Législatives 2022 : "Union sacrificielle" ou "bonne nouvelle" ? En Aquitaine, l'accord entre le PS et la France Insoumise divise les socialistes

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Écrit par Maïté Koda

Le Parti socialiste a acté ce mercredi sa participation à la Nouvelle union populaire autour de la France insoumise pour les législatives. En Aquitaine, si les responsables socialistes se réjouissent d'un rassemblement de la gauche, la redistribution des circonscriptions laisse parfois un goût amer.

Il est officialisé. Après des jours, et des nuits, de négociation, le Parti socialiste et la France insoumise ont annoncé ce mercredi être parvenus à un accord pour les élections législatives, les candidats PS obtenant 70 circonscriptions. Après EELV et le PC, les socialistes, rejoignent donc, à leur tour, la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes).

La décision, annoncée dans un communiqué commun, et qui vise à "empêcher Emmanuel Macron de poursuivre sa politique injuste et brutale et battre l'extrême-droite",  doit encore être validée par un vote du Conseil national du parti, ce jeudi.

Dans les départements d'Aquitaine, seuls trois députés ont été élus en 2017 avec l'étiquette socialiste : Alain David dans la 4e circonscription de Gironde, David Habib dans la 3e circonscription des Pyrénées-Atlantiques et Boris Vallaud dans la 3e circonscription des Landes.

"On est un peu dans une schizophrénie"

Localement, avant même le vote du Conseil national du parti, la décision génère aussi des déceptions. En Gironde, sur les douze circonscriptions que compte le département,  6 circonscriptions devraient revenir aux candidats LFI, contre seulement deux aux socialistes :  la 6e aux mains de LaREM et la 4e, soit celle d'Alain David. Contacté, le député socialiste Alain David choisit de ne pas s'exprimer avant la décision du Conseil national, qui doit voter jeudi soir. De son côté, le premier secrétaire fédéral du PS en Gironde, Thierry Trijoulet, ne cache pas son amertume. 

"On est un peu dans une schizophrénie, reconnaît-il. Nous appelons à l'union, car 85% de l'électorat de gauche le souhaite. Après, il y a nos intérêts, au plan national, et au plan local"

La Gironde est encore une place forte socialiste. Nous estimons que nous avons des intérêts à défendre. Mais il y aura forcément des sacrifices, donc c'est forcément compliqué.

Thierry Trijoulet

Source : France 3 Aquitaine

La nécessité d'une candidature unique pour contrer le RN

Au premier tour de l'élection présidentielle, le Rassemblement national est arrivé en tête dans les 5e, 10e et 11e circonscriptions de la Gironde. Marine Le Pen s'est également largement imposée au second tour dans la 11e circonscription, avec près de 58% des votes. 
A l'échelle nationale, la candidate du RN est arrivée en tête au second tour dans 158 circonscriptions, rappelle Thierry Trijoulet :  "On doit avoir une unité forte entre les formations de gauche, et on ne doit pas se déchirer sur ces circonscriptions, où la gauche doit à tout prix présenter une candidature unique et rassemblée". 
"Ce sont des concessions sacrificielles nécessaires pour avoir un maximum d'élus, jusqu'à espérer une majorité, ou a minima une opposition conséquente à l'Assemblée nationale", poursuit le premier secrétaire du PS girondin.

Vers une motion de contestation ?

Au delà des ces concessions au regard de la carte politique locale, les négociateurs girondins de cette répartition doivent également composer avec les représentants nationaux du parti socialiste. "Eux aussi ont leurs propositions, et ils pèsent plus que nous, on est dans un rapport 70% - 30%", poursuit Thierry Trijoulet, qui s'estime "particulièrement maltraité". "On est sacrifiés sur l'autel de la négociation", avance-t-il. 

Le patron du PS départemental prévoit toutefois de réunir les instances locales de son parti en fin de semaine. Et il n'exclut pas, en cas de validation de l'accord par le CN,  de prendre une motion de contestation. "Ce ne serait qu'une posture. Dans nos statuts, le dernier mot revient au national", précise-t-il. 

"Cet accord, c'est le retour de la gauche"

Dans les Landes,  le président  PS du département Xavier Fortinon voit, lui, "une bonne nouvelle" dans ce rassemblement . "Avec cet accord, c'est le retour de la gauche. On se devait de construire une alternative à la politique libérale d’Emmanuel Macron et face à l'extrême droite", rappelle-t-il, tout en notant le message envoyé par les électeurs de gauche. "Lors de l’élection présidentielle, ils ont fait en un jour ce que les responsables politiques n'avaient pas été capables de faire depuis longtemps :  ils ont fait un choix, celui de reporter leurs voix sur Jean-Luc Mélenchon.
C'est une réalité qu'il ne faut pas obérer, et c'est une réalité qui dure : c'était la même chose il y a cinq ans. Ce message est très clair et les responsables politiques doivent en tenir compte", 
assure-t-il.

Au Parti socialiste il y a toujours eu des courants de pensée différents.  Ceux qui étaient habitués à être toujours majoritaires peuvent s'offusquer peut-être de cet accord, mais je pense que c'est une décision responsable de la part des politiques au niveau national.

Xavier Fortinon, président PS du département des Landes

Source : France 3 Aquitaine

Les négociations devraient permettre à Boris Vallaud de rester sur sa circonscription. Les deux autres devraient se partager entre les candidatures PC et LFI. Les trois circonscriptions landaises avaient placé Emmanuel Macron en tête au premier et second tour. "Peut-être que, dans l'accord, on n'a pas assez tenu compte des implantations locales, nuance toutefois Xavier Fortinon, dont le département est historiquement acquis au parti socialiste. Mais c'est vrai qu'on n'était pas dans une grande position de force pour négocier. Et un accord, c'est un compromis". 

"On est les premiers défenseurs de l'Europe"

Au delà du partage des circonscriptions, l'union entre le PS et LFI suscite de nombreux commentaires, notamment sur la question de l'Europe. Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa volonté de "désobéir" aux traités européens, s'ils devaient contrarier l'application de son programme. "Aujourd’hui, quand on regarde les cinq ans qui se sont passés, Emmanuel Macron s'est assis sur un certain nombre de règles européennes. Et ça n'a choqué personne, répond le président du département des Landes, avant de balayer les critiques. On est les premiers défenseurs de l'Europe, on a largement contribué à sa constitution, on ne va changer d'avis, ni renoncer à ces positions-là".

Abnégation

"Nous avons toujours été européens et nous le resterons,  renchérit de son côté Jérôme Marbot, ex-candidat à la mairie de Pau et patron du PS des Pyrénées-Atlantiques.  L'Europe, la politique internationale et le rapport à la laïcité font partie des sujets qui nous différencient de la France insoumiseMais cet accord électoral est une coalition, destinée à gouverner, dans laquelle chacun peut continuer à faire valoir ses sensibilités", poursuit-il auprès de France 3 Pau sud Aquitaine.

Lui aussi se réjouit de ce rassemblement : "C'est aussi, pour le Parti socialiste, la possibilité de mettre en oeuvre un certain nombre de mesures pour lesquelles il se bat depuis un certain nombre d'années", sans pour autant éluder les conséquences dans son département. Le seul député socialiste sortant du département, David Habib, a déjà appelé à un rassemblement derrière Emmanuel Macron. 

"Ca va être compliqué humainement parlant. Nous avons des camarades qui se sont engagés dans un combat et qui vont peut-être devoir se retirer. Mais je suis sûr qu'ils sauront faire preuve d'abnégation et de sens de l'intérêt collectif", estime Jérôme Marbot.