Vente directe : quand les petits producteurs passent au “drive” pour contourner le coronavirus

Les clients du "drive" récupèrent leurs courses à l'arrière du magasin / © France 3 Nouvelle-Aquitaine
Les clients du "drive" récupèrent leurs courses à l'arrière du magasin / © France 3 Nouvelle-Aquitaine

Les producteurs qui vendent sur les circuits courts et locaux doivent s'adapter pour faire face à la fois aux inquiétudes des consommateurs et à leurs besoins. A Poitiers, un magasin de producteurs réalise désormais l'essentiel de ses ventes sur Internet, et les clients les récupèrent au "drive".

Par Tanguy Scoazec

Des commandes en ligne multipliées par quinze ! Au magasin de producteurs "Plaisirs Fermiers" de Poitiers, on ne s'attendait pas à une telle explosion des ventes. "C'est simple, d'habitude, on enregistre une quizaine de commandes par semaine, la semaine dernière on était déjà à 80, et cette semaine, on est bien parti pour atteindre 350 clients!"
Il faut dire que ce magasin de producteurs est l'un des rares à être équipé d'un système de "drive" depuis 3 ans déjà, et en ces temps de confinement, les clients n'y trouvent que des avantages.

"On s'adapte à la demande en temps réel.
Une responsable du magasin de producteurs Plaisirs Fermiers"

Ce ne sont pas les pâtes qui sont en tête des ventes, mais les légumes, la viande, et la charcuterie. "Les gens ont le temps de cuisiner, ajoute la responsable du magasin. Et puis ici il n'y a pas la cohue de la grande distribution."
Le boucher prépare les commandes passées en ligne / © France 3 Nouvelle-Aquitaine
Le boucher prépare les commandes passées en ligne / © France 3 Nouvelle-Aquitaine

De fait, le magasin n'accuse pour le moment aucune difficulté d'approvisionnement. C'est l'autre avantage de ce système, la relation directe avec les producteurs. Quand une référence vient à manquer, il suffit au magasin de passer un coup de téléphone à l'agriculteur ou à l'artisan pour savoir s'il peut livrer davantage...
 
Dans le magasin, beaucoup moins de clients que d'habitude, mais les vendeuses s'activent pour assembler les commandes passées en ligne. / © France 3 Nouvelle-Aquitaine
Dans le magasin, beaucoup moins de clients que d'habitude, mais les vendeuses s'activent pour assembler les commandes passées en ligne. / © France 3 Nouvelle-Aquitaine
 

La vente directe s'adapte

Malheureusement tous les producteurs locaux n'ont pas cette possibilité de la vente en ligne et du drive. En temps normal, Antoine Pasquier, éleveur à La Petite Boissière, dans le nord des Deux-Sèvres, vend une partie de ses Blondes d'Aquitaine en caissettes. Il se charge lui-même de la vente à la ferme, mais aussi sur les places de villages ou sur les marchés.
Mais ce mois-ci, pas de livraison. Il explique: "J'avais une vache et un veau prêt à envoyer à l'abattoir, mais les clients avaient des inquiétudes. Par exemple, pour livrer toute la zone de Poitiers, je m'installe sur une place à Vouillé (à 20km à l'ouest de Poitiers, NDLR). Au moment où on limite les déplacements, ce n'était pas forcément raisonnable pour les clients de faire tout ce chemin simplement pour acheter de la viande." Prochaine tournée pour l'éleveur, si tout va bien, début mai.
 
Aurélia Entzmann, éleveuse de Parthenaises, et ses enfants. Ni le coronavirus, ni l'école à la maison ne vont l'empêcher de réaliser ses livraisons à domicile. / © France 3 Nouvelle-Aquitaine
Aurélia Entzmann, éleveuse de Parthenaises, et ses enfants. Ni le coronavirus, ni l'école à la maison ne vont l'empêcher de réaliser ses livraisons à domicile. / © France 3 Nouvelle-Aquitaine

"Là je vais aller directement chez les gens, ça évite les regroupements,
- Aurélia Entzmann, éleveuse à Vausseroux (Deux-Sèvres)"

Au GAEC L'Orée du village, à Vausseroux, près de Parthenay, la vente directe est plutôt marginale en temps normal. "Cela représente 3 ou 4 animaux par an. Là c'est une amie qui m'a demandé si je comptais relancer une tournée, parce que son congélateur se vidait..." Un mail envoyé aux adresses habituelles et la voilà disposée à livrer d'ici quelques jours, à domicile, des clients rassurés de limiter les intermédiaires.
 

Youri Colinet, paysan boulanger à Cerizay, devant son fournil / © GAEC La Billardière
Youri Colinet, paysan boulanger à Cerizay, devant son fournil / © GAEC La Billardière

2 AMAP sur 3 continuent

Même constat mais solution différente chez Cécile Pasquier et Youri Colinet, paysans boulangers installés à Cerizay (Deux-Sèvres) depuis 2011. Avec leur associé, ils produisent des céréales pour la farine et le pain ainsi que des plantes aromatiques. "On continue à livrer le pain par nos circuits de vente directe. Sur les trois AMAP (associations pour le maintien d'une agriculture paysane) que nous fournissons, deux fonctionnent toujours. Nous adaptons simplement la vente avec les gestes barrières, les gens font la queue dehors, ça tombe bien, il fait beau!" Et les clients sont aussi incités à passer commande auparavant pour limiter la durée des échanges.

Reportage de Freddy Vetault, Stéphane Bourin et Philippe Ritaine :

Une plateforme pour mettre en relation producteurs et consommateurs

A compter du 31 mars, la région Nouvelle-Aquitaine propose une plateforme solidaire de mise en relation entre des producteurs, des artisans de l'agro-alimentaire et des consommateurs. Il suffit de s'inscrire à l'adresse suivante : produits-locaux-nouvelle-aquitaine.fr, d'un côté les agriculteurs et artisans qui cherchent des débouchés pour leurs marchandises, de l'autre, des familles qui restent à la maison et ont besoin d’être livrées en produits locaux et de saison. 
La plateforme peut aussi s'adresser aux commerces d’alimentation autorisés qui veulent proposer à leurs clients une alimentation de proximité variée et locale.

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