Distribution d'étoiles par le Guide vert 2021 des meilleurs vins de France pour des vignerons de Fronton et Cahors

Dans son palmarès, le Guide vert 2021 des meilleurs vins de France vient d’attribuer une première étoile à trois domaines de Cahors et Fronton. Une distinction prestigieuse pour des vignerons engagés dans le bio et secoués par la crise sanitaire. Portraits.
 
Le guide Vert, le guide des meilleurs vins de France 2020,  décerne une étoile au Domaine Plaisance Penavayre à Fronton
Le guide Vert, le guide des meilleurs vins de France 2020, décerne une étoile au Domaine Plaisance Penavayre à Fronton © Marc Penavayre

Une étoile c’est comme un macaron sur une table.

Le Domaine Plaisance-Penavayre à Fronton, le Château Haut-Monplaisir et le Domaine La Calmette à Cahors viennent d’obtenir leur première étoile. Le guide vert des meilleurs vins de France 2021 de la revue du Vin de France vient de récompenser ces vignerons "qui  rendent hommage à la diversité de cépages et de terroirs du Sud-Ouest". Le Domaine Calmette à Cahors est même "le coup de cœur" de l’Edition 2021. Ces trois vignerons travaillent en bio et biodynamie et distribuent leurs vins uniquement sur site, auprès des cavistes, bars et restaurants. Des étoiles qu’ils accueillent avec "fierté et émotion" mais qui perdent un peu de saveur en raison de la crise de coronavirus qui n’a pas épargnée la filière viticole. Portraits.

 

C'est une très belle récompense, ça a de la valeur mais c'est comme un restaurant qui obtient un macaron au guide Michelin et qui reste fermé pour cause de confinement, c’est con !

Marc Penavayre, vigneron Domaine Plaisance-Penavayre à Fronton

Marc et Thibaut Penavayre, vignerons du Domaine Plaisance Penavayre à Fronton
Marc et Thibaut Penavayre, vignerons du Domaine Plaisance Penavayre à Fronton © Marc Penavayre


Une étoile et des doutes

Marc Penavayre ne mâche pas ses mots, son franc-parler est connu et reconnu dans toute la vallée du Frontonnais et bien au-delà !
Précurseur en Biodynamie ce vigneron exporte ses millésimes partout dans le monde. Il passe petit à petit la main à son fils Thibault, 3ème génération. Aujourd’hui malgré l’étoile décernée qui "fait du bien", le vigneron a le moral dans les chaussettes. La crise du coronavirus n’a pas épargné le domaine. Une étoile prestigieuse mais qui" tombe malheureusement un peu à côté vu le contexte".
On a toujours été cité dans le guide vert, on a déjà eu une étoile en 2005, "une étoile c’est comme un macaron sur une table; ça remonte le moral pour tout le travail accompli dans la vigne et au chai", explique Marc Penavayre.

"C'est une consécration" pour tout ce temps passé à écouter, travailler et regarder évoluer la vigne pour produire des raisins exceptionnels qui donneront des jus merveilleux. Le vigneron a comme un goût amer dans la voix :

Les messages des copains, de la famille ça réchauffe mais on traverse une période inédite très difficile.


La ligne éditoriale du guide vert est davantage orientée vers des vins natures, vivants, salins, on est pas passé au travers de la fourchette, cette fois-ci, c’est super !, clame le vigneron. Mais la crise sanitaire et surtout les deux confinements successifs ont secoué l’exploitation familiale.

C’est une étoile prestigieuse pour un vigneron car il y a plus de 20 000 vins sélectionnés et puis "ça goûte, ça goûte bien, le comité de dégustation est composé de connaisseurs, expérimentés qui comprennent le travail des vignerons. Mais je suis très inquiet surtout pour mon fils Thibaut qui a attaqué en janvier et pour le moment il mange des patates.

Un genou à terre

"Quand on va sortir de cette crise ça va écrémer sérieux", s'inquiète Marc Penavayre. "On parle des restaurants mais peut-être pas assez des fournisseurs. C’est l’effet en cascade. Lors du premier confinement on a essuyé 100 000 euros de perte. On a colmaté avec un prêt garanti par l’Etat et un apport personnel. En revanche depuis ce deuxième confinement on accuse le coup, c’est très difficile, on ne rentre plus d’argent. On a pas la même trésorerie que les grands groupes".

 C’est pathétique, si en décembre l’activité ne reprend pas je ne sais pas comment envisager la suite. On est en train de créer un site de vente en ligne, ça permet de se projeter mais est-ce que cela va suffire… Pour vous donner une idée, je rentre, 80 euros, allez 120 euros par jour quand ce n’est pas zéro…, en temps normal c’est 1200 euros en moyenne, vous saisissez !

