Pénurie de main d'œuvre : l'hôtellerie et la restauration face au mur en Aquitaine

Entre 200 et 300 000 offres d'emplois ne seraient pas pourvues en France dans les métiers de l'hôtellerie et surtout de la restauration. La saison estivale 2022 s'annonce "catastrophique" et certains établissements pourraient refuser du monde cet été faute de personnel.

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C'est symboliquement le coup d'envoi de la saison. "Moi, j'ai 55 employés. On a fait un week-end monstrueux parce qu'il y avait du beau temps ! (...) Ils sont arrivés avec le sourire (les employés, NDLR). Ca a été dur. Ils ont été dans la performance tout le week-end. Mais, ils sont contents de l'avoir fait et d'avoir participé à quelque chose d'exceptionnel". Vincent Gerbaud, patron du "Café de la plage-Chez Pierre" évoque, un sourire dans la voix, le bilan de ce week-end de Pâques.

"On a démarré. On a quelques saisonniers, on a pris des "extras" pour le week-end. Mes saisonniers à moi arriveront début mai. Ils ont fait la saison d'hiver, veulent un peu de repos, et vont recommencer début mai". Il reste positif sur le fait de compléter ses équipe d'ici l'été.

Vincent Gerbaud fait partie du groupe CMCB (Côté Mer Côté Bassin), un groupe indépendant de 14 établissements reconnus dont le président est Jean-François Tastet. Ce sont plusieurs dizaines d'employés qui y travaillent, certains depuis longtemps. Ils ont pignon sur rue et peuvent se targuer d'une clientèle nombreuse, locale et touristique. "Les problèmes de recrutement, on peut les dater avec la période Covid. Il y a ceux qui sont allés voir autre chose. On a quand-même un métier dur, les gens travaillent le midi et le soir et certains, quitte à perdre un peu d'argent, ont préféré travailler dans des métiers de service et être tous les soirs à la maison"...

Le groupe compte quatre restaurants à Arcachon, quatre au Cap-Ferret (L'Escale et Pinasse café) mais aussi deux à Lacanau, deux à Andernos. Deux autres établissements sont sur Bordeaux.

Vincent Gerbaud estime qu'ils ne seront pas les plus à plaindre. Ils pensent à tous les autres.

Nous on va galérer sur le recrutement mais on va y arriver parce qu'on a l'économie pour ça. Une fois de plus, ce sont les petits qui vont morfler. Comme d'habitude.

Vincent Gerbaud - groupe CMCB

Source France 3 Aquitaine

Il le concède, "il y a eu des abus, depuis les années 50. Mais, ce n'est plus le métier de nos grands-parents. On n'est plus en 1936, et il y a les congés payés, des lois qui protègent les salariés(...) La valeur ajoutée dans nos établissements, ce sont les hommes et les femmes. Donc, on les traite bien".
"
On avait déjà une grille salariale supérieure à ce qui se pratique. On a aussi remonté les salaires. Il faut aussi être plus attractifs. On a mis des choses en place en interne pour garder nos CDI (....) avec des plages de repos plus importantes. Aujourd'hui, un salarié ne cherche pas qu'un salaire, il cherche aussi un climat social."

Pour autant, ce levier salarial n'est pas tout. Il faut selon lui aller voir du côté d'un système qui a atteint ses limites. "Il y a une vrai réflexion à avoir avec le gouvernement. Un quinqua qui galère à trouver un emploi, il faut l'aider. Un gamin diplômé de l'hôtellerie, à qui on donne du chômage au bout de six mois alors qu'il y a partout en France du travail ?" 

Une pénurie de main d'œuvre ?

Mais le constat est là, beaucoup multiplient les annonces sur les devantures, les journaux et réseaux sociaux. Entre 200 et 300 000 offres d'emplois ne seraient pas pourvues en France dans les métiers de l'hôtellerie et surtout de la restauration. Il semblerait que beaucoup, notamment pendant la pandémie, aient quitté la profession ou se soient orientés vers d'autres secteurs. 

