Braquages des bureaux de poste à Toulouse : comment Redouane Ikil s'est retrouvé sur le banc des accusés

La salle d'audience du palais de justice d'Albi. / © France 3 Occitanie
La salle d'audience du palais de justice d'Albi. / © France 3 Occitanie

Lors de ce 1er jour d'audience du procès en appel de Redouane Ikil et son co-accusé Fabien Djetcha devant la cour d'assises du Tarn, les enquêteurs ont expliqué ce qui les a menés vers l'ancien directeur de la première agence braquée.

Par Marie Martin

Le mode opératoire


Enlèvement d'une salariée d'une agence postale à son domicile, transport à l'agence sous contrainte et extorsion de fonds en bande organisée et avec armes : les deux braquages (6 mars 2012 et 2 mai 2013) des agences de Bellefontaine et Saint-Cyprien à Toulouse pour lesquels Redouane Ikil et Fabien Djetcha sont aujourd'hui jugés se ressemblent en tout point.

Mais le plus troublant, c'est l'excellente connaissance des éléments permettant la réalisation de ces actes. S'agissant du braquage de l'agence de Bellefontaine, les malfaiteurs savaient que leur victime se rendait seule le matin pour ouvrir l'agence et détenait le code de toutes les alarmes. Ils connaissaient son nom et utilisaient le vocabulaire propre aux agences de la Poste. 
Plus important encore, ils savaient que ce jour-là, à savoir le 6 mars 2012, l'agence était fortement alimentée en argent liquide.


L'ADN


Une première trace ADN mène indirectement les enquêteurs à l'ancien directeur de l'agence de Bellefontaine, Redouane Ikil, pour le premier braquage. 
Une empreinte est en effet retrouvée sur un serre-flex ayant servi à ligoter la victime. Elle correspond à un homme détenu au moment des faits, qui a travaillé dans une discothèque. L'enquête révèle que cette boîte de nuit est gérée par Redouane Ikil qui connaît assez bien son salarié pour lui envoyer des mandats en prison. 

Dans le second braquage, une empreinte ADN de Redouane Ikil est retrouvée sur un plan dessiné de l'agence postale de Saint-Cyprien (second braquage) au domicile de Fabien Djetcha, interpellé le jour des faits sur le toit de l'agence alors qu'il cherche à s'enfuir. 
Redouane Ikil explique qu'il a été agressé à son domicile quelques mois avant et contraint de dessiner le plan de l'agence en question sous la menace d'une arme. Agression dont il ne parle à personne avant sa garde à vue. Il avait peur, dit-il, que ses agresseurs s'en prennent à ses enfants, comme ils l'en avaient menacé.
 
 

Les téléphones


Enfin, un téléphone protégé détenu par Fabien Djetcha révèle des échanges entre les deux co-accusés. Ils se connaissaient donc, selon l'accusation.

Le 23 mai 2014, Redouane Ikil est mis en examen et incarcéré. Il passe trois années en prison avant d'être acquitté par la cour d'assises de Haute-Garonne en 2017.
Fabien Djetcha, qui reconnaît sa participation en tant que guetteur dans le deuxième braquage  mais pas dans le premier malgré la présence de son ADN sur des effets de la victime, continue de dédouaner l'ancien directeur de la Poste de Bellefontaine.

Pour maître Pierre Dunac, avocat de la défense, l'enquête est immédiatement partie sur l'hypothèse d'une complicité interne. Hypothèse non étayée, selon lui. Les deux policiers à la barre s'en défendent. La piste Redouane Ikil est venue, disent-ils, au fur et à mesure de l'enquête, comme une pelote de laine se déroule, sans a priori.

En ce premier jour d'audience du procès en appel de Redouane Ikil et Fabien Djetcha, les échanges sont déjà tendus, entre parties civiles et défense, arbitrés par le président de la cour d'assises, qui tente souvent de recentrer les débats, incitant les avocats à aller à l'essentiel et répétant à l'envi que le calendrier de ce procès est "très serré". 

Une cinquantaine de témoins et experts doivent en effet déposer dans les prochains jours. Le verdict, lui, est attendu vendredi 5 juillet...


* Pour rappel, le premier braquage a permis aux malfaiteurs de partir avec 360 000 euros. Le butin du second braquage, 150 000 euros, est retrouvé dans une voiture volée et abandonnée par les auteurs des délits, le jour des faits.
 

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