Une vingtaine de militants devant le tribunal correctionnel de Pau pour soutenir Sharon, victime de violences conjugales

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Écrit par Anastasia Nicolas avec Eric Poussard

Le procès de l'ex-compagnon de Sharon, 39 ans, débute ce jeudi 3 février au tribunal correctionnel de Pau. Cette mère de famille a été victime de violences psychologiques et physiques pendant près de six ans. Des militants de l'association féministe Nous Toutes 64 sont venus la soutenir.

« Doris, 48 ans, défenestrée ». « Stéphanie, 22 ans, poignardée ». « Daniela, 48 ans, arme à feu ». Toutes des victimes de féminicide, dont les membres de l’association Nous Toutes 64 ont choisi d’arborer le nom sur des pancartes. 2022 commence à peine, pourtant on compte déjà 10 féminicides depuis de début de l’année. Sharon, 39 ans, aurait pu être l’une d’entre elles. Le procès de son ex-compagnon débute ce jeudi 3 février au tribunal correctionnel de Pau, et une trentaine de militants sont venus la soutenir. 

En 2014, la mère de famille subit les premières agressions de son ex-compagnon. D'abord de la violence verbale et psychologique, qui détruiront au fur et à mesure son estime d'elle-même. Des "premiers propos rabaissant sur ma couleur de peau, que je ne suis pas une femme, que je suis moche parce que je suis noire […]" résume-t-elle. "C’est dire que mes enfants sont des enfants handicapés parce qu’ils sont noirs, et que ce sont des singes. Ce sont des mots blessants tous les jours, […] et tous les jours on essaie d’exister quand même, de faire mieux, toujours mieux... et ce ne sera jamais assez en fait."

"Nous te croyons", trois mots moteurs

Sharon se souvient du jour où il a porté le premier coup: "Il sait très bien que son emprise est tellement forte que je n’irai pas déposer plainte" . Après six années de sévices, elle parvient finalement à se libérer de son bourreau et dépose plainte contre lui en 2020. Sa voix tremble légèrement, mais son ton et son discours sont assurés. Les associations féministes qui l'ont aidée à porter cette affaire devant la justice, lui ont insufflé cette force.

"Elles m’ont appris à respirer. Je ne savais même plus respirer, je n’avais plus la force de me lever le matin." débute-elle. "J’ai trouvé tout ce combat injuste, difficile, et elles ont été les jambes qui m’ont aidée à me lever tous les matins ». Trois mots prononcés par les militantes de Nous Toutes 64 au début de son parcours, "Nous te croyons", la pousseront à faire reconnaître ses droits devant la justice.

Briser l'isolement des victimes grâce aux associations

Fabienne Battault, membre du collectif féministe béarnais, se tient à ses côtés. Pour elle, le procès de Sharon représente bien plus qu'une simple affaire. "C'est elle qui a voulu lui donner une visibilité" détaille-elle. "Elle voulait que ça serve à d'autres femmes". Avec ce procès, chacun veut envoyer un message. Cette médiatisation permettrait de dire aux femmes "vous n'êtes pas seules, allez porter plainte. [...] Les coups, c'est inacceptable. Ce genre d'initiative, c'est pour dire leur dire qu'il ne faut pas s laisser faire", ponctue Fabienne Battault. 

"C'est important qu'on porte enfin sur la place publique des faits qui se déroulent à huit clos, dans le silence, dans l'omerta familiale et amicale" expose Maître Céline Saint-Michel, l'avocate de Sharon.

"J’exhorte les victimes à aller vers ces associations qui les aident vraiment à ne plus être seules" assène l'avocate, pour qui le propre des violences conjugales est d'isoler progressivement la victime de sa famille, de ses proches, ou de tout autre personne qui pourrait lui venir en aide. "Partir quand on est seule c’est extrêmement compliqué. Partir quand on est soutenue par le tissu associatif, c’est une chance de succès énorme."

Depuis le dépôt de sa plainte en 2020, Sharon n'attend qu'une chose: que justice soit faite. "Je ne vous cache pas que j’ai peur d’être déçue une fois de plus. Ca fait deux ans que j’appelle à l’aide, parce que j’ai des droits. Et c’est ce que j’essaie de faire reconnaître... que ma vie vaut quelque chose". Son ex-compagnon risque une peine d'emprisonnement, avec un sursis probatoire. 

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