Départementales : les enjeux dans l'Aude

Le département de l'Aude est un fief socialiste. Il devrait le rester. Cependant, l’hégémonie sera moindre. L’opposition UMP devrait être revigorée. Le FN est en attente. Désormais l'Aude compte 19 cantons contre 35 auparavant.


Aude : la rose aux couleurs moins vives !


Pour le Parti Socialiste de l’Aude, la bataille du Conseil Général est la mère des batailles. Un constat : dans un département rural, le poids de cette institution est important. Par ailleurs, la politique d’aide aux communes est à la fois une nécessité de l’action publique et le cœur du pouvoir politique. La superposition «historique» ici des directions du Cabinet de la Présidence et du PS départemental démontre la centralité du Conseil Général dans la vie politique.
A l’image du duo de jadis Courrière (Président) / Castilla (1er secrétaire du PS 11), le binôme Viola (Président depuis 2011) / Brunel (1er secrétaire PS depuis 5 mois et directeur de cabinet au département) marque une continuité culturelle de penser l’interaction Institution/Parti.

Un changement de génération


Cependant l’âge de ces deux décideurs démontre le début d’une rupture générationnelle dans un département où il n’est pas rare de cumuler des décennies de mandat départemental. La longévité des carrières de conseillers généraux a, de fait, mis à l’écart une génération d’élus potentiels tant l’électorat se montrait fidèle au PS et aux visages qui l’incarnaient. Héritière d’un esprit cathare, un brin irrédentiste et d’idéaux républicains bien trempés, l’Aude a traduit cet esprit-là dans une culture socialiste. Jusqu’à l’hégémonie.
D’une certaine manière, les élections départementales ont exporté, à travers le temps, cette adhésion au PS d’autant plus que le vote dans ce type de scrutin est caractérisé par une grande stabilité. La prime étant donnée aux notables et élus sortants, une logique de «reproduction électorale» a fonctionné durablement. Certains parlent de «système».

Un PS dominateur


La composition de l’actuelle assemblée témoigne d’une domination totale de la machine PS même si électoralement, notamment lors des scrutins nationaux et parfois locaux, les résultats d’aujourd’hui ne sont vraiment plus ceux d’hier. Autant si les leaders (non élus au département) des partis de l’opposition UMP se montent féroces au dehors à l’égard de l’exécutif PS «le département le plus pauvre de France», le groupe de conseillers généraux UMP et Non Inscrits est peu belliqueux. A tel point que l’utilisation de l’adjectif «consensuel» peut être utilisé sans crainte pour qualifier le quotidien du Conseil départemental. Paradoxalement, les voix critiques appartiennent parfois à la gauche ; dans ce rôle-là le Vert Stéphane Linou, l’élu de Castelnaudary Ouest, et Francine Schivardi, du canton de Ginestas dans le Minervois,  peuvent faire entendre des dissonances.

Le défi des villes pour le PS

Le redécoupage des cantons avec un rééquilibrage urbain/rural pourrait écorner la suprématie des socialistes.
A part le cas de Castelnaudary où Patrick Maugard a constitué un fief de la gauche, les villes ont quitté le parti du Poing et de la Rose.
Narbonne et Carcassonne ont échappé aux socialistes l’an passé et ce plus cruellement pour ceux-ci au sortir d’une triangulaire avec la présence inédite du Front National. C’est dire que l’enjeu est fort dans les aires urbaines où se dessinent, en quelque sorte, une revanche du scrutin municipal.
A Carcassonne, la bataille sera compliquée pour les socialistes où les principaux candidats aux élections départementales sont les anciens élus de la municipalité Perez. Cependant, Tamara Rivel, conseillère générale sortante et figure emblématique de l’engagement féminin  dans la vie politique audoise, a peut-être un secteur un peu moins difficile que ses collègues grâce à l’apport de communes hors du périmètre purement urbain.
Sur Narbonne, les jeux sont ouverts mais le littoral sera une terre de défi pour la gauche. A l’intérieur des terres, le nouveau canton de Quillan sera intéressant. Il regroupe 5 cantons (Belcaire, Axat, Quillan, Chalabre et Couiza) et sera une bonne mesure de la résistance socialiste au niveau départemental. La candidature du maire  de Quillan, l’UMP Castel, très implanté notamment par son réseau de socio-professionnels sur ce grand secteur, face au socialiste Savy , très actif dans le monde agricole, ouvre des incertitudes.

Adieu au PCF ?

