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Procès du scandale de la viande chevaline : l'ancien directeur de Spanghero dit n'avoir “jamais travaillé de cheval”

Patrice Monguillon, l'ancien directeur du site de Castelnaudary ( à gauche de l'image), à la sortie de la salle d'audience suivi de son avocat. / © J.Sanna F3LR
Patrice Monguillon, l'ancien directeur du site de Castelnaudary ( à gauche de l'image), à la sortie de la salle d'audience suivi de son avocat. / © J.Sanna F3LR

Le procès s'est poursuivi avec l’audition de Patrice Monguillon l’ancien directeur du site de Castelnaudary après des débats très techniques autour du prix et de la qualité de la viande avec les enquêteurs de la DGCCRF, la répression des fraudes.
 

Par Josette Sanna

Patrice Monguillon fuit les objectifs et les caméras des journalistes.
Lui-même et Jacques Poujol ( l’ex-directeur général de Spanghero), avec lequel il dit avoir des « relations professionnelles, amicales et profondes » ont été appelés pour « sauver l’entreprise », comme des « soldats » missionnés pour cela, raconte l’homme qui dit « être dans la viande depuis le 5 mai 1981 »

Un secteur où il a occupé tous les postes : de manutentionnaire à la direction des achats jusqu’à la production « on savait tout faire ».
« Avez-vous travaillé dans une usine de cheval en Pologne ? » interroge la présidente.

Non, je n’ai jamais travaillé un kilo de cheval de ma vie, répond l’intéressé.

En 2011, il est appelé par Jacques Poujol pour redresser l’entreprise de Castelnaudary.
Jacques Poujol s’occupait des achats et des ventes et du choix des fournisseurs, tandis que lui « formait les équipes à de nouvelles recettes ».

Produits nobles.... Ou pas

Les prévenu est intarrissable quand il s’agit d’évoquer le steack hâché frais. Un produit noble. « Celui qui a le plus de valeur, qui a la meilleure qualité de viande ».
"Qu’est-ce qu’une viande sans exigence ? , interroge alors patiemment la présidente.

« Le minerai sans exigence comporte des bouts d’os, des bouts de gras, des carcasses mal ligaturées et un désossage opéré 8 à 10 jours après l’abattage, à 2, 5 euros le kilo.

Où se place DRAAP ( la société du trader néerlandais qui fournissait Spanghero) ?
Dans cette catégorie", répond Patrice Monguillon.

Rien ne le choque

La modification des fiches palettes, même si les produits n’ont pas subi de modifications, le changement sur les étiquettes des pays d’origine de la marchandise… Rien ne choque le prévenu, ce qui agace la présidente. "Qu’est-ce qu’il faut pour vous choquer monsieur ?"

Qu’est-ce qu’il faut pour vous choquer monsieur ?

"Tricatel"

On a eu que des problèmes avec DRAAP : des corps étrangers ( du métal) que l’on retrouvait trop souvent dans la viande et qui avaient même une fois fini par endommager un hâchoir !
"C'est Tricatel", (nom de l'entreprise de plats cuisinés du film "L'aile ou la cuisse" avec Louis de Funès),  lâche en souriant un avocat.
« Pas choqué » non plus par les prix pratiqués par Johannes Fasen à Jacques Poujol, « un négociateur hors-pair ».
Ce professionnel qui se targue de 40 ans d’expérience dans la viande, n’avait qu’une idée en tête « remettre cette usine en place »…


Je reconnais quelques négligences


« A n’importe quel prix ? , interroge la juge-assesseur.
"Je reconnais quelques négligences", concède à la fin de son audition, l’ancien directeur du site Spanghero de Castelnaudary.
Son avocat n'a pas voulu s'exprimer, ceux de Jacques Poujol sont fidèles à leur ligne de défense.
Ils soutiennent que leur client ne savait pas qu’il achetait du bœuf au trader néerlandais Johannes Fasen.

« Nous avons notamment demandé des investigations plus poussées sur le prix de la viande de boeuf, c’est l’un des sujets fondamentaux. Et ce qu’on reproche à Spanghero en étant l’auteur d’une fraude, on le reproche aussi à d’autres sociétés, mais en tant que victimes » martèle une fois de plus Laurent de Caunes.

 

Un débat technique

3M12, 90.10... Des chiffres et des lettres pour des acronymes seulement connus dans le milieu du commerce de la viande et des enquêteurs spécialisés. Le débat a été très technique autour du prix de la viande et de sa qualité
Ceux de la DGCCRF ( direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes sont venus à la barre de la 31 e chambre correctionnelle pour évoquer le scandale de la viande de cheval.
Ils sont intervenus dans l’enquête déclenchée après la découverte de viande de cheval dans les plats cuisinés pour Findus par la société Tavola, qui se fournissait en viande chez Spanghero.
Les enquêteurs se sont intéressés au volet économique de la société qui rencontrait alors de graves difficultés financières.
« Ce qui nous a surpris c’est que Spanghero était dans le négatif. Or le flux du négoce dégageait une marge de 42 % ce qui est énorme ».
« La viande qui était achetée par Tavola était de la 90.10 avec 10 % de gras et 90 de muscle. C’est de la viande que l’on utilise pour pour le pot-au-feu donc c’est de la viande de bonne qualité qui a été payée par Tavola au prix du bœuf. Autant de marge, c’est impossible. Et donc pour les enquêteurs du cheval a été acheté et revendu au prix du boeuf », souligne pour sa part Me Emmanuelle Marzocchi-Bordenave, avocat de Tavola ( partie civile).
« Sur les documents fournis par DRAAP, la société du trader néerlandais Johannes Fasen, qui livrait de la viande à Spanghero on trouve les codes douaniers de la viande de cheval, alors que de Spanghero à Tavola, c’est le code douanier du bœuf, cela nous a surpris", révèle l’enquêteur de la DGCCRF ».
 

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