“C’est une vie qu’on arrache”. L'arrachage des vignes a débuté en Gironde, mais les incertitudes persistent

Après des mois d’attentes, les premiers arrachages de vignes ont eu lieu ce jeudi 1ᵉʳ février en Gironde. Une période compliquée pour les viticulteurs qui craignent désormais de ne pas recevoir les aides annoncées.

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Dans les vignes, ce jeudi 1er février au matin, la pelle se mêle aux ceps. Méthodiquement, elle arrache le vignoble. Aux commandes de l’engin, Roch Mayé a la voix nouée. “On a eu la covid, la chute du prix du vin et l’année dernière la maladie”, explique-t-il. “C’est une vie qu’on arrache”.

Six mois de trésorerie

De la nostalgie, mais surtout des inquiétudes face aux coûts qui s’accumulent. “Là, je vais en avoir pour un peu moins de 20 000€, c’est six mois de trésorerie qui vont partir”, illustre le viticulteur.

Son dossier monté pour obtenir des aides, lui a choisi de reconvertir ses terres en exploitation forestière ou en friche. “On s’est engouffré dans l’arrachage pour sauver quelques billes et payer les crédits en cours”, explique-t-il. Résultat, il ne pourra pas, excepté la pousse de ses arbres, cultiver ses terres pendant 25 ans. C’est l’une des clauses pour obtenir les aides. 

Bloquées durant 25 ans

Une contrainte bien trop importante pour Etienne Eric, un autre viticulteur. Il avait pourtant déposé un dossier à la préfecture. “J’ai 60 ans, si je prends les aides en faisant du reboisement ou de la renaturation, mes terres sont bloquées pendant 25 ans. C’est un héritage empoisonné que je lègue à mon fils”, explique Etienne Eric. Et pour cause, ces terres, bien qu'interdites de culture, restent cependant soumises aux impôts fonciers.

Quant à la reconversion, “inimaginable à quelques années de la retraite”. “J’ai pensé louer mes terres à des céréaliers, mais on est trop petits et aujourd'hui, avec le contexte économique où tous les agriculteurs se cassent la gueule, ce n’est finalement pas envisageable”, explique le viticulteur.

Il préfère donc arracher à ses frais, “pour garder la mainmise sur l'avenir des terres” qu’il envisage de convertir dans l’agrivoltaisme.

Incertitude sur les aides


Pour ceux qui ont déposé des dossiers, les viticulteurs ont jusqu’au 31 mai pour arracher leurs vignes, jusqu'au 30 septembre s’ils assurent la taille de la vigne pour éviter les pousses et la propagation du mildiou.

Pourtant, l'inquiétude plane sur les aides qui leur seront versées. “Ils ne sont pas certains de pouvoir toucher toutes les primes. Soit le nombre d’hectares arrachés est inférieur et il y aura une seconde phase d’arrachage avec l’enveloppe restante, soit il est supérieur et dans ce cas, il faudra réduire les aides de chacun pour rentrer dans le budget”, explique Didier Cousiney, porte-parole du collectif de défense Viti 33.

350 dossiers sur 1300

L’incertitude grandit alors que sur les 1 300 dossiers déposés, seuls 350 ont pour l’heure été étudiés. Et le plan annoncé mercredi 31 janvier par Marc Fesneau le ministre de l’Agriculture ne satisfait pas les premiers concernés. “Ils ont annoncé 150 millions d'euros. Si on calcule le nombre d’hectares arrachés, ça ne fait que 1 500 € l’hectare. Rien que le coût de la pelle, c’est 2 000 € l’hectare. Ils ne rentrent même pas dans leurs frais", explique Didier Cousiney.

Dans son collectif Viti 33, les viticulteurs demandent depuis plusieurs années une prime à l’arrachage à hauteur de 10 000 € l’hectare. Dans le vignoble bordelais, 20 à 30 000 hectares de vignes doivent être arrachés “pour rétablir l’offre te la demande”. En Gironde, l'aide de l'Etat est de 30 millions d'euros. De son côté, le CIVB complète avec une aide de 19 millions d'euros.