Aveyron : un projet d'installation de panneaux photovoltaïques retiré sur le Causse-Comtal

L'un des trois projets d'installation de panneaux photovoltaïques sur le Causse-Comtal aveyronnais vient d'être retiré. Le groupe Akuo qui devait en implanter sur 75 hectares vient d'y renoncer. Une première victoire pour les 49 associations d'opposants.

Dans un communiqué du 23 mars 2022, le "Collectif de réflexion citoyenne sur le photovoltaïque du Causse-Comtal" prend acte du retrait du permis de construire de l'industriel AKUO qui devait installer des panneaux photovoltaïques sur plus de 70ha. 

Un projet global sur 200 hectares

Sur le Causse-Comtal aveyronnais, ce ne sont pas moins de 3 projets de panneaux photovoltaïques qui étaient envisagés, faisant potentiellement de ce lieu, l'un des plus vastes de France dans ce domaine.

Le retrait de l'industriel Akuo vient porter un premier coup à ce chantier potentiel dénoncé par plusieurs associations liées à l'environnement ou au monde paysan.

Cette installation était aussi soutenue et portée par des agriculteurs comme Jérôme Dallo sur la commune de Rodelle. Des journalistes de France 3 l'avaient rencontré il y a un an. Cet éleveur de 450 brebis défendait alors le projet. "Avec messieurs Favier et Caussanel, nous sommes allés rencontrer les représentants d’Akuo. Je suis agriculteur en bio. Je contribue énormément à la préservation de la faune et de la flore autant que les associations qui s'y opposent et que je respecte, mais qui mettent en avant une destruction qui n'aura pas lieu." Ce que contredit l'Autorité Environnementale de l'Occitanie (la MRAE).

Producteur de lait pour Roquefort, il comptait ainsi rentabiliser quelques terres arides qu'il possède. Face aux difficultés rencontrées par les éleveurs en général et ceux de la filière ovin et bovin (lait ou viande), cette installation devait permettre d'améliorer la gestion des prairies (les animaux devaient paître sous les panneaux) tout en assurant un complément de revenu. Les promoteurs du photovoltaïque proposeraient entre 2 500 et 5 000€ par an et par hectares.

Au contraire, des syndicats agricoles comme la Confédération Paysanne considèrent qu'il y a déjà eu trop de terres agricoles concédées et qu'il faut désormais les préserver. Des associations environnementales veulent aussi protéger ce site chargé de dolmens : les communes de Rodelle et de Salles-la-Source sont celles qui comptent le plus de mégalithes en France sur leur territoire.   

Une opposition tous azimuts

Le "Collectif de réflexion citoyenne sur le photovoltaïque du Causse-Comtal" est soutenu par 49 associations locales, régionales ou nationales liées au monde paysan ou à la protection de l'environnement.

Selon cet organisation, le projet de permis de construire déposé en mars 2021 prévoyait "11 km de grillages de plus de 2 mètres, une quinzaine de caméras de vidéosurveillance, 242 000 m2 de surface de panneaux (soit 35 terrains de football) à 4 ou 5 mètres du sol, 18 postes de transformation et de livraison, des pistes de plusieurs centaines de mètres en gravier compacté." En tout, 49 organisations départementales, régionales et nationales étaient contre ce vaste projet. Une pétition avait recueilli plus de 21 300 signatures. 

La commune de Salles-la-Source s'est opposée à la centrale photovoltaïque l'an dernier. Lors du conseil municipal du 5 juillet 2021, les élus de Salles-la-Source se sont prononcés contre le projet. "Le Conseil municipal, dans le souci de protéger l'intégrité paysagère et patrimoniale du Causse Comtal, après en avoir délibéré par 16 voix pour et 1 abstention, émet un avis défavorable aux projets photovoltaïques sur son territoire", peut-on lire sur l'extrait de la délibération.

La petite commune aveyronnaise n'est pas la seule opposante : la région Occitanie, la chambre d’agriculture de l’Aveyron, les députés aveyronnais Anne Blanc et Stéphane Mazars se sont joints au cortège de protestations.

Sur cette zone de 75 hectares, 8 IGP et 2 AOC (dont Roquefort) sont représentées. Une présence jugée incompatible par plusieurs organismes avec l'installation de ces panneaux. La LPO s'est aussi insurgée par rapport à la présence d'oiseaux rares et protégés dans le secteur comme l'emblématique "Œdicnème criard" appelé aussi "Touroulis" en occitan. Cet oiseau migrateur classé comme vulnérable en Midi-Pyrénées fait l'objet d'un documentaire qui sortira la semaine prochaine. Si le parc photovoltaïque voyait le jour, il serait sans doute contraint d'aller voir ailleurs. 

Le collectif dénonce l'agrivoltaïsme : "c'est devenu la tendance de mêler terres agricoles et panneaux photovoltaïques. On prétend que c'est pour le bien-être animal, que ça préserve les pâturages... Or, il n'en est rien. C'est la mainmise de grands groupes qui vont rendre les agriculteurs complètement dépendants. Les agro-industriels n'apportent aucune aide durable. C'est une notion fantasmée qui leur permet de poser des panneaux à bas coût", assure  Loïc Santiago. 

C'est donc l'un des trois projets qui se retire. Quid des 2 autres défendus aussi par certains agriculteurs : "Voltalia" porté par le groupe Mulliez (grande distribution) et "JP Energie" : les permis de construire n'ont pas été déposés pour l'instant.  

La commune de Salles-la-Source s'est positionnée contre les trois implantations.