Après ce week-end de Pâques ensoleillé, la saison estivale s'annonce "prometteuse" selon les réservations et témoignages sur le littoral. La perspective est morose du côté du personnel. Jean Terlon, le vice-président de la branche restauration de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH), ce lundi 18 avril sur le site Franceinfo, évoque des chiffres impressionnants : "entre 200 000 et 300 000 offres d'emplois non-pourvues" majoritairement dans la restauration. Il parle d'une  "pénurie historique"  de personnel pendant l'été.

"Arrêtez de dire que c'est dur !"

Pour Franck Chaumès, président de l'UMIH en Gironde, les chiffres de l'emploi à pourvoir, CDI et saisonniers en France, va même au-delà " près de 350 000 C'est catastrophique".
Conditions de travail, salaires, logement ? Pour lui, les travailleurs de l'hôtellerie-restauration n'ont pas de raison de se plaindre. Selon lui, tout a été fait, voire trop ! Il ne comprend pas ce qui est en train de se passer. Une saison printanière et estivale sous les meilleurs auspices. Les gens seront là. Mais une saison qui risque de se faire sans saisonniers.

Alors, les établissements devront s'adapter : "fermer un jour par semaine" et/ ou "enlever du mobilier" pour que la capacité d'accueil soit conforme au nombre de serveurs par exemple. " Pour ne pas risquer les critiques aussi", face à un service plus long etc...
Un comble quand on sait que ces mêmes opérations ont été faites l'an dernier mais pour d'autres raisons : le risque de contaminations... Des restrictions sanitaires qui n'ont plus cours aujourd'hui. Pour sa part, il dirige le restaurant le Transat, sur le port d'Arcachon et L'Orangerie à Bordeaux pour lesquels il a besoin de 10 personnes pour le premier et cinq pour le second. 

Le président se lance dans un véritable plaidoyer pour sa profession, " un métier très agréable !" car "après deux ans de pandémie, "on a envie de travailler".
C'est aussi "un métier de rencontre, de contacts", "avec des conditions excellentes !" quoi qu'on en dise. Et il peste contre ce leitmotiv, selon lui dans les médias, qui répète à l'envi que " c'est un métier dur"... Il dénonce cette escalade salariale : "ils vont vers le plus offrant".

Dans la profession, selon lui, on est déjà passé au-dessus du SMIC, mais bien plus "alors que beaucoup n'ont pas de qualifications". "On compte entre 1800 et 2000 euros par mois, pour un débutant !" "Et 3000 pour un cuisinier".

Il estime également qu'après avoir aidé tous ces salariés, " et c'était normal", pendant la pandémie, l'Etat devrait limiter les aides car selon lui, ces travailleurs ne jouent pas le jeu.

Ils travaillent un peu chez nous et se mettent en chômage . Or,  il y a des offres d'emplois ! 350 000 emplois ! Pourquoi ils viennent pas ? Si la demande d'emplois est supérieure à l'offre, je comprends. Mais là, c'est le contraire ! Je ne vais pas me faire des amis en disant ça mais au bout d'un moment, stop !

Franck Chaumès - président de l'UMIH en Gironde

Source : France 3 Aquitaine

Une application pour trouver un job cet été

Pour Laurent Barthélémy, de l'UMIHA Nouvelle Aquitaine, ce phénomène préexistait à la crise du covid : "La difficulté de recrutement est bien réelle, comme dans le bâtiment ou beaucoup de métiers". Elle s'est aggravée. Il explique les nombreux partenariats mis en place pour y remédier : Pôle emploi, conseil régional, missions locales. "Tous les acteurs de l'emploi font ce qu'ils peuvent pour pallier ce problème".

Mais pour lui, le réservoir de demandeurs d'emploi s'est tari : "on n'arrive pas à remplir les formations proposées par Pôle emploi".

Mais les professionnels tentent quand même d'innover comme avec cette application "U me JOBS "gratuite pour nos adhérents" qui permet, à la façon d'une application de rencontre amoureuse, de faire "matcher" employeur et demandeur d'emploi sur tout le territoire de Nouvelle-Aquitaine.

Chacun renseigne son profil et ses critères comme la fonction, lieu, salaire. Les entreprises elles, déposent leurs offres de stages et d'emplois. 

Voici la démonstration >