"Stressés", "inquiets" et "épuisés", des lycéens du Limousin témoignent de leur vie scolaire en temps de pandémie

Depuis novembre dernier les lycéens ont un temps de présence en classe réduit de moitié. Et aux difficultés du travail à distance s’ajoutent, pour les terminales, des épreuves du bac maintenues à mars. Le sentiment de ne pas être pris en compte secoue certains élèves.

Depuis novembre 2020 les lycéens sont en classe seulement la moitié du temps scolaire.
Depuis novembre 2020 les lycéens sont en classe seulement la moitié du temps scolaire. © Marine Nadal - France Télévisions

"J’ai l’impression qu’on est mis de côté. Parce qu’on est jeunes alors, on se dit que ça va", souffle Cynthia. A presque 17 ans, cette élève en terminale générale spécialité Physique, Chimie et SVT au lycée Paul Eluard de Saint-Junien (Haute-Vienne) a accepté de raconter la manière dont elle vit sa dernière année au lycée dans un contexte bien particulier, celui de la crise sanitaire liée à la Covid-19.

Depuis novembre 2020, en France, les lycéens ont un temps de présence en classe réduit à 50%, le reste du temps, les cours sont à distance. Le but, réduire le nombre d’élèves dans les salles de classe et éviter les contaminations. Une situation qui devrait continuer jusqu’à une date encore inconnue, d’après les annonces du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, le 11 janvier dernier, face à la "situation épidémique" de la France.

Et cet éloignement du lycée, certains élèves s’en inquiètent.

On a déjà du retard cette année, avec le confinement de l’année dernière, et là on a cours en classe une semaine sur deux… C’est déjà bien, mais ça me fait stresser, j’ai l’impression d’être en vacances

Annie, élève en terminale générale scientifique au lycée agricole des Vaseix de Limoges.

"Je vis dans une ferme et c’est compliqué de me mettre au travail, de rester concentrée, en plus de mes problèmes de connexion", poursuit-elle. "On a un rythme de vie bouleversé. C’est épuisant et compliqué de se concentrer chez soi, de rester des heures en visio", continue Cynthia. Même son de cloche du côté de Roman, élève en terminale professionnelle "métiers de la sécurité" au Lycée René Cassin de Tulle.

Sans le prof c’est compliqué. En français par exemple, notre professeur nous raconte des anecdotes pour comprendre les textes et sans lui ce n’est pas la même chose.

Roman, en terminale professionnelle au lycée René Cassin de Tulle

Epreuves de spécialité du bac dès le 15 mars

Mais ce qui "stress" le plus ces futurs étudiants, c’est l'approche du bac. Dès le 15 et 17 mars prochain, selon la nouvelle réforme du bac, les lycéens en filière générale devront passer leurs épreuves de spécialité. Un maintien, confirmé par le ministre de l’Education nationale, le 11 janvier, alors qu’une pétition de professeurs, lancée en ligne avec plus de 20 000 signataires, demandait un report à juin de ces épreuves.

"Je ne me sens pas prête. J’aimerais qu’on ait moins de chapitres. Avec le nombre qu’on a, ça ne va pas être possible de tout voir", s’inquiète Annie. "Les programmes n’ont pas été allégés alors qu’un jour sur deux on n’est pas en classe", souligne, de son côté, Cynthia. "Il aurait dû il y avoir un allègement du programme pour les épreuves de mars et le finir après, mais c’est trop tard maintenant", déplore-t-elle. Et si le ministère de l’Education nationale affirme sur son site internet que "pour garantir que les élèves seront interrogés sur des éléments effectivement étudiés dans le cadre des programmes, toutes les disciplines concernées (par les épreuves de spécialité) proposeront deux sujets ou des exercices au choix afin de couvrir l’ensemble des thématiques étudiées", pas sûr que cela suffise à rassurer les lycéens.

Certains n’ont même pas fait les mêmes chapitres. Le bac approche et les profs l’affirment : On ne pourra pas finir le programme !

Cynthia

Et selon Roman, les filières professionnelles ont très peu d’informations sur le contenu du bac. "On ne sait pas s'il va être adapté ou pas. On nous dit que c’est en cours mais on ne sait toujours rien. On est laissés de côté." Un sentiment difficile à vivre pour cet ancien membre du conseil académique de la vie lycéenne de Limoges. "J’ai eu des moments où j’ai lâché. On perd la motivation. Il aurait dû il y avoir des décisions sur notre bac, sur la façon dont il va se passer. On n’a pas de réponses concrètes sur ce qu’il va nous arriver et le silence fait mal", souffle-t-il.

Et pour la suite ? 

Et si cette crise sanitaire inédite impact leur vie lycéenne, l’avenir les préoccupe aussi. "J’ai envie de faire un BTS en alternance dans le commerce ou le management et ce sont des professions où beaucoup de salariés sont en télétravail. Donc les entreprises ont tendance à refuser des alternants car ils ne peuvent pas nous encadrer à distance. J’ai démarché des entreprises à Bordeaux et deux m’ont répondu négativement pour cette raison."

L’avenir se prépare aussi, cette année, à distance. Le Salon de l’orientation "l’Etudiant" se déroule, dès jeudi 14 janvier, en virtuel. "Je vais le suivre. Les profs nous ont donné pleins de liens pour y accéder", déclare Annie qui espère que sa connexion internet fonctionnera. Cynthia aussi sera au rendez-vous : "C’est notre seul recours". Même si pour cette dernière, son choix d’orientation est déjà fait : "La crise a validé mon envie de faire médecine. J’ai envie d’aider et de me sentir utile, d’apporter quelque chose aux autres". 

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