Réforme territoriale : Limoges doit réagir !

© André Abalo - France 3 Limousin
© André Abalo - France 3 Limousin

Quels impacts la réforme territoriale a-t-elle eu sur la ville de Limoges ? Une enquête réalisée par un cabinet spécialisé démontre que l'ex-capitale du Limousin a souffert de la fusion des régions et que désormais, elle doit réagir.
 

Par Hélène Abalo

"La morosité et le complexe d’infériorité sont typiquement limousins. On ne parle que de ce qui ne va pas. Or, nous avons de nombreux domaines d’excellence. "

Le ton est donné et c'est ce qu'il faut retenir de cette étude d’impact socio-économique de la mise en œuvre de la réforme territoriale sur la ville de Limoges. La municipalité voulait savoir, maintenant elle sait. Elle sait que la création des grandes régions lui a fait perdre son statut de capitale et régionale, que des emplois ont été perdus et que son image flétrit face à Bordeaux. Mais elle sait aussi qu'elle dispose d'atouts qu'il va falloir mettre en valeur si Limoges veut briller (à nouveau).

État des lieux

Fusion des régions ou non, la ville de Limoges a des atouts et des faiblesses. Rien de nouveau sous le soleil :

Tout à Bordeaux ?

Limoges est la seconde agglomération après Bordeaux et devant Poitiers, elle est la deuxième ville la plus peuplée de Nouvelle-Aquitaine avec 133 627 habitants. Ce qui n'est pas rien.  Mais le nouveau maillage territorial a fait de Bordeaux le centre de la nouvelle région au détriment de Limoges, ex-capitale du Limousin. De nombreux services de l'État ont été "regroupés" avec des conséquences sur l'emploi des agents. Là non plus, pas grand-chose de nouveau. A quelques unités près, certains de ces chiffres étaient connus depuis janvier 2018… par France 3 Limousin. Une source citée d'ailleurs dans l'étude !
 




Emile-Roger Lombertie (maire de Limoges - LR)

Cette réforme nous a été imposée. Ce rapport, c'est l'occasion de mettre sur la table une photographie de la ville telle qu'elle était hier, telle qu'elle est aujourd'hui. Lorsque je parle des conséquences de la fusion des régions, certains me rétorquent que je tiens un discours politicien. Cette fois-ci, c'est marqué noir sur blanc.

Compensations ?

L'étude souligne que l'installation de la Commission du contentieux du Stationnement Payant représente une compensation à ces mouvements d'emplois : " En 2018, ce service compte 128 emplois composés de 121 agents de greffe et de 7 hauts fonctionnaires dont 6 magistrats." Selon Edater "certains fonctionnaires issus des directions régionales de l’Etat ont été transférés dans ce service."
 


Autre "compensation", le soutien financier régional en hausse dans certains secteurs. Ainsi l'aide aux entreprises est passé de 21.6 millions d'euros à 31.5 millions d'euros, le soutien à l'agriculture de 7.2 millions d'euros à 17.6 millions d'euros et le soutien à l'Université de 5.6 millions d'euros à 9.2 millions d'euros.
 

Concurrence

Compensation d'un côté, concurrence de l'autre. L'étude pointe certains inconvénients de la fusion des régions comme des politiques publiques régionales moins spécifiques, une concurrence accrue pour les entreprises locales en raison des marchés publics passés à l'échelle de la Nouvelle-Aquitaine.
A contrario, l'enquête reconnaît que " plusieurs entreprises ont commencé à se réorganiser en ouvrant des antennes à Bordeaux afin d’amplifier et d’élargir leur réseau d’affaires."


Désenclavement obligatoire

L'enclavement de Limoges et plus largement du Limousin n'est pas un fantasme. L'étude décrit cette faiblesse comme "un obstacle majeur". Les infrastructures sont sous-dimensionnées. " Les services offerts par le réseau ferroviaire et routier sont insuffisants et pénalisent fortement l’attractivité économique et résidentielle du territoire."

 

Emile-Roger Lombertie (maire de Limoges - LR)

Nous avons perdu des combats depuis longtemps sur le désenclavement du Limousin. Nous n'avons pas eu la LGV. Aujourd'hui, l'un des axes de développement passe par un noeud routier efficace qui puisse relier toutes les villes du Sud ouest entre elles et par une deserte ferroviaire digne de ce nom. 


Le déplacement des agents des antennes locales des directions régionales vers Bordeaux pour des réunions régulières a un coût : un déplacement Limoges- Bordeaux est estimé entre 240€ (en train) et 520€ (en voiture). "Ce coût est relativement conséquent. Bien que de ce fait les réunions  à distance commencent à se développer, ces contraintes sont réelles et peuvent avoir des incidences importantes notamment pour les structures les plus fragiles, telles que les associations."



 


 

Vers un complexe de supériorité ?

 

L'étude révèle aussi un déficit d'image positive. Dans ses préconisations, Edater évoque un projet de ville et de territoire, des stratégies de marketing pour transformer l’image perçue de Limoges par l’extérieur mais aussi l’image que beaucoup de Limougeauds se font d’eux-mêmes.
 


Emile-Roger Lombertie (maire de Limoges - LR)

L'équipe municipale précédente avait entretenu une forme d'isolement de Limoges. Je prends ma part de responsabilité dans le diagnostic posé : oui Limoges mérite plus de visibilité et nous y travaillons chaque jour. Les résultats positifs sont déjà là. Ce n'est pas de l'enthousiasme, c'est de l'ambition.


Enfin, Edater, répondant à une volonté de la ville de Limoges de disposer "d’une méthodologie d’actualisation des principaux indicateurs", propose la mise en place de cellules d'observation et de prospective pour accompagner les évolutions et changements nécessaires.  

Cette étude se contente parfois d'enfoncer des portes ouvertes mais en passant la commande, la municipalité limougeaude a souhaité jouer cartes sur table : mettre en valeur les actions entreprises ces dernières années pour contrer cette réforme territoriale subie.

Reste les efforts encore à fournir car désormais ils ne sont plus des challenges mais des promesses à tenir. Les prochaines élections municipales sont en 2020.  





 

Sur le même sujet

Bergerac : des consultations en télémédecine en accès direct depuis la pharmacie

Les + Lus