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Les “Licenci'elles” de Montpellier font bloc contre les licenciements sans cause économique

Une action des Licenci'elles contre les licenciements sans cause économique - archives 2012
Une action des Licenci'elles contre les licenciements sans cause économique - archives 2012

Les Licenci'elles, association de salariées congédiées des 3 Suisses se forgent à l'épreuve des faits, une âme de militantes pour "reconquérir leur dignité". L'antenne de Montpellier s'active au plan national.

Par Fabrice Dubault

"Vu comment on a été traitées et les sommes proposées pour nous acheter, ça motive pour ne pas se laisser faire!". Tout est dit pour ces ex-salariées, dont celles de Montpellier.

L'histoire des Licenci'elles rejoint celle des salariés Sodimédical, Vivéo ou autres Lejaby, partis en guerre contre les plans sociaux sans fondement économique, selon eux. Entre manifestations, tracts, tweets et rencontres de responsables politiques, les Licenci'elles veulent les fédérer tous.
"On devient militant alors qu'on ne l'était pas du tout. On est des salariées lambda, propulsées dans la lutte", confesse Marie Lecomte, ex-3 Suisses de 42 ans, qui demeure enthousiaste. "Plus nous serons nombreux, plus nous créerons le rapport de force", ajoute-t-elle, avec conviction.
"La colère a été notre moteur", renchérit Sylvie Peeters, déléguée syndicale CGT, toujours en poste, elle.

A la base de cette aventure militante forcée, 149 employés, en grande majorité des femmes, travaillant dans l'une des 35 boutiques en France du groupe de vente à distance. En janvier, la direction annonce leur fermeture pour se consacrer à la vente par internet, sur fond de délocalisation au Maghreb.
Licenci'elles se monte alors, "pour créer du lien entre les salariés licenciés" à Ajaccio, Mulhouse, Montpellier ou Brest. Une association, sans étiquette syndicale, même si beaucoup, dans l'urgence, se sont syndiquées.
Après le "choc" des licenciements annoncés par téléphone et "le sentiment que tout s'effondre", elles plongent dans les méandres d'un plan de sauvegarde de l'emploi, des référés et du droit social.
Elles se heurtent à "un dialogue proche du néant" et à "la violence" de "se retrouver sans plus aucun contact avec la direction dès lors que commence la période de reclassement", raconte Tiphaine, hôtesse commerciale à Caen.

"On va s'accrocher"

"Pour tout reclassement, ils nous ont proposé un poste en Allemagne ou au Maroc, sans équivalence de salaires!", s'indigne cette mère de famille, inscrite à Pôle Emploi depuis quelques jours. Entre les enseignes de Mulliez "Auchan, Décathlon, Leroy Merlin, ils avaient pourtant l'embarras du choix pour nous reclasser", dit-elle consternée.
La jeune femme aux yeux bleus pétillants comptait sur la direction pour financer une formation de moniteur-éducateur pour se reconvertir: elle se heurtera à un refus. "La direction a fait traîner les choses, nous laissant avec notre stress".
"Il y a aussi eu toutes les pressions, les chantages exercés par la direction qui a joué la division: +Si vous vous mobilisez, on ferme tout, 2.000 emplois sur
le carreau!+", rapporte Sylvie Peeters.

Au final, la moitié des 149 salariées accepteront les conditions du PSE, les plus jeunes et les plus anciennes. 70 optent pour le bras de fer.
Avec leur T-shirt rose estampillé "EXIT les salarié-e-s 3 Suisses", elles multiplient, depuis, les actions.
Jeudi, elles devaient manifester devant les Prud'hommes de Roubaix en marge d'une audience de conciliation. Elles contestent le motif économique de leurs licenciements.
Leur modèle: les Goodyear, qui ont obtenu l'abandon des licenciements après des années de procédure.
Le groupe allemand Otto, actionnaire majoritaire des 3 Suisses "est richissime, la famille Mulliez aussi!", s'insurge Mme Lecomte. Un ancien cadre venu qui les soutient parle lui de "hold-up", la direction ayant "maquillé les chiffres".

Les Licenci'elles ont déposé une proposition de loi pour réformer les licenciements sans cause économique.
"Le combat s'annonce long, mais on va s'accrocher", lance tout sourire Tiphaine.

Le groupe "3 Suisses International" précise et dément certains points

Le porte-parole des 3 Suisses et directeur de la communication du groupe, Antoine Pernod, dans un entretien téléphonique, avec France 3 Languedoc-Roussillon parle du plan de modernisation entamé en décembre 2010 et du plan de sauvegarde de l'emploi qui l'accompgne.

