Témoignage. Abdel, 13 ans, sans abri : "mon rêve, c'est d'avoir mes papiers et d'être au chaud avec ma famille"

Publié le Mis à jour le Écrit par Justine Salles et Franck Petit

À Limoges, comme partout en France, des familles vivent dans la rue. Voici l'histoire de l'une d'elle, à travers le témoignage d'un adolescent que nous prénommerons Abdel.

Nous avons rencontré cette famille le jeudi 18 janvier 2024. Les parents et leurs cinq enfants, âgés de trois à quinze ans, sont hébergés pour quelques jours par l'association "Les Autres", qui leur paie l’hôtel. Le repas du soir est frugal, mais précieux, composé de chips et d'un dessert.

Voici le récit d'Abdel*, cadet de la fratrie. Il nous explique qu’en début de semaine, la famille dormait encore dans un squat, sur le site de l'ancienne clinique désaffectée du Colombier à Limoges.

Les nuits dans une ancienne clinique désaffectée

"C'était atroce. Je n'arrivais pas à dormir", commence à raconter l'adolescent. "Quand je me réveillais pour aller à l'école, les autres venaient en bus, ils avaient dormi au chaud dans un appartement, alors que moi, je sortais d'un hôpital abandonné. C'est un lieu où beaucoup de gens viennent pour visiter, faire des tags... J'ai peur qu'ils viennent et qu'ils fassent un meurtre ou quelque chose comme ça", explique-t-il difficilement, car il craint de devoir bientôt y retourner.

Abdel et son père acceptent de nous montrer cet endroit où ils se réfugient régulièrement : "Ça me fait frisonner, il fait très froid car les portes sont ouvertes, les fenêtres sont cassées. Ça me fait de la peine pour mes frères et sœurs aussi, je suis triste. Je n'ai pas envie d'y retourner, mais je pense que je serai obligé si on nous sort de l'hôtel."

Abdel est un bon élève : seize en mathématiques, dix-sept en physique... Ses frères et sœurs travaillent aussi très bien. Et la directrice de leur école est inquiète quand elle les voit partir tous les soirs : "Ces enfants arrivent à l'école sans avoir mangé ou pris de petit déjeuner, ils ont le ventre vide. Nous sommes inquiets en tant que communauté éducative, mais aussi moi-même, en tant que simple citoyenne, je ne peux pas rester sans rien faire", regrette Christine Rondeau, directrice de l'établissement.

Il y a les familles que nous connaissons, qui osent nous dire qu'elles sont à la rue... Et puis il y a celles dont nous ignorons la situation.

Chantal Beauger

Bénévole de l’association Les Autres

Dix ans sur le territoire français

La famille d’Abdel se trouve sur le territoire français depuis une dizaine d'années. Auparavant logée dans une tour, elle a fini dans la rue au moment de sa destruction. Depuis, parents et enfants vivent dans la précarité, dans l'attente de papiers. "Je n'ai pas beaucoup de rêves, mais le mien, c'est d'avoir mes papiers et d'être au chaud avec ma famille dans un appartement ou une maison. Après, peut-être aurais-je un autre rêve", lâche enfin l'adolescent de treize ans.

Le rêve semble devenir réalité. Le 29 septembre 2023, la famille a déposé une demande d'admission au séjour. Le 12 janvier 2024, un courrier de la préfecture de la Haute-Vienne a été envoyé à la mère de famille pour lui indiquer qu'un titre de séjour d'une durée de validité d'un an lui avait été accordé. C'est seulement une semaine plus tard, ce vendredi 19 janvier, qu'elle l'a découvert. Selon nos informations, un accompagnement et un logement devraient leur être proposés rapidement.

D'autres familles dans la rue

À Limoges, plus d’une vingtaine d’enfants dormiraient régulièrement dans la rue avec leurs parents, estime Chantal Beauger, bénévole de l’association "Les Autres". Cette dernière s’insurge : "Ça relève de l'insupportable pour nous. Nous avons envie de crier au scandale en disant 'S'il vous plaît, montrez-vous humains, oubliez le dossier administratif des parents et prenez ces enfants qui n'ont rien demandé !'"

Elle évoque le budget alloué au numéro d'urgence sociale, le 115, pour assurer des nuitées au sein d'hôtel : "il ne cesse de fondre au fur et à mesure des années. Et nous ne sommes pas dans le cadre du plan grand froid, donc le 115 ne peut répondre à ce type de besoin d'hébergement."

Sollicitée, la préfecture ne souhaite pas répondre à nos questions et conteste le fait qu’il y ait vingt enfants dans la rue à Limoges. "Le SIAO (le 115, NDLR) n'a reçu aucun appel de demande d'hébergement pour des familles hier. La maraude a vu hier soixante-six personnes, dont dix enfants, mais il n'y a eu aucune demande d'hébergement", nous écrit Delphine Dominguez, de la préfecture de la Haute-Vienne.

Damien Maudet, député de la Haute-Vienne, a lancé une pétition en ligne pour la création de places d'hébergements d'urgence ; elle compte plus de 21 000 signataires. En novembre dernier, le député a alerté la secrétaire d'État sur la situation.

*Sur demande de la famille, le prénom a été modifié.

Le reportage de Franck Petit et Carole Maillard

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À Limoges, comme partout en France, des familles vivent dans la rue. Voici l'histoire de l'une d'elle, à travers le témoignage d'un adolescent que nous prénommerons Abdel. ©France 3 Limousin

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