journée, j'ai entendu ce qu'ils ont vécu. J'ai tout vu. J'ai vu les vidéos et franchement, ça fait mal au cœur !" L'agent pénitentiaire n'a plus les mots pour expliquer sa révolte, son incompréhension. "Ce sont nos collègues ! On est soudés quoi qu'il arrive... Vous vous rendez compte ?! Ça aurait pu être moi, en fait..."

Les agents pénitentiaires estiment que ce drame est malheureusement "ce qui devait arriver". Ils ont chacun en tête une agression les concernant qui aurait pu mal tourner. 

C'est horrible ce qu'il leur est arrivé. On leur dit à l'administration pénitentiaire ! On n'arrête pas de leur dire ! On manque d'effectif, c'est CONS-TANT...

Une agent pénitentiaire

C'est pourquoi, elle aussi, comme tous ses collègues, est d'accord pour le blocage des prisons ce mercredi. "On bloque tout!"

"Il aura fallu un drame..."

"On est tous choqués, dépités. Cela fait des années qu'on a des revendications et qu'on n'est pas écoutés au niveau de l'administration, au niveau ministériel", se désole Ludovic Motheron, délégué régional CGT Pénitentiaire de Nouvelle-Aquitaine. "Il fallait que ça arrive, on ne savait pas quand, mais c'était obligé. On n'a pas de moyens personnels, ni matériels". 

Imaginez, les collègues dans l'Eure, ils avaient une arme de poing ! Comment voulez-vous qu'ils se défendent contre des kalachnikovs !!

Ludovic Motheron

Délégué CGT Pénitentiaire Nouvelle-Aquitaine

"On est très très touchés", ponctue Ludovic Montheron. Dans la voix du délégué syndical, derrière l'émotion, on ressent la lassitude. "Ils minimisent notre travail, nos difficultés". "Ils", c'est l'administration pénitentiaire, le ministère mais aussi les magistrats. "Les agressions, c'est quotidien. Il suffit d'aller au tribunal. Régulièrement, des collègues sont agressés. Et aucune sanction à la hauteur des agressions. On n'a aucune reconnaissance". 

Ludovic Motheron travaille au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan. La dernière agression est encore très présente dans sa tête. Un agent a failli être éventré et n'a dû son salut qu'à son gilet pare-balle et à la réaction de son binôme. L'histoire s'est passée, il y a un mois mais, après l'attaque du fourgon, l'agent agressé a contacté Ludovic Motheron. "J'ai eu l'impression de me revoir".

"Des scènes comme ça, on en a quotidiennement", lâche Ludovic, débabusé. "C'est plus possible"!

"Demain, tout sera bloqué". Ce mercredi 15 mai, il assure que toutes les prisons de France connaîtront leur blocage, "pour se recueillir, pour les familles des collègues qui ont été touchés".