Sortie de l'Alsace du Grand Est : Emmanuel Macron vient-il de rouvrir la porte ?

Six semaines après avoir déclaré qu'il n'était pas favorable à "un grand jeu institutionnel" permettant à l'Alsace de devenir une région, le président Emmanuel Macron a semblé rouvrir la porte dans sa conférence de presse du 12 juin. Il estime qu'il faut "redonner une liberté de choix" aux citoyens de "revenir sur les grandes régions".

L'heure est aux revirements et aux surprises au sommet de l'Etat. Trois jours après avoir annoncé avec fracas la dissolution de l'Assemblée nationale, Emmanuel Macron a énuméré de nouvelles orientations pour la suite de son mandat lors d'une conférence de presse qui ressemblait beaucoup à une entrée en campagne. Parmi celles-ci, il est revenu sur la réforme institutionnelle et sur la possibilité modifier le découpage territorial en 13 régions, mis en place sous le mandat de François Hollande (PS) en 2015. Il a affirmé vouloir "supprimer un échelon territorial". 

Les grandes régions ont selon lui "éloigné la décision". "Les gens ont un sentiment de dépossession car les centres de décision régionaux se sont éloignés, a-t-il précisé par la suite. Je ne suis pas pour les découper de manière arbitraire, je suis pour qu'on rouvre ce débat de manière libre." Il a également évoqué le rôle éventuel du canton, soit un niveau administratif "situé entre la commune et l'Etat", qui pourrait "concentrer les compétences du niveau régional et départemental". 

S'agit-il d'une nouvelle porte ouverte pour l'Alsace en tant qu'échelon régional ? Méfiance du côté d'Unser Land, parti politique prônant l'indépendance de l'Alsace en tant que nation à part entière. "C'est un classique de Macron : après chaque crise sociale ou politique, il fait des promesses qui peuvent très bien être oubliées trois mois plus tard, estime Jean-Georges Trouillet. J'attends de voir, d'autant qu'il avait dit exactement le contraire il y a un mois." En visite à Strasbourg le 26 avril, le chef de l'Etat avait en effet indiqué qu'il ne souhaitait pas de "grand jeu institutionnel" pour l'Alsace, suscitant la déception et l'incompréhension chez certains décideurs locaux.

Un revirement indéniable

Vis-à-vis de ces dernières prises de parole sur le sujet, les propos d'Emmanuel Macron ce 12 juin tranchent. "Sur le fond, il est clair que c'est un aveu. Il a conscience que sa position n'est pas celle des citoyens. Et je suis évidemment d'accord : les grandes régions sont un échelon qui est trop distant des gens. À voir maintenant si sa position tient dans le temps. Tout dépendra des élections et des résultats en Alsace, qui seront, j'en suis sûr, scrutés à Paris. Un bon score d'Unser Land maintiendrait la pression", ajoute opportunément Jean-Georges Trouillet, dont le parti sera candidat aux prochaines élections législatives (30 juin - 7 juillet). 

De son côté, le président de la Collectivité européenne d'Alsace (CEA) Frédéric Bierry estime aussi que ce revirement doit être accueilli avec prudence. "Cela ne me surprend pas car il m'en avait déjà parlé lors des commémorations à Oradour il y a quelques jours, précise-t-il. C'est très bien car ça montre que notre lettre ouverte a porté ses fruits, et que le président a entendu la volonté des Alsaciens et d'autres élus locaux dans la même situation. En revanche, il faut rester prudent car les élections peuvent tout changer. Tout est en suspens." Depuis la consultation citoyenne locale de 2022 lors de laquelle 92% des répondants avaient plaidé pour une sortie de l'Alsace du Grand Est, la CEA et l'Etat se renvoient la balle sur le sujet. Un débat qui ne semble pas près d'être fermé.  

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