“Notre métier est en train de mourir” : en Occitanie, les sages-femmes craignent la disparition de leur profession

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Écrit par Lauriane Nembrot
Journée nationale de grève des sages femmes. Paris, 5 mai 2021.
Journée nationale de grève des sages femmes. Paris, 5 mai 2021. © BRUNO LEVESQUE / MAXPPP

L’Organisation nationale syndicale des sages-femmes de France (ONSSF) appelle à une mobilisation massive pendant tout le week-end. En Occitanie, leurs conditions de travail se sont dégradées et une pénurie de sages-femmes pourrait bientôt débuter.

“On veut alerter”. D’une voix déterminée, Charlotte Baudet, sage-femme installée à Carcassonne dans l’Aude, entend dénoncer un système hospitalier qui serait devenu “maltraitant”, au bout de “plusieurs décennies d’abandon”. "Si plusieurs patientes accouchent en même temps je vais devoir choisir laquelle entre toutes a le plus besoin de moi”. Une situation que cette sage-femme juge “dangereuse et insupportable”.

Des conditions de travail dégradées

Installée depuis plusieurs années en Occitanie, Charlotte Baudet a assisté à la dégradation de ses conditions de travail. Manque de personnel, collègues en burn-out, revenus insuffisants et surcharge de patients : face à ces réalités, cette sage-femme libérale assure que son métier “est en train de mourir”. “À cause de tout ça on prend des risques, on met en danger les patientes", indique la sage-femme.

Parfois, quand on fini nos journées, on se dit qu’on a de la chance que personne ne soit mort

Charlotte Baudet, sage-femme installée à Carcassonne

Selon l’Agence régionale de santé (ARS) Occitanie, il y aurait 20,7 sages-femmes pour 100 000 habitants dans la région, d’après un rapport établi en 2017. “La région Occitanie se caractérise par une densité de sages-femmes libérales bien supérieure à la moyenne nationale”, indique l’ARS, qui précise toutefois que “cette densité régionale connaît de fortes variations d’un département à l'autre”. 

Si la région semble quelque peu épargnée par la pénurie de sages-femmes, Charlotte Baudet craint que la situation ne s’inverse très rapidement : “il y a de vraies difficultés pour boucler les plannings toutes les semaines. C’est toujours la croix et la bannière pour trouver un remplaçant. Il faut que ça change".

Un vote à l'unanimité à l’Assemblée

Ce jeudi à l’Assemblée nationale, les députés ont voté à l’unanimité en faveur de l’évolution de la formation des sages-femmes en France. Une sixième année d’étude viendrait s’ajouter aux cinq qui existent déjà. Une “excellente nouvelle”, selon l’organisation syndicale nationale. “C’est une avancée mais ce n’est pas suffisant", remarque toutefois Charlotte Baudet. 

La revalorisation salariale fait partie des demandes formulées par les sages-femmes. Selon Charlotte Baudet, "les sages-femmes qui sortent d'études touchent en moyenne 1 600 euros”, privé et public confondus. Si les salaires ont déjà été revus à la hausse depuis le Ségur de la santé au printemps dernier, “aujourd’hui on est aux alentours de 2 000, 2300 euros après six ans d’études et avec un risque permanent de procès si quelque chose se passe mal. Alors non, ce n’est toujours pas attractif”, conclut Charlotte Baudet. 

Ce weekend, l'organisation nationale des syndicats de sages-femmes appelle à une mobilisation générale. Un "weekend noir" est même annoncé par l'union générale. 

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