RENCONTRES. Dans l'Aude, des paysans se sont mis au service de la biodiversité, ils misent sur l'harmonie avec la nature

Publié le
Écrit par Hélène Bassas
Matthieu Vaslin et le troupeau de chèvres - Laroque de Fa - août 2021
Matthieu Vaslin et le troupeau de chèvres - Laroque de Fa - août 2021 © Hélène Bassas/FTV

Dans l'Aude, des passionnés de nature deviennent agriculteurs et développent leur activité en cohérence avec le milieu naturel. C'est à Laroque-de-Fa dans les Hautes-Corbières.

Depuis quelques années des paysans démontrent que l’agriculture peut s’exercer dans le respect de la nature, et que "Paysan" peut être un vrai métier au service de la biodiversité. Nous sommes dans les Hautes-Corbières sur les communes de Laroque-de-Fa et de Davejean.

C'est là que des agriculteurs de l'association " Paysans de nature" ont développé leurs activités agricoles : élevage caprin pour Matthieu Vaslin et sa compagne et élevage ovin pour Cécile Moulard et son compagnon. Avant d'être paysans, ils étaient avant tout des naturalistes avertis œuvrant au sein de la LPO, ligue de protection des oiseaux.

La biodiversité des campagnes que l'on disait « ordinaire » ne sera bientôt plus qu’un vague souvenir 

En effet, les scientifiques, aidés par les réseaux d’observateurs naturalistes bénévoles, le disent et le redisent : la biodiversité qu’on croyait commune connaît une érosion très forte.

Presque 80 % de la biomasse d’insectes a disparu en 30 ans, et 1 million d’espèces seraient menacées de disparition. En France, près de 40% des oiseaux des zones agricoles ont disparu en 30 ans. 

Des paysans dans l’Aude se sont engagés pour la préservation de la biodiversité avec pragmatisme ! Ils renouent avec « le bon sens Paysan ».

Ils s'interrogent sur la pratique de l’agriculture, dans l’exercice même de leur activité au quotidien.

Matthieu Vaslin et Annaïg Servain sont éleveurs de chèvres du Rove, à 3 km de Laroque-de-Fa, à Borde Grande, une ferme nichée dans une combe qui appartient au conseil Général de l’Aude. Le site est classé « Espace Naturel Sensible » est comprend 110 hectares de prairies, de bois, de quoi faire pacager les bêtes à l'ancienne, en les gardant une bonne partie de la journée, avant de les rentrer le soir dans la bergerie.

Par rapport à nos convictions environnementales, c'était carrément ultra cohérent d'avoir un système pastoral

Matthieu Vaslin

Savoir comment intégrer les activités paysannes dans un environnement, savoir comment composer avec le milieu naturel, sont des problématiques fondamentales.

L'élevage est le plus naturel possible. Le troupeau s'alimente dans les milieux naturels et concourt ainsi à garder les milieux ouverts, propices à la vie d'espèces de plantes et d'oiseaux. Le choix d'une race rustique "à faible rendement" a aussi été motivé par l'envie de maintenir de la biodiversité domestique.

Le bien être animal est la clé de voute des conditions d'élevage. On ne force pas la nature. Les chèvres sont mises au bouc lorsqu'elles sont en chaleur et les chevreaux sont gardés sous la mère entraînant un partage du lait entre la progéniture et l'atelier de transformation fromagère.

C'était un pari de prouver que l'on peut produire du revenu agricole en ayant comme objectif premier dans la ferme de protéger la nature

Matthieu Vaslin

Une ferme à taille humaine qui compose avec la nature sauvage qui l'entoure. Ils ont opté pour de l’équarrissage naturel, un juste retour des choses. La mort fait partie du cycle de la vie et dans la nature rien ne se perd. Une bête qui meurt va servir de nourriture pour d’autres espèces.

Cramer du pétrole pour aller chercher des animaux morts pour les cramer, c'est un non sens écologique

Cécile Moulard

En 2011 la commission européenne a assoupli sa règlementation sur l’équarrissage naturel pour qu’il puisse s’effectuer, et bénéficier aux rapaces nécrophages. Les paysages des Hautes Corbières accueillent quatre espèces de vautours menacés à l'échelle européenne.

Nos agriculteurs audois ont trouvé un lieu propice pour implanter une placette d’équarrissage : un lieu calme, et magnifique ! Un emplacement idéal pour l’envol et l’atterrissage des vautours, loin des routes.

Elle permet de déposer la mortalité, bien que faible dans ce type d'élevage, qui garde les animaux non productifs jusqu'à leur mort naturelle, C'est surtout à la période des mises bas que les élevages peuvent connaître une mortalité accrue.

Pour prolonger cette logique économique et environnementale, un projet d'abattoir à la ferme est en cours.

Retrouver les reportages sur ces "Paysans de nature" sur notre chaîne YouTube.

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