Les nouveaux visages de l'agriculture : le portrait de Nicolas Sarthou

A l'occasion des Terres de Jim, qui se tiennent à Saint-Jean d'Illac du 4 au 7 septembre, France 3 Aquitaine vous propose une série de portraits de jeunes agriculteurs. Rencontre aujourd'hui avec Nicolas Sarthou, producteur de maïs à Serres-Morlaàs, dans les Pyrénées-Atlantiques.

Fallait-il continuer ? S’entêter ? Sans doute pas. Nicolas Sarthou a eu le choix : tenter de redresser la barre ou vendre son troupeau.

Dans la famille, on a l’agriculture dans le sang. "Après la guerre, l’exploitation s’est progressivement tournée vers le lait" explique le jeune homme, qui a naturellement perpétué la tradition. "Je ne me suis pas vraiment posé la question ça me paraissait évident d’être agriculteur." Quand son père prend sa retraite, lui vient de terminer ses études. Son BTS agricole validé, il reprend le flambeau et la ferme familiale de Serres-Morlaàs, dans les Pyrénées-Atlantiques. Nous sommes alors en janvier 2009.


Nicolas sait dans quoi il s’engage, est conscient que la filière subit des crises a répétitions et que la charge de travail est immense. Son père lui déconseille d’ailleurs de reprendre les vaches. Qu’importe, le voilà lancé.

L'heure du choix

Trois ans passent. En 2012, la salle de traite est à changer, un investissement indispensable s’il souhaite continuer son activité. Les sommes sont considérables : le robot coûte à lui seul 150 000€, mais il faut également procéder à une mise aux normes des installations. L’éleveur, qui s’occupe de 70 bêtes, a besoin de réunir le triple de cette somme.

"Tout s’est joué en l’espace de deux semaines. A cette époque, la tonne de lait est à 280€, une misère. Sans même investir, je n’arrivais pas à me dégager un smic. Être agriculteur, c’est une passion pour moi, mais c’est tout autant un métier. Et un métier, il faut pouvoir en vivre." Refroidies par le contexte économiques, les banques sont frileuses. La laiterie, de son côté, ne lui donne aucune garantie sur les prix d’achat futur. Il est dans le brouillard, son choix est fait.

J’ai décidé d’arrêter les frais.







Autour de lui, "tout le monde n’a pas compris" : vendre ses vaches ce n’est pas rien. "Ça a fait bizarre aux gens" assure le jeune homme, aujourd’hui âgé de 28 ans. "Je faisais le même métier que mon père, mais pas avec les mêmes contraintes. D’une génération à l’autre, tout a changé très vite, de nouvelles lois ont été mises en place, que ce soit sur les antibiotiques ou la gestion des effluents. Avant, c’était sans doute plus facile." 

Rebondir

La suite s’écrit pour lui en quatre lettres : maïs. A Serres-Morlaàs et dans les alentours, il est partout. Nicolas en exploitait déjà 60 hectares et décide de s’y consacrer totalement. Sur ces terres au climat généreux, il s’agit de la culture la plus rentable. Le long de la route qui mène jusqu’à la ferme, les parcelles s’enchaînent et défient l’horizon.


Alors qu’il cumulait les deux activités et partageait son temps entre les champs et son étable, Nicolas voit son rythme de vie chamboulé. "Les vaches, c’est 365 jours par an, le réveil qui sonne à 5 heures, rien à voir avec le maïs." Pour cultiver les précieux épis, le grand gaillard, rugbyman depuis qu’il est gamin, n’est mobilisé que 6 à 7 mois par an. Il compense avec du travail saisonnier, et des engagements parfois inattendus. Avec le village par exemple, dont il est membre du conseil municipal depuis mars dernier.

J’avais envie de m’investir. Et puis ici, on se veut une commune rurale, donc il fallait bien un agriculteur !





Désormais, le hangar qui abritait les vaches est presque vide. Il abrite quelques tracteurs et du matériel, soigneusement alignés. Nicolas me décrit le trajet qu’empruntaient ses bêtes chaque jour pour aller à la traite. Soulagé de son troupeau, on le sent habité de sentiments contradictoires. Une forme de soulagement d’une part, car  "avec le maïs, tu connais ton coût de production, tu sais à peu près où tu vas." Mais de la frustration également. Le jeune homme a de l’énergie à revendre, et s’il ne formule pas de manière explicite, on sent qu’il ronge son frein.


L'alimentation de A à Z

Dans un coin de sa tête voilà quelques années qu’il trace les contours d’un projet. Cette idée, c’est celle d’un complexe agro-touristique. Aménager la ferme, ne conserver que quelques hectares de maïs (qu’il souhaite convertir en bio), puis faire découvrir au public et aux scolaires le fonctionnement de la chaîne alimentaire. Pour accueillir les visiteurs, Nicolas imagine déjà des chambres d’hôtes. Sa sœur aînée – qui travaille hors du monde agricole – pourrait s’associer avec lui.

Les animaux seront mis en avant : chèvres, moutons, et bien sûr quelques vaches. "En venant une fois sur l’exploitation, mes petits cousins étaient très surpris, ils ne savaient pas comment on faisait le lait ou le jambon, c’était la première fois qu’ils voyaient une vache !" Aller à la rencontre du public, la perspective lui parle : "Le consommateur va payer de plus en plus cher pour se nourrir dans les années à venir. Il veut savoir ce qu’il a dans son assiette, comment on le produit." Un retour à l’authenticité dont il entend bien profiter.


Mêler agriculture et tourisme, Nicolas s’y était déjà intéressé lors de ses études. "Nous étions partis en voyage au Maroc. La destination pouvait paraître étrange vu notre formation mais ce séjour s’est très bien passé. Nous sommes allés découvrir le désert avec des dromadaires, au milieu de paysages qui là-bas sont vraiment communs. C’était un bel un bel exemple, ça montre qu’il est toujours possible de valoriser ce que l’on a autour de soi." Ses anciens camarades de promo, Nicolas en revoit quelques-uns et les voit évoluer. "Ils sont nombreux à avoir repris une exploitation, et je me rends compte que chacun y à mis sa patte personnelle. Tous ont pris un virage, plus ou moins grand, que ce soit avec de la vente directe ou de la transformation."

En cherchant à se diversifier, à se rapprocher du consommateur, cette génération initie une rupture en douceur dans des filières assez conservatrices. Avec son projet d’agrotourisme, Nicolas a, lui, trouvé un cap. La balle est dans son camp, il ne lui reste plus désormais qu’à transformer l’essai.