Pour les autres composantes de la gauche, les perspectives sont différentes en fonction des accords. Pour tout dire, le PRG a obtenu un accord départemental avec le PS qui peut lui permettre une entrée au département, malgré  une implantation peu importante, voire seulement symbolique. La victoire d’Edouard Rocher à Coursan et la fidélité au gouvernement ont changé la donne. De plus, l’arrivée de Didier Codorniou, le maire de Gruissan, a gonflé de manière importante les effectifs militants (sûrement des déçus de l’appareil socialiste local) de ce mouvement qui, il y a peu, ne devait pas dépasser la centaine de militants à jour de cotisation.
Pour les verts et les communistes, la situation s’annonce délicate. Nous pourrions nous retrouver face à une composition de l’assemblée départementale sans aucune présence de ces organisations. Le découpage des cantons aura sûrement raison des bastions d’autant plus que les sortants du PCF ne se représentent pas : Gilbert Pla à Coursan et Alain Marcaillou à Conques-sur-Orbiel.
Pour les écologistes, le nouveau canton de Castelnaudary s’avère difficile. Stéphane Linou, le champion du «Manger Local», avait bénéficié d’une situation de «crise» au sein de la gauche locale pour s’imposer par une grande campagne de proximité. Cette fois-ci, la bataille sera âpre !
Reste le cas de Sallèles-d’Aude. Un secteur comme un chemin de croix pour le PS. L’association Francine Schivardi/Yves Bastié doit donner bien de la migraine aux dirigeants socialistes.

La droite sera en progression


La droite audoise devrait voir le nombre de ses élus augmenter. La conquête des villes et la prégnance d’un vote sur le littoral souvent rétif à la gauche sur la partie littorale autorisent un bleu plus intense. Deux cas sont emblématiques par la personnalité des candidats. Carcassonne où Isabelle Chesa, la première adjointe de Gérard Larra, tentera de remporter un siège. Le résultat sera déterminant pour le renforcement ou l’affaiblissement de sa légitimité. A vrai dire, l’élue UMP est donnée favorite sur le secteur.
Autre figure de droite qui part à la conquête : Henri Martin. Le maire de Port-la-Nouvelle fera tandem avec la fille du Conseiller Général sortant (Christian Thérond) et devrait rentrer au Département même si la concurrence avec le Front National sera disputée. Bienveillant avec Jacques Bascou, le PS, président du «Grand Narbonne», sa position devrait être plus tranchée à Carcassonne.
Toutefois, sur le plan départemental, l’union UMP/UDI est fragile quant à sa force militante. Ce faisant, la faiblesse de son encadrement militant et de son enracinement d’élus municipaux devraient signifier une capacité plus grande pour le FN d’être devant dans nombre de territoires ruraux.

Le Front national en embuscade


Le parti de Marine Le Pen dans l’Aude communique sur la jeunesse de ses candidats. 12 d’entre eux ont moins de 28 ans. Dans une première lecture, l’idée du renouvellement générationnel et d’un certain goût du changement goûté par l’électorat pourrait être soulignée. Cependant, cette réalité souligne, jusqu’à ce jour la difficulté pour le Front National d’attirer des candidats ayant des caractéristiques notabilaires. Un handicap dans ce type de scrutin. Néanmoins, la dynamique actuelle et les éventuels succès à venir devraient à moyen terme attirer des candidats au profil sociologique différents. De plus, l’affichage FN impliquera moins de «coûts sociaux» pour ses candidats ou de stigmatisations dans certains secteurs de la vie socio-économique.

Ces remarques préliminaires passées, il est pertinent de parier sur un excellent score du Front National. Les élections de 2011 avaient montré une réelle prégnance électorale, notamment à Carcassonne. Le nombre de qualifications pour le second tour ne sera pas insignifiant. Le score de Robert Morio, le leader départemental, dans la Préfecture de l’Aude pourrait autoriser un second tour incertain. L’entrée du FN dans l’hémicycle départemental est loin d’être assurée mais elle ne peut être écartée en fonction d’une opposition avec le PS au second tour ; le cas semble-t-il le plus favorable pour le parti de Marine Le Pen.

Une plus grande diversité


Pour le PS, rien n’est joué, même si d’autres territoires du Languedoc-Roussillon sont plus en ballotage pour la droite républicaine que l’Aude. Son réseau municipal est un atout mais le mécontentement autour des politiques gouvernementales, le chômage par exemple, est aussi réel.
Par un effet paradoxal de la loi électorale, l’éclosion du FN pourrait lui faciliter la tâche en affaiblissant l’UMP. Mais on sait également que des anciens électeurs de gauche se tournent désormais vers Marine Le Pen.
La lutte contre l’abstention et le rappel du vote utile seront indispensables pour des socialistes qui seront moins hégémoniques que jamais dans l’Aude !