TEMOIGNAGES. Violences faites aux femmes : "Il me disait que ça allait s’arrêter. Quand il m’a laissée pour morte par terre (…) j’ai dit stop."

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Écrit par Olfa Ayed, avec Juliette Coulais

La journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes ce vendredi 25 novembre 2022 est l’occasion de sensibiliser et de mobiliser contre cette réalité dramatique. Deux Poitevines, aujourd'hui libérées de leur agresseur, ont accepté de nous livrer leur témoignage.

"J’étais sous son emprise. La première baffe, je l’ai subi. Il me disait que ça aller s’arrêter", raconte Sophie*. La jeune femme a été victime durant de longs mois des violences de son conjoint. Le moment de bascule s’est déroulé en 2017. Ce jour-là, elle raconte avoir été victime d’un viol et d’une centaine de coups : "Quand il m’a laissée pour morte par terre, j’ai appelé ma maman et là j’ai dit stop. Je ne voulais pas vivre cette vie-là. Ma maman a subi des violences, ma grand-mère aussi..."

Ma maman a été d’un très bon conseil. On est allées au commissariat puis au CHU pour faire constater les blessures. Là-bas, ils m’ont dit que ce n’était pas de ma faute.

Sophie, ancienne victime de violences conjugales

Sur ordre du procureur, elle a pu bénéficier d’un TGD : un "téléphone grave danger" permettant de contacter directement une plate-forme spécialisée en cas de danger. Cette plate-forme alerte la police ou la gendarmerie si nécessaire. La victime peut être géolocalisée si elle le souhaite. Une prise en charge pour se reconstruire mais Sophie regrette le comportement de certains agents des forces de l’ordre au moment de ses dépositions : "Le policier, pendant une semaine, venait à la maison, me disant : "Il faut surveiller vos fréquentations, il faut faire attention avec qui vous sortez (…) Je ne veux pas vous mettre en position de tristesse ou vous juger mais faites attention à vos fréquentations." Et c’est là que je lui ai répondu vous jugez quand même."

Même constat lors de l'utilisation de son outil de protection. Certains agents lui demandaient de "ne pas le déclencher" à chaque fois qu’elle voyait son ex-conjoint, rapporte-t-elle, lui précisant "Monsieur a le droit de vivre aussi, il a fait sa part au niveau de la prison…"

Violences faites aux femmes : des marges de progression

Si des formations pour l’ensemble des professionnels susceptibles d’intervenir auprès des femmes victimes de violences sont aujourd’hui proposées, l’accueil de la parole est toujours un aspect à faire évoluer pour Hélène Deslandes. Alors, la fondatrice du collectif "Femmes violentées de la Vienne" accompagne celles qui le souhaitent lors du dépôt de plainte. "Le fait que je sois là en général fait que ça se passe bien", souligne-t-elle.

Cette Poitevine a créé le collectif en 2020. La page Facebook compte 262 membres. "Il y a beaucoup de bienveillance. On parle d’hébergement d’urgence, de l’accueil dans les commissariats…", énumère Hélène Deslandes. Comme Sophie et comme 14% des femmes en France en 2022, cette maman de trois enfants a connu les violences. Dans son cas, elles ont duré 13 ans. Son agresseur était le père de deux de ses enfants. Il a fallut huit plaintes pour que son ex-conjoint soit condamné à de la prison ferme, à domicile. Mais ce qui a aidé Hélène est l'éloignement du foyer familial de son bourreau: "Cette éviction m’a permis de me dire : "C’est bon, ça y est, cette fois il a ordre de ne plus paraître au domicile."

Selon Hélène, la question de l’hébergement des femmes est à améliorer. "Les deux fois dans ma vie où j’ai appelé le CIDFF (Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles) pour leur dire "au secours, il m’a menacé au couteau. Qu’est-ce que je fais ?" Ils m’ont dit : "Partez Madame, vous êtes en danger." J’ai dit : "Ok, je vais où ?" Ils m’ont répondu : Vous n’avez pas des amis ?" Ils m’ont dit ça. J’ai trois enfants je ne vais pas chez des amis. Je me suis débrouillée, je suis allée porter plainte. Comme d’habitude. Et c’était classé sans suites, ou de petites peines. C’est vraiment l’éviction du domicile qui a permis d’acter la séparation physique."

Quand une femme veut fuir, on lui dit d’appeler le 115. Et le 115 comme lieu d’habitation avec des enfants, ça ne fait pas rêver. Même si c’est ponctuel. Là, je reviens, l’éviction du domicile du conjoint ça serait mieux.

Hélène Deslandes, ancienne victime de violences conjugales et fondatrice du collectif "Femmes violentées de la Vienne"

VIDEO - Ecoutez ces témoignages

Témoignage de deux femmes victimes de violences conjugales. Des femmes qui, aujourd'hui, s'en sont sorties. ©France télévisions

A Poitiers, le Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) Audacia à Poitiers peut accueillir depuis avril 2021 les auteurs de violences conjugales. Une manière de les éloigner, eux, du foyer conjugal et donc des victimes et d’éviter la récidive. 

Aujourd’hui, les deux femmes, éloignées de leur agresseur, ont repris leur vie en main, même si certaines traces restent. "J’ai toujours des séquelles dues à mes traumatismes. Monsieur m’a enfoncé la cage thoracique. Quand il y a des changements de temps, que je suis stressée, j’ai très mal", se confie Sophie. 

Selon les chiffres de la préfecture de la Vienne, rapporté par France Bleu Poitou, entre janvier et septembre 2022, ce sont 1.329 personnes qui ont été victimes de violences intrafamiliales dans la Vienne. Une tendance à la hausse. En 2021, elles étaient 1141.

En cas de violences, le 3919 est le numéro national de référence d’écoute téléphonique et d’orientation à destination des femmes victimes de violences (en particulier des violences conjugales).

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