Quels sont les effets du réchauffement climatique sur la pousse des champignons ?

Cette année, les champignons sont au rendez-vous. La chaleur de l’été et l’arrivée des pluies offrent pour le moment à ces organismes des conditions de pousse optimales. Leur apparition est cependant décalée, pour cause de réchauffement climatique.

Dans les forêts du Poitou, des taches rouges à oranges font depuis une vingtaine d'années leur apparition sur les sols au moment de l’automne. Il s’agit d’oronges, appelées aussi amanites des Césars. La légende raconte que ce champignon aurait eu une place de choix au sein des tables des empereurs pour ses qualités gustatives. Il se prépare en général de la manière la plus simple qui soit, cru avec un filet d’huile ou de citron ou à feu vif avec de la fleur de sel. 

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"On constate une remontée de certaines espèces vers le nord", confirme Raphaël Hervé, président de la Société mycologique du Poitou. ©Burot Romain - France Télévisions

Seule inquiétude : l’oronge pousse habituellement dans les régions méditerranéennes. Son arrivée dans la région semble donc être l'une des conséquences du réchauffement climatique. "On constate une remontée de certaines espèces vers le nord", confirme Raphaël Hervé, président de la Société mycologique du Poitou, lors d’une sortie-cueillette dans la forêt de Moulières filmée par notre caméra. L’oronge pousse au pied des chênes du territoire : c’est un champignon mycorhizien, qui vit de la symbiose avec les arbres. 

Réchauffement climatique 

"Il existe deux types de champignons, analyse le président de la Société. Il y a les saprotrophes qui se nourrissent de matière organique et de pluie, et les mycorhiziens, qui vivent de la symbiose avec les arbres." Ce second genre de champignons colonise les racines des forêts. Il apporte des minéraux à la plante et reçoit en retour des produits issus de la photosynthèse comme des sucres.

Si la symbiose se passe correctement, la fructification se produit. Alors, les champignons que l’on peut cueillir sortent de terre. "Or, si l’arbre est en mauvaise santé, parce qu’il ne pleut pas par exemple, les champignons se concentrent sur sa survie et il n’y a pas de fructification. Les mycorhiziens sont donc davantage touchés par le réchauffement climatique que les saprotrophes." 

Conditions optimales

Après un début d’automne particulièrement doux, Raphaël Hervé constate que le décalage des saisons a une incidence effective sur la pousse des champignons. Seuls quelques cèpes ont pointé le bout de leur nez au début de l'été après de faibles précipitations ayant eu lieu au mois de juin. Leur fructification s’est ensuite rapidement arrêtée pour cause de canicule. Cinq mois plus tard, ces champignons de prestige sont de retour grâce à l’arrivée de la pluie. 

Raphaël Hervé, président de la Société mycologique de Poitou, parle de l'impact du décalage des saisons sur les champignons 

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"Il existe deux types de champignons, analyse le président de la société. Il y a les saprotrophes qui se nourrissent de matières organiques et de pluie, et les mycorhiziens, qui vivent de la symbiose avec les arbres." ©Burot Romain - France Télévisions

"Tout est une question de météo, remarque Raphaël Hervé. Pour le moment, les arbres semblent avoir retrouvé ce qu’il leur fallait pour que les champignons puissent sortir de terre." Les précipitations permettent aussi l’apparition de saprotrophes.

Parmi eux, on trouve dans la région des coulemelles ou encore des amanites rougissantes. Ces dernières ne sont comestibles qu'après la cuisson, et ce ne sont pas les seules espèces dangereuses pour l'homme. 

Des champignons venus d'Amérique 

Parmi les plus toxiques, l'amanite vireuse, originaire d'Amérique, peut à elle seule tuer un homme. "Je l'ai observée pour la première fois en 1996 sur le littoral vendéen", raconte Raphaël Hervé.

Depuis 1996, l'amanite vireuse a proliféré et on en trouve maintenant dans le centre de la France.

Raphaël Hervé, président de la Société mycologique du Poitou

Il ajoute que des espèces d'origine européenne ont elles aussi traversé l'Atlantique pour s'installer en Californie. L'activité humaine et la mondialisation font partie des raisons qui expliquent leur délocalisation. Toutefois, lorsqu'on demande à Raphaël Hervé si le réchauffement climatique risque d'augmenter le nombre de champignons dangereux pour l'homme, le passionné répond par la négative.

Que les gourmets se rassurent donc, mais seulement après avoir bien vérifié la toxicité ou non de leurs trouvailles. La Société mycologique du Poitou propose d'ailleurs des séances destinées à aider les intéressés à déterminer les types de champignons qu'ils ont cueillis, et surtout s'ils sont comestibles !