Coronavirus : à Perpignan et Béziers, les personnels des prisons appréhendent l'épidémie

La prison de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales - archives / © Michel Clementz / Maxppp
La prison de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales - archives / © Michel Clementz / Maxppp

Au Centre pénitentiaire de Fresnes, dans le Val-de-Marne, deux premiers cas de coronavirus ont été confirmés. Une nouvelle qui pose la question de la propagation de l'épidémie en milieu clos. Comment s'organise-t-on dans les prisons de Perpignan et Béziers ?

Par Léa Bouquet

Dans les prisons de la région Occitanie, on ne compte à ce jour aucun cas de coronavirus. Pour autant, la menace d'une propogation du virus dans ces milieux confinés inquiète les personnels des prisons de Béziers et Perpignan. 

Aussi, les mesures annoncées par Emmanuel Macron jeudi 12 mars risquent de bousculer le quotidien des centres pénitentiaires : comme pour les autres secteurs, certains personnels pourraient être amenés à rester chez eux pour garder leurs enfants. En effet, l'ensemble des établissements scolaires français seront fermés à partir du lundi 16 mars et au moins jusqu'aux vacances de Pâques.
"Mais nous, nous ne pouvons pas fermer les prisons", ironise Nicolas Burtz, représentant Force Ouvrière (FO) au centre pénitentiaire de Béziers. "Nous allons avancer au jour le jour. Le directeur de l'établissement prendra des mesures en fonction des personnels présents."

Du côté du ministère de la Justice, on affirme que des "plans de continuation" sont prêts pour faire face à l'absentéisme ou à l'éventuelle propagation de l'épidémie.

Ils [les services du ministère] ont préparé des plans de continuation d’activité pour permettre à la Justice de faire face à ces obligations essentielles pour la vie de la Nation. Il a été indiqué aux chefs des neuf zones de défense que ces plans pouvaient être déclenchés au vu de la situation des effectifs dans les juridictions, les prisons et les foyers de la protection judiciaire de la jeunesse.

Des prisons peu équipées face à l'épidémie de coronavirus

Egalement joint par téléphone, Johann Reig du syndicat UFAP-UNSA Justice Perpignan déplore le manque d'équipement pour les personnels et les détenus.

Il nous reste quelques vieux masques qui datent de l'époque du Sras. Nous espérons en recevoir de nouveaux avant le pic de l'épidémie.

En revanche, la prison de Perpignan a accueilli deux médecins jeudi 12 mars. "Ils nous ont expliqué les gestes barrières et les risques que nous pouvons éventuellement encourir", décrit Johann Reig avant d'ajouter : 

Pour l'instant, on travaille comme d'habitude. Mais c'est vrai qu'il y a des inquiétudes : si le virus se propage au sein de la prison, ça peut aller très vite. Surtout que chez nous, les détenus sont trois par cellule.

Du côté de Béziers, on n'est guère mieux préparé au virus, selon FO : "Nous avons 450 masques pour tout l'établissement... en sachant qu'il nous faut déjà 90 personnels par jour pour que la prison fonctionne correctement", explique Nicolas Burtz. Le responsable syndical a la sensation que les personnels sont délaissés face à l'épidémie.

Les mesures ne sont pas claires, chaque établissement fait comme il veut et peut. C'est un peu "débrouillez-vous".

Maigre consolation, pourtant essentielle : dans les deux établissements pénitentiaires, du gel hydroalcoolique a été mis à disposition.
 

Les parloirs et les activités collectives, au coeur du problème

Pour les syndicats, les parloirs et les ateliers collectifs entre détenus peuvent être des sources principales de contamination. 

"Il y a du gel à disposition des familles qui viennent au parloir depuis ce vendredi matin seulement, relate Johann Reig à Perpignan. Nous militons pour limiter les mouvements de personnes externes. Il serait également judicieux de suspendre les activités collectives, comme les spectacles, les cours de sport, le temps que l'épidémie passe."

Même problématique à Béziers, où Nicolas Burtz s'est entretenu avec le directeur d'établissement ce vendredi après-midi.

Je lui ai proposé de limiter le nombre de parloirs par semaine. Mais le directeur n'a pas la main sur toutes ces décisions.

Justement, selon les informations du ministère de la Justice, les "plans de continuation d’activité", prévus en cas d'aggravation de l'épidémie, mèneront à terme à "une réduction des parloirs et à une limitation des activités" en milieu carcéral. 
 

Des nouvelles mesures mises en place dès le lundi 16 mars

Dimanche 15 mars, le ministère de la Santé a annoncé de nouvelles mesures, effectives dès le lundi 16 mars, dans le cadre de l'activation de la phase 3 de l'épidémie de coronavirus.

Dans les prisons, "les mouvements internes doivent être fortement réduits" et les activités suspendues. En revanche, les promenades et autres activités en plein air sont encore autorisées.

La ministre annonce également des "mesures restrictives" pour les parloirs : elle ajoute que "les accueils famille seront fermés jusqu'à nouvel ordre dès lors que la configuration des lieux l'exige".

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