L'école, acteur-clé de la transmission de la langue basque

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Écrit par Maïté Koda
Une course relai en faveur de la langue basque à Hasparren en 2019
Une course relai en faveur de la langue basque à Hasparren en 2019 © BIXENTE VRIGNON / MaxPPP

L'enseignement bilingue connaît un véritable succès sur le territoire, l'école est devenue le principal vecteur de transmission du basque. Mais, si elle n'est pas réactualisée, la politique linguistique mise en place pourrait ne pas suffire à préserver et développer la pratique de la langue.

C'est une politique linguistique souvent citée en exemple. Alors que de nombreuses langues régionales voient leur nombre de locuteurs s'effriter au fil des ans, la langue basque connaît un véritable essor.

Tous les cinq ans, l'Office public de la langue basque, le gouvernement de Navarre et le gouvernement basque d'Euskadi publient une enquête sociolinguistique sur la situation de la langue basque. Celle de 2021 vient d'être lancée, ses résultats seront connus courant 2022. Les derniers chiffres sur le sujet remontent donc à 2016.

Un cinquième de la population est bascophone

Selon les données de l'époque, donc, 20,5% des habitants du Pays basque français sont bilingues bascophones. A ce chiffre s'ajoutent 9,3 % de la population considérée comme bilingue réceptive, c’est-à-dire capable de comprendre le basque sans pour autant l'écrire ou le parler couramment.

Au total sur le territoire basque français, quelques 74 000 personnes sont bilingues, actives ou passives. Un chiffre en augmentation par rapport à l'enquête précédente, en date de 2011. Et environ 18% de la population basque pratique la langue de manière régulière. A titre de comparaison, en Bretagne, 5,5% de la population parle Breton.

Succès auprès des plus jeunes

"Lorsqu'on regarde ces résultats dans le détail, on constate qu'après des 16-24 ans, il y a une réappropriation de la langue basque, certes timide, mais effective, commente Eguski Urteaga, sociologue et auteur de La nouvelle politique linguistique au Pays basque, (éd. L'Harmattan).

Transmission scolaire et familiale

Un résultat encourageant pour les défenseurs de la langue basque, à mettre en lien avec l'augmentation des effectifs de l'enseignement bilingue qu'il soit immersif ou à parité horaire avec 12 heures de cours en français et 12 heures de cours en basque. Aujourd'hui, 41 % des élèves du primaire sont scolarisés dans une filière bilingue, contre 24% en 2004.

"On a longtemps pensé que la transmission au niveau de l'école allait prendre le relais de la transmission familiale. Mais l'augmentation des effectifs dans l'enseignement bilingue se traduit également par une réactivation de la transmission familiale", poursuit le sociologue.

Il y a une prise de conscience de la part des familles qui souhaitent transmettre la langue basque à leurs enfants. Elles le font soit, par le biais de l'école, soit par des membres de la famille; lorsqu'ils connaissent le basque.

Eguzki Urtea, sociologue

France 3 Aquitaine

Un sujet politique

Dans les années 60, la question de la préservation de la langue et de la culture basque était associée à l'essor du mouvement nationaliste basque moderne. Progressivement, les associations s'emparent aussi de ces sujets qui imprègnent le débat public. C'est en 1969 que la première école Ikastola en enseignement immersif voit le jour, avec cinq élèves. Ils sont aujourd'hui 4 000, répartis dans une quarantaine d'établissements.

Dans ce cadre, impossible pour les institutions de délaisser le sujet. Une politique de revitalisation de la langue basque est mise en place dans les années 90 avec l'envie de contrer le déclin de la langue basque. L'Office public de la langue basque est créé en 2004, afin de développer les usages de la langue basque dans la sphère publique et de cibler tout particulièrement les jeunes générations.

Problème de proportions

L'avenir de la langue basque s'annonce-t-il radieux pour autant ? La prudence reste de mise. Tout d'abord, si le nombre de locuteurs bascophones augmente, leur proportion, au sein des habitants du Pays basque, elle, diminue. "Le Pays basque est un territoire extrêmement dynamique sur le plan démographique, rappelle Eguzki Urteaga. Les dernières données de l'Insee ont montré que la population du Pays basque augmenté de 9,6% en une décennie".

De nouveaux arrivants, venus de Nouvelle-Aquitaine où de toute la France, principalement adultes, qu'ils soient actifs ou retraités. " Ces personnes-là ne passent pas par le système éducatif, et n'auront pas la possibilité d'apprendre le basque par le biais du système scolaire", note le sociologue.

Or, au-delà de la maîtrise, la densité de locuteurs joue un rôle clé dans la pratique et le développement d'une langue. "Plus vous vous sentez à l'aise dans une langue, mieux vous la maîtrisez, et plus vous vous sentirez à l'aise de l'utiliser, souligne Eguzki Urteaga. Et plus une personne va avoir autour d'elle un nombre important de personnes qui maîtrisent le basque, et plus elle aura de probabilité de pouvoir l'utiliser".

D'où l'importance, pour la préservation de la langue, de maintenir une proportion élevée de personnes bilingues dans la population du pays basque.

L'enseignement immersif en danger ?

Autre inquiétude et de taille : l'avenir des écoles immersives. Ces écoles se sont créées sur un vide juridique, régulièrement menacé. Dernier épisode en date, en mai 2021, le Conseil constitutionnel a censuré deux articles de la loi Molac sur les langues régionales.  Cette dernière prévoyait notamment que l'enseignement d'une langue régionale puisse prendre la forme d'un enseignement immersif. Une décision qui a poussé des milliers de manifestants dans la rue, en Bretagne, en Alsace, et au Pays basque.

Emmanuel Macron était alors intervenu sur Facebook pour saluer "un trésor national (…) qui ne cesse d'enrichir notre culture française". Si ces déclarations se voulaient rassurantes, elles apparaissent insuffisantes. "Bien que reconnues dans la Constitution comme faisant partie du patrimoine régional de la France, les langues régionales ne bénéficient pas d'un cadre protecteur sur le plan juridique, souligne Eguzki UrteagaIl y a un gros point d'interrogation sur le sort de l'enseignement bilingue selon le modèle immersif pour les prochaines années."

Un politique linguistique plus adaptée ?

D'où la nécessité, selon le sociologue de réactualiser la politique linguistique en prenant notamment en compte les adultes non bascophones. "Cette politique date de 2006, une époque où la question de l'essor démographique ne se posait pas. On a donné la priorité à l'enseignement, ce qui était tout à fait justifié dans un modèle de réappropriation linguistique.
Mais que se passe-t-il avec la population adulte qui vient au Pays basque et ne maîtrise pas le basque ?", s'interroge-t-il.


"La nouvelle politique linguistique doit se donner comme priorité de permettre aux adultes d'apprendre le basque également, peu importe d’où ils viennent. Cette possibilité existe, via des associations, mais elle est limitée et n'est certainement pas à la hauteur de l'augmentation de la population".
Un modèle calqué sur les pratiques de la communauté autonome basque en Espagne… qui ne compte pas moins de 34% de locuteurs actifs.

► Pour voir, ou revoir Txirrita, l'émission de France 3 Euskal Herri qui met à l'honner la langue et la culture basque, c'est ici !

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