Covid et crise économique : une association au chevet des entrepreneurs en faillite

« 60 000 rebonds » Occitanie a pour mission de « donné le droit à l’échec et à réessayer » aux entrepreneurs en liquidation. Elle s’apprête à devoir faire face à une vague de défaillances sans précédent et cherche des bénévoles. 
Entre 65000 et 100 000 défaillances d'entreprises sont attendues en France cette année contre 56 000 l'an dernier.
Entre 65000 et 100 000 défaillances d'entreprises sont attendues en France cette année contre 56 000 l'an dernier. © France3 LR / Frédéric Guibal
Après une vingtaine d’années de salariat dans le marketing et la communication, Christine Buscailhon lance à Toulouse, avec un associé, son atelier de boulangerie artisanale, bio, sans gluten et sans lait. Une idée qui lui est venue après avoir totalement changé l'alimentation de son enfant.

Mais le marché du bio évolue, des distributeurs plus gros s’en emparent, l’équilibre de l’entreprise est de plus en plus précaire. Christine est contrainte de mettre la clé sous la porte il y a deux ans et demi. Dès la procédure de liquidation finalisée au tribunal de commerce, elle contacte  60 000 rebonds.

Un parrain et un coach

« J’étais au fond de la mine. Je savais ce que je ne voulais pas faire. Mais je ne savais pas ce que je voulais faire » reconnaît-elle aujourd’hui. Immédiatement l’association met à sa disposition gratuitement une marraine et un coach-expert. « On a tout de suite formé un trio » s’enthousiasme Christine.

Grâce à ces regards bienveillants qui lui trouvent un éditeur, cette battante parvient à faire paraitre un livre racontant son parcours de maman d'un enfant autiste.  « Il est sorti une semaine avant le confinement. Son lancement est complètement passé à la trappe ». Quand elle y repense, elle l’a « un peu mauvaise » comme elle dit aujourd'hui en souriant. Mais ça ne l’a pas empêchée d’avancer. 

Jean-François Villemagne est membre de « 60 000 rebonds ». Il y est tour à tour « parrain » mais aussi « coach-expert » comme ceux qui ont aidé Christine. Quand on lui demande ce qui l’a poussé à rejoindre l'association en 2017, il répond sans détour : « L’injustice sociale ! » 
 

J’étais alors encore salarié et je ne comprenais pas que, contrairement à moi, les dirigeants d’entreprises qui créent de la richesse, des emplois n’aient aucune aide en cas d’échec » Jean-François Villemagne, parrain dans l’association et expert en recrutement.


Ce désormais patron d’une société en recrutement-conseil accompagne actuellement deux chefs d’entreprises « en rebond ». « Le premier est désormais à son compte dans la gestion de patrimoine et il s’est lancé il y a un mois…Il a la chance de ne pas être tenu par des rentrées financières rapides mais ça n’est pas simple » détaille le parrain. 

Période anxiogène 

Son deuxième filleul est sur la fin de son parcours. Il a signé un CDD de six mois dans une entreprise du secteur aéronautique. Sa mission : aller chercher des aides financières. Jean-François Villemagne reconnaît que la période est « anxiogène » y compris pour ceux qui ont des projets.

« Ce matin, nous étions dans un comité de pilotage, comme on en tient tous les mois à l’association » lance le parrain. "On y prend le temps de travailler en atelier autour des projets de chacun. Et nous avons eu à faire face à une personne en plein désarroi. Dans ces moments, on sait pourquoi on est là ! »

Appel aux bénévoles et aux dons

L’association a accompagné près d’une centaine d’entrepreneurs dans notre région depuis 2014. Elle revendique un taux de réussite de 94%. Ses bénéficiaires retrouvent une activité dans un délai de 18 à 24 mois que ce soit dans le salariat ou à nouveau dans l’entrepreneuriat. 

 94 bénévoles sont aujourd’hui à son service mais il va falloir en recruter plus pour faire face aux conséquences de la crise économique. « Nous allons procéder à leur sélection comme nous le faisons pour les entrepreneurs à aider. Il y aura un comité d’agrément. » explique le président régional de l’association. Les CV et les parcours seront bien entendus scrutés mais pas seulement.
 

Nous demanderons surtout aux candidats : pourquoi vous voulez nous rejoindre » Philippe Dagorno, président de "60 000 rebonds" Occitanie.


Autrement dit pas question d'intégrer l'association pour faire du business ou se constituer un carnet d’adresses.

Déjà présente à Toulouse, Montpellier mais aussi Béziers et Castres, l’association veut renforcer ses équipes dans les villes moyennes où il y a des tribunaux de commerce. « Ce sont eux qui dirigent les chefs d’entreprises vers nous ». Objectif d’implantations : Carcassonne et Narbonne. « Pour cela, nous avons aussi besoin de financement et de dons. Ces derniers sont défiscalisés à hauteur de 66% » rappelle le président de la structure reconnue d’intérêt général.

L’après Covid ? 

« J’ai 52 ans, une trentaine d’année de vie professionnelle derrière moi. C’est la première fois que je suis dans un environnement sans visibilité » avoue Jean-François Villemagne. « Chaque entreprise en faillite est une perte de richesse pour la France. Nous espérons que nous arriverons à faire face à l’afflux de demande» commente le parrain-expert en Ressources Humaines.

« Pour l’instant, il n’y a pas d’afflux » constate le président régional de « 60 000 rebonds ». « Aujourd’hui les entreprises sont sous perfusions donc ça passe. En revanche quand elle vont devoir payer à nouveau leurs cotisations et rembourser leurs prêts…"

"Celles qui étaient déjà fragilisées avant le Covid seront les plus touchées" prévient Philippe Dagorno. Il s’attend aux premières défaillances pour début 2021 voire plus tard si un nouveau confinement est encore prononcé.

Christine Buscailhon, elle, a déjà rebondi. Elle n’a pas hésité à lancé sa société de coaching à destination de parents d’enfants autistes. Et le reconfinement dans tout ça ? « Cet accompagnement peut aussi être fait à distance. J’ai encore été contacté aujourd’hui sur Facebook par quelqu’un qui avait lu mon livre » explique-t-elle.

« De toute façon, vue la situation, on n’a pas le choix. J’ai appris à être patiente. Je vais aussi m’occuper de ma famille. Je ne suis plus à deux mois près ».

Pour contacter "60 000 Rebonds" Occitanie : ocitanie@60000rebonds.com
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société économie vie associative solidarité région occitanie