Montpellier : 72 victimes de pédophilie au sein de l’Eglise ont déjà contacté la cellule d’écoute

Depuis 5 ans, le diocèse et le CHU de Montpellier travaillent ensemble pour recueillir la parole des victimes et auteurs d’abus sexuels au sein de l’Eglise. Objectif : tenter de réparer après des années de souffrance et de silence.

Plus de 300 000 victimes. Plus de 3.000 religieux accusés de violences sexuelles sur mineurs depuis les années 50. Des chiffres sans doute incomplets. Le rapport Sauvé dévoilé ce mardi 5 octobre 2021 est une véritable déflagration.

C’est un tsunami, mais je ne peux pas dire que je suis surpris.

Wayne Bodkin, Docteur en psychothérapie, membre de la cellule d'écoute.

Les faits ne sont pas nouveaux. Des plaintes, des témoignages, des alertes lancées depuis les années 2000 ont contraint l’Eglise à commencer à agir.

Montpellier fait partie des précurseurs. Dès 2012, Wayne Bodkin, à l’époque chargé de la communication du diocèse, organise des journées de prévention dans l’Hérault. Très vite, il est submergé de demandes et voit arriver en fin de séance des personnes qui « veulent parler ». En 2016, en pleine affaire Barbarin, le diocèse et le CHU mettent en place ensemble un partenariat avec une cellule destinée à accompagner les victimes.

Un dispositif unique mélant médecins et religieux

L’équipe regroupe médecins, avocats et représentants religieux. Le dispositif propose à la fois une ligne d’écoute (04 67 33 85 77) et des consultations à l’hôpital, « un lieu neutre, qui permet de favoriser la parole », explique le Docteur Mathieu Lacambre, coordinateur du CRIAVS LR, un service spécialisé dans les violences sexuelles.

Chaque personne obtient un rendez-vous sous 7 jours après son appel. Puis si les victimes le souhaitent, elles ont la possibilité de rencontrer l’archevêque, accompagnées par deux professionnels.

« C’est important pour une victime de dire à l’Eglise tout le mal qu’elle a reçu », explique Wayne Bodkin, aujourd’hui docteur en psychothérapie et membre actif de cette cellule d’accompagnement.

En 5 ans, 72 personnes ont eu recours au dispositif d’alerte et 24 ont été suivies.

Le rapport Sauvé va-t-il libérer la parole ?

Dans le diocèse de Carcassonne, c’est un autre choix qui a été fait. L’institution a mis en place une charte ainsi qu’une campagne d’affichage. Et depuis 2020, une déléguée épiscopale à la protection des mineurs et des personnes vulnérables, Clothilde de Ravignan, a été nommée. C’est donc auprès d’elle que les victimes peuvent se faire connaitre. Cela reste une initiative du diocèse, ce qui peut aussi poser problème pour les victimes. Pas facile de se plaindre auprès de l’Institution.
Pour l’heure, seule une personne témoin de faits anciens s’est manifestée. Un retour timide mais le responsable de communication du diocèse espère que le rapport Sauvé va « libérer la parole ». 

Trouver les bonnes solutions 

Reste la question des auteurs. Le psychiatre montpelliérain Mathieu Lacambre pense qu’elle n’est toujours pas traitée. «300.000 victimes pour 3.000 auteurs ? Si on était cohérent, il faudrait plutôt chercher près de 200.000 auteurs !». Très peu ont contacté la cellule du CHU.

Quant aux solutions évoquées par le rapport Sauvé, quelles doivent être les pistes prioritaires ? Pour son confrère Wayne Bodkin, indemniser les victimes bien sûr. Mais aussi mieux sélectionner les candidats qui veulent être prêtre. «Avoir une évaluation de leur sexualité. Et ne pas confondre célibat et abstinence. L’abstinence est une illusion».

Et pourquoi pas un organisme de contrôle externe qui serait « un garde-fou contre les dérives de l’Eglise. »

Car pour le psychologue qui a encore reçu un appel en début de semaine, il y a plus que jamais urgence à agir « Nous sommes devant un problème de santé majeur. Les victimes ont un courage énorme ».

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