"À ce prix-là, on ne s'en sort pas" : une éleveuse de brebis va devoir vendre son lait bio au tarif basique, ses charges restent les mêmes

Conséquence de l'inflation et de la perte en pouvoir d'achat des Français, la consommation des produits bio est en baisse. Les conséquences se font ressentir sur les élevages. Une productrice de lait de brebis bio du sud Aveyron se voit obligée de vendre une partie de son lait au prix du lait conventionnel, ce qui met sa ferme en danger, explique-t-elle.

Depuis bientôt trois ans, les consommateurs se détournent du lait biologique en raison du prix plus élevé que celui des produits laitiers conventionnels. Le lait de brebis ne fait pas exception et les éleveurs subissent des pressions pour faire baisser le prix au litre.

Léa Cabal-Zinck est éleveuse de brebis à Salelles dans le sud de l'Aveyron. Elle vend le lait bio de sa ferme à la fabrique de fromage Papillon. En ouvrant le courrier, elle a appris de mauvaises nouvelles. Elle va devoir vendre une partie significative du lait produit au tarif conventionnel, soit moins cher. Or les coûts de production n'ont pas varié, ils ont même augmenté.

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Une éleveuse bio se voit proposer de vendre son lait au prix du lait conventionnel, ce qui met en péril son exploitation. Lereportage de Nell Saignes et Mathilde de Flamesnil. ©FTV

“L’année prochaine ils envisagent potentiellement de payer 30 à 40% du lait bio qu’on leur livre au prix du conventionnel, explique Léa Cabal-Zinck. Et ça c’est insupportable parce que nous, on ne s’en sort pas, à ce prix-là". 

Léa est pieds et poings liés : tout son lait est vendu à la société Papillon, qui lui suggère même une "déconversion" mais pour l'éleveuse, ce n'est pas une option. "Une déconversion, passer de l'agriculture biologique à une agriculture conventionnelle, c'est inenvisageable. C'est impossible pour nous sur la ferme parce que les choix qu'on a faits de devenir paysans, c'était associé à l'agriculture biologique. Donc ça voudrait dire changer de métier".

Le bio boudé des consommateurs

Papillon s’explique : le Roquefort bio est boudé des consommateurs. Moins 30% de ventes en 2023. C’est à l’image de toute la crise que connaît la filière, pour laquelle la demande est en berne. 

"L’agro-industrie qui achète les produits aux paysans voit son profit et agira toujours pour son profit. Donc on n’attend pas d’elle une aide ou une assistance à la crise de l’agriculture biologique", expose Louise Fournier, co-secrétaire générale de la Confédération paysanne. 

En 2023, l’État a consacré 94 millions d’euros d’aides pour pallier la crise du bio, mais selon la représentante syndicale, les petites exploitations en ont peu profité. "Ceux qui sont le plus en galère n'ont pas pu accéder à cette aide ou alors ils ont eu accès à des aides dérisoires de 800€". 

Contactée par téléphone, l'entreprise Papillon annonce d’importantes pertes financières déjà endossées sur le Roquefort bio. Elle assure faire son possible pour trouver un compromis avec les éleveurs.  

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