Construction Navale Bordeaux : 65 à 75 suppressions de postes annoncées dans le cadre d'un PSE

La nouvelle est tombée en fin de journée ce mardi 8 septembre. Redoutées par les 800 salariés de l'entreprise filiale de Bénéteau, les mesures annoncées font suite à la crise du Coronavirus qui a frappé de flein fouet Construction Navale Bordeaux (CNB) ces derniers mois. 
Le groupe Chantier Naval Bordeaux employait 1200 personnes avant la crise sanitaire. Un peu plus de 900 sont encore sous contrat aujourd'hui dont près de la moitié en chômage partiel.
Le groupe Chantier Naval Bordeaux employait 1200 personnes avant la crise sanitaire. Un peu plus de 900 sont encore sous contrat aujourd'hui dont près de la moitié en chômage partiel. © F3Aquitaine/archives 2017
Coup dur pour le plus gros employeur industriel de Bordeaux, spécialisé dans la construction de catamarans habitables. Construction Navale Bordeaux fait face à son premier PSE ( plan de sauvegarde de l'emploi ) depuis sa création il y a plus de trente ans. Les détails ont été discutés après le comité de groupe, en CSE extraordinaire cet après-midi au siège du groupoe Bénéteau. Une réduction des effectifs semblait inéluctable.

Sur le site bordelais, 65 à 75 suppressions de postes ont été annoncées, c’est-à-dire 9% des effectifs de CNB. Il s’agirait de personnel administratif, pas de salariés de la production. La semaine prochaine, la direction et les syndicats vont entrer dans une deuxième phase consistant à savoir quels postes seront concernés par ce Plan de Sauvegarde de l’Emploi. L’objectif de la direction étant d’arriver à un compromis fin décembre ou début janvier.

Le PSE envisage de supprimer au total entre 700 et 1390 postes sur l’ensemble des trois structures de Bénéteau  (STVI, Bio Habitat, et CNB). Un chiffre qui dépendra de l’acceptation par les salariés de mutations ou de reclassements.  

"On est surpris que ce soit si peu" 

Contactés par téléphone, plusieurs représentants syndicaux nous ont fait part de leur réaction à cette annonce.  "On avait imaginé que ça pouvait être plus", avoue Pascal Boiveau délégué CFDT , "du coup on est surpris que ce soit aussi peu". "Par contre c’est la justification qui nous embête plus, car on nous a dit que c’était pour baisser les coûts fixes, et on trouve que c’est un peu tôt. 

La crise date de moins d’un an, on aurait pu attendre et voir comment les marchés vont évoluer. Il n'y a que la main-d’œuvre hors production qui est concernée, et les opérateurs de production eux vont subir du chômage partiel de longue durée. Ils font ça pour réduire les coûts fixes avec l'espoir que ça reprenne en ayant les opérateurs pour fabriquer les bateaux. 

Pascal Boiveau - délégué CFDT CNB - 

Là, on attend justement d’avoir une communication plus precise la semaine prochaine, avec une présentation des chiffres pour justifier le PSE, ça devrait avoir lieu le 15 septembre".

"C'est trop tôt"

Michel Petel, délégué syndical à la CGT, pense lui aussi que la machine va trop vite. « Nous on est totalement contre. On pense qu’au vue de la trésorerie et du prêt garanti de l’Etat auquel a souscrit Beneteau (120 millions d’euros), on aurait pu préserver les emplois. Pour nous, il y a d’autres alternatives que le PSE, même si on sait que la crise a impacté la situation. La direction nous a dit qu’elle espérait un regain d’activité à 6 mois, c’est-à-dire au 2e semestre 2021.

​​​​​​​Nous notre position c’est zéro PSE , préserver l’emploi et les compétences, et des économies peuvent être réalisées ailleurs.

Michel Petel - délégué syndical CGT CNB -

"Des économies peuvent être réalisées ailleurs"

Comment ? "On peut optimiser le processus de fabrication, si on veut, on peut gratter sur plusieurs thématiques et plusieurs services", poursuit Michel Petel. "Aujourd’hui, on nous propose que de réduire les coûts fixes avec la masse salariale. On peut faire des réductions de frais sur les matières premières, les déchets, l’optimisation des stockages. Nous, on n’a pas eu de présentation d’études réalisées ailleurs, c’est dommage. J’ai encore demandé si on ne peut pas s’orienter sur autre chose mais la machine a l’air bien lancée. Ce sont des financiers, ils ne sont pas là pour préserver l’humain. C’est trop tôt. Ils sont allés vite. Il y avait un plan de réorganisation lancé, mais il n’était pas prévu ce genre de situation. La seule certitude c’était qu’ils voulaient réduire les marques. On a 12 marques chez Beneteau, ils voulaient passer à 8. C’est toujours d’actualité. Mais maintenant ça va plus loin avec la crise qui a creusé l’écart".
 

Crise du Coronavirus

Ce n'était pas du tout le scénario qui se profilait il y a encore quelques mois. L'entreprise tablait même sur une hausse des effectifs et de sa capacité de production avec en ligne de mire une croissance de 10 millions de son chiffre d'affaires sur l'exercice 2020/2021.
Mais avec la crise de la Covid, la production a été totalement stoppée pendant le confinement et ensuite la reprise n'a été que partielle. À l'échelle du département bateaux de Bénéteau, ce recul est de - 43,3% par rapport au même trimestre de l'année précédente. Et aujourd’hui à Bordeaux, selon les syndicats, l'activité serait réduite de moitié. Les chantiers situés quai de Brazza sur la rive droite tournent donc au ralenti.
Bénéteau a eu beau remodeler ses relations avec sa clientèle, l'annulation de différents salons nautiques ne fait qu'accroître les difficultés de l'entreprise. 
 

1200 salariés avant la crise

Avant la crise, l'"entreprise comptait 1200 salariés. Mais les effectifs des intérimaires et des sous-traitants auraient été diminués de moitié. En trois mois, 46 départs volontaires auraient été enregistrés chez CNB.
© FTV

Aujourd'hui "il reste 800 salariés en CDI, une centaine d'intérimaires et une cinquantaine de sous-traitants à plein temps", affirmait ce lundi sur notre site Pascal Boiveau, le délégué CFDT de CNB Bordeaux. 

 

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