Gironde : pour lutter contre l'agribashing envers les agriculteurs, la Préfecture crée un observatoire

© Anaya Katlego / Unsplash
© Anaya Katlego / Unsplash

La préfecture de la Gironde a installé jeudi 19 décembre un observatoire départemental de l’agribashing. Il devra dans les prochains mois prévenir et diminuer les agressions envers les agriculteurs. Une mesure qui ne fait pas l'unanimité. 

Par Julie Chapman

En partenariat avec la police et la gendarmerie, cet observatoire départemental veut redonner une image positive de la filière agricole. Il a été élaboré avec les syndicats ainsi que la chambre d'agriculture pour cibler les besoins et les attentes des agriculteurs. 

"La création de cet observatoire vient en réaction aux manifestations des agriculteurs. Le gouvernement nous a entendus et cette démarche va dans le bon sens", avance Vincent Bougès, président des Jeunes Agriculteurs de Gironde. 
 
 

279 atteintes aux biens


"La stigmatisation des activités agricoles, d’élevage et de vente de produits issus de ce secteur communément appelée « agribashing », conduit à une multiplication des actes d’incivilité, d’intimidation voire de violence envers les professionnels en lien avec l’agriculture, notamment sous l’action de groupuscules parfois radicaux et violents", détaille Fabienne Buccio, la préfète dans un communiqué.
 
La nuit debout devant l'abattoir de Bazas lors de la deuxième édition en septembre 2017. / © 269 Libération anaimale ( page Facebook )
La nuit debout devant l'abattoir de Bazas lors de la deuxième édition en septembre 2017. / © 269 Libération anaimale ( page Facebook )

En Gironde, 279 atteintes aux biens ont été recensées en 2019, dont 137 commises sur les exploitations des agriculteurs. Un chiffre qui, pour la préfecture, souligne la nécessité de cet observatoire. 

"Avec cet observatoire, l'état nous prend en considération et notamment notre sécurité, en amont avec les intrusions dans les propriétés mais aussi au niveau juridique", précise Vincent Bougès.

Le communiqué de la préfecture fait notamment référence à la vidéo diffusée en novembre sur un élevage porcin à Saint-Symphorien ainsi qu'aux actions réalisées dans les abattoirs de Bazas.
 


À Bordeaux, cet agribashing se combine au "Bordeaux bashing", qui dénonce l'usage de certains produits dans la filière viticole.

"En Gironde, nous avons moins d'attaques liés aux élevages. Nous sommes plus ciblés sur les sujets des pesticides, donc il nous a fallu adapter la décision gouvernementale à la région, explique Vincent Bougès. Nous voulons faire évoluer nos pratiques, mais le rythme est trop rapide."

Pour les associations, cette décision est "inqualifiable". Très remontée, Sylvie Nony, d'Alerte pesticides Haute Gironde-Sepanso, rappelle que les critiques des défenseurs de l’environnement sont adressées à un type d’agriculture, et non aux personnes.

"Nous avons besoin des paysans, et nous voulons qu’ils puissent vivre dignement. Notre ennemi n’est pas l’agriculture, c’est les pesticides et tous ceux qui en tirent profit. Nous trouvons inqualifiable l’attitude de la préfète et des pouvoirs publics qui s’associent à cette guerre frontale."
 

De son côté, l'association L214 s'est insurgée contre la création d'une cellule dédiée à la protection des éleveurs. Pour L214, il s'agit "d'intimider les associations de défense des animaux". "C'est une véritable menace pour les lanceurs d'alerte et une entrave au débat démocratique nécessaire autour de notre modèle agricole", affirme l'association.

Selon Brigitte Gothière, cofondatrice de L214, "le seul crime des associations est d'exposer publiquement ce que la FNSEA et l'industrie agroalimentaire ne voudraient pas qu'on voit: les vaches à hublot optimisées pour produire toujours plus, les moissonneuses à poulets, le broyage des poussins et des canetons pour la production d'oeufs ou de foie gras, les truies enfermées entre des barreaux, les poules et les lapins élevés en cage..."
 

Réseau SMS


Pour lutter contre ces violences, la préfecture a donc mis en place un réseau SMS, relié à la gendarmerie qui permettra aux agriculteurs de témoigner ou d'être prévenus de faits de violence.

Les forces de l'ordre seront aussi mobilisées en patrouilles pour prévenir les actions d'agribashing. Elles s'appuieront également sur la cellule nationale de renseignement et de rapprochement judiciaire, créée au mois d'octobre et sur les référents sûreté. L'observatoire proposera aussi des outils judiciaires pour faciliter les démarches des agriculteurs touchés par des actions d'agribashing.

En parallèle, la Préfecture s'est engagé à diffuser des campagnes sur les réseaux sociaux et auprès des écoles sur la filière agricole.

"Il s'agit d'une mobilisation autour d’actions positives qu’elles soient pédagogiques au sein de l’éducation nationale ou auprès du grand public pour valoriser les produits locaux", détaille la Préfecture.
 

Des mesures qui viendront en soutien à celles déjà mises en place par les différentes associations et syndicats agricoles.

"Nous avons déjà lancé de nombreuses campagnes de communication, comme la restauration hors domicile qui propose nos produits dans les écoles. C'est un combat pour notre image : montrer que nous faisons aussi de bonnes choses", explique Vincent Bougès, président des Jeunes Agriculteurs de Gironde. 

 

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