Abus sexuels dans l’Église : "on n’imaginait pas des chiffres de cette ampleur", selon l’archevêque de Poitiers

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Écrit par Barbara Gabel
Au centre, l'archevêque de Poitiers, Mgr Pascal Wintzer, à la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, pour la messe de Pâques en 2020.
Au centre, l'archevêque de Poitiers, Mgr Pascal Wintzer, à la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, pour la messe de Pâques en 2020. © Clément Massé - France Télévisions

Ce mardi 5 octobre, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église a remis son rapport, après deux ans et demi de travaux. Plus de 300.000 victimes ont été dénombrées. Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, découvre ces chiffres avec "accablement".

L’onde de choc est immense pour l’Église catholique. La commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église a publié son rapport mardi 5 octobre. Au total, elle estime à 330.000 le nombre de personnes victimes d’abus sexuels par des clercs, religieux, ou laïcs, dans les institutions religieuses entre 1970 et 2020.

À Poitiers (Vienne), l'archevêque Mgr Pascal Wintzer a partagé avec France 3 sa réaction "d’accablement" face aux conclusions du rapport Sauvé, du nom de l’ancien vice-président du Conseil d'État, qui a présidé la commission.

Une "dizaine de courriers" au diocèse de Poitiers

"Nous savions que cette situation existait, mais on n’imaginait pas des chiffres de cette ampleur", a-t-il expliqué. Dans le cadre des travaux de la commission, l’archevêque assure avoir reçu, au diocèse de Poitiers, "seulement une petite dizaine de courriers" de victimes devenues adultes. "Elles me racontent que cela continue à les traumatiser."

Derrière les 330.000 victimes évaluées par le rapport Sauvé, Mgr Pascal Wintzer pense à "chaque vie singulière qui est brisée".

Avec ce rapport, la responsabilité de l’Église catholique doit être questionnée, selon l’archevêque de Poitiers. S’il ne se sent "pas concerné à titre personnel", Mgr Pascal Wintzer pointe "ceux qui avaient des responsabilités, évêques ou autres, à l’époque. Ils n’ont pas entendu la gravité du phénomène. Ils ont préféré protéger l’institution plutôt que de défendre des personnes abusées et violées."

Pour l’archevêque, c’est une double peine. "À la fois, les victimes n’ont pas été protégées et l’institution en sort discréditée. L’institution a été plus préoccupée par elle-même que par la protection des personnes vulnérables."

Vers un changement dans le mode de gouvernance ?

Pendant deux ans et demi, la commission Sauvé a pu auditionner 250 victimes, dont le Poitevin Éric Boone, agressé sexuellement par un frère dominicain à Toulouse lorsqu’il était adolescent. Comme de nombreuses victimes, il espère, grâce à la publication de ce rapport, des changements dans le mode de gouvernance des diocèses.

Une demande que comprend Mgr Pascal Wintzer. "Il faut que les choses changent", reconnaît l’archevêque, qui souhaiterait distinguer les fonctions théologiques des fonctions de gouvernance. "Quand tout est entre les mains d’une seule personne, cela peut encourager à des dérives. Nous faisons un gros travail pour permettre à des laïcs, hommes et femmes, d’avoir des responsabilités complètes dans l’Église."

Les conclusions de ce rapport amènent l'archevêque à repenser sa foi. "Cela m’interroge sur les mystères de Dieu", confie-t-il "Il n’est pas tout-puissant, ni magique. Il ne suffit pas de prier pour que tout change. Certes, la prière donne une force, mais c’est aussi à tout croyant de prendre des décisions justes. Les prêtres ne sont pas une puissance magique."

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