Le groupe 3 Suisses International a décidé de recentrer son activité sur le e-commerce qui représente 70% du chiffre d'affaire.
Un investissement de 70 millions d'euros pour les 4 enseignes du groupe a débuté. (3 Suisses, Blancheporte, Becquet et Vitrine Magique).

Ce recentrage d'activité passait par la fermeture de 35 boutiques 3 Suisses en France, dont une à Nîmes et une à Montpellier pour le Languedoc-Roussillon. Ces points de vente perdaient entre 9 et 10 millions d'euros par an et ne représentaient que 2% des commandes.

Après un an de discussions et de négociations avec le CE et les syndicats, les boutiques ont fermé en janvier 2012.
Depuis, les 149 salariés concernés par le plan social en France, sont en reclassement payés pour des durées allant de 7 à 12 mois.
Une plan de formation, de reclassement a été confié à un cabinet conseil spécialisé.
Des allocations de retour à l'emploi, des aides diverses (mobilité, retour à l'emploi ou création d'entreprise) ont été financées.

A titre d’exemple, chaque salarié bénéficie de :
• Un cabinet d’accompagnement des salariés sur chacun des espaces
• Un congé de reclassement accompagné par le cabinet spécialisé choisi par les représentants du personnel de 7 à 12 mois suivant l’âge du salarié (avec prolongation de 3 mois en cas d’emploi non retrouvé)
• Une allocation de reclassement d’un minimum de 85% du salaire net pendant la durée du congé de reclassement et le maintien des avantages sociaux (couverture santé, …)
• Le maintien du régime de prévoyance et de la mutuelle pendant 9 mois à l’issue du congé de reclassement
• Des formations financées par l’entreprise allant suivant les besoins de 3 500 à 10 000 euros
• Des allocations différentielles temporaires pour faciliter le reclassement du salarié et lui permettre d’accepter des postes moins rémunérés Ces allocations sont d’un montant brut maximum de 400 euros par mois et ce sur une durée de 24 mois.
• Une aide à la mobilité par une prise en charge de la totalité des frais de déménagement (+ de 50 km) et une aide à l’installation de 3 000 euros bruts par salarié (+1 000 euros par personne à charge)
• Une aide à la création d’entreprise par des aides allant de 10 000 à 20 000 euros suivant les cas (+5 000 euros par salarié embauché)...

Les salariés âgés de plus de 50 ans ou handicapés ou parent isolé bénéficient de mesures supplémentaires adaptées (prise en charge pendant 6 mois de 50 % des charges patronales supportées par un nouvel employeur, …)
Les salariés âgés de plus de 57 ans et plus bénéficient par ailleurs d’un maintien de 90% de leur ancien salaire net, et ce jusqu'à l'âge de la retraite (maximum 62 ans).

Enfin, Antoine Pernod a tenu à apporter des précisions :
"Aucune des activités de vente sur Internet n’a été délocalisée au Maghreb. Au contraire l’investissement de + de 70 millions d’euros se fait exclusivement en France.
La direction n’a refusé de financer aucune des formations validées par la commission de suivi (composée des représentants de l’Etat et des représentants des salariés). La personne qui s’exprime dans l'article n’a pas pu se voir refuser une formation de moniteur éducateur puisqu’elle est actuellement … en formation de moniteur-éducateur  jusqu’en mars 2013.
Les chiffres du Groupe fournis dans le cadre des livres 1 et 2 du PSE sont certifiés par nos commissaires aux comptes (KPMG, …) et n’ont pas été contestés par l’expert nommé par le CE dans le cadre du PSE.
La direction n’a exercé aucune pression pendant la durée des négociations. En revanche, l'interlocutrice omet de préciser que les salariés consultés par elle par référendum ont majoritairement rejeté son action".

"Ainsi, si l’entreprise comprend l’émoi et l’inquiétude de ses salariés face à la suppression des Espaces, conséquence d’un changement des habitudes de consommations des clients, elle a eu à coeur de leur offrir une solution individuelle et responsable pour être dans les meilleures conditions de retrouver un emploi.(...)
A ce jour, 75% des anciens collaborateurs disposent d’une solution ferme validée par la commission de suivi et qui répond à leur projet personnel (reclassement interne, CDI, créations d’entreprise, formations diplômantes, projet personnel, …). Les autres salariées continuent d’être accompagnées par le cabinet spécialisé et sont en voie de concrétisation de solutions (formations non démarrées, en période d’essai de CDI, …)".

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