Pendant la crise de Covid, la vigne elle, n’est pas restée confinée, la famille a travaillé dur, 7 jours sur 7, sans main d’œuvre extérieure et avec les confinements les exportations se sont arrêtées net. "On ne peut plus exporter, c’est moins 50 % aux Etats-Unis, Moins 80 % au Québec, idem pour l’Angleterre et le Japon…on n'a pas l’assurance qu’ils reprendront quand ça ira mieux, comment on fait en attendant ?"

C'est une très grosse récompense pour tout le travail de mes parents depuis 20 ans. Cette étoile vraiment, elle a une saveur particulière.

Mathilde Fournié, vigneronne Château Haut-Monplaisir à Cahors

Mathilde Fournié et ses parents, vignerons, aux chais du Château Haut-Monplaisir
Mathilde Fournié et ses parents, vignerons, aux chais du Château Haut-Monplaisir © Nicolas Fernandez
 

Sur les terres du Malbec, une histoire de famille, une étoile

Du haut de ses 26 ans Mathilde Fournié, fille et petite-fille de vignerons reçoit avec fierté cette première étoile. Le château a toujours été cité dans le guide vert sans jamais la recevoir.
Avec une petite pointe d’accent Lotois dans la voix, la jeune femme exprime sa joie et toute ses pensées vont à ses parents. Consciente d’avoir entre les mains un héritage exceptionnel, la responsabilité et le devoir d'accompagner et servir ce bout de terre en toute humilité.

"Mes parents ont porté ce terroir, on est passé de 15 hectares à 30 en bio, avec l'envie de faire toujours mieux sans jamais se satisfaire, c’est une distinction qui fait énormément plaisir et qui compte".
Les parents de Mathilde sont autodidactes :

ils ont compris qu’ils étaient assis sur un trésor, ils en ont fait quelque chose de bien, ça a pris 20 ans mais la qualité est là, cette étoile c’est une belle lecture de notre terroir.


Les parents de Mathilde ont repris le domaine en 1998 avec une conversion en bio en 2009 pour une certification en 2012. Mathilde a rejoint le domaine en 2015, elle qui ne se destinait pas du tout au travail de la vigne, elle avait en effet après son baccalauréat pris la clé des champs pour une vie étudiante à Toulouse en école de commerce. Seulement voilà avec le temps, et une expérience en entreprise pas très concluante, la jeune femme retourne sur ses terres du Lot, là où elle est née, là où elle a grandi, comme une évidence. Depuis cinq ans, elle travaille aux côtés de ses parents et a pris en main la partie commerciale et marketing et ne regrette, aujourd'hui, absolument rien !

Assommé par la crise, le domaine entre en résistance 

Une étoile et un domaine viticole mis à rude épreuve par la crise sanitaire et les deux confinements successifs. Mathilde reste positive, "c’est la vigne qui nous tient et qui nous a permis de garder la tête hors de l’eau", mais le bilan économique n’est pas bon, le domaine perd 30% de son chiffre d’affaires annuel.

C’est une période très angoissante, l’exportation représente 60% du chiffre d’affaires. On a pris une grosse claque au premier confinement là c’est rebelote. L’export s’est arrêté net d’autant plus que l’on avait déjà été pénalisé  avant la crise sanitaire par l’augmentation des taxes aux Etats-Unis.


Après le premier confinement, le domaine avait renoué avec les ventes, "on a eu un très bel été au caveau, le réseau caviste a bien fonctionné, le Lot est un département qui a été plébiscité par les Français et cela nous a fait du bien".
C’est donc un avenir plus qu'incertain qui se dessine, et comme Marc Penavayre, Mathilde espère travailler pour les fêtes de Noël. C’est une très grosse période pour nous, nous avons un site de vente en ligne mais cela ne suffit pas, il faut vraiment sauver ces fêtes de fin d’année.

C’est une grosse épreuve pour moi et mes parents, la plus grosse peut-être depuis la reprise du domaine... la filière viticole n’est pas assez soutenue, on se situe entre l’agriculture et l’agroalimentaire, on a pas de qualification réelle sur le marché, le vin c’est plus qu’un produit.

 

​​​​​Nos trésoreries sont fragiles on n’a pas les fonds de roulement d’un supermarché. De la vigne au vin il faut du temps, minimum un an et demi avant de déguster les millésimes.

 

On est fiers et émus, une étoile décernée par le Guide Vert et en plus le coup de coeur de l'édition 2O21! C’est hyper encourageant, car on s’investi beaucoup, il faut déployer énormément d’énergie surtout quand on s’installe hors cadre familial. 

Maya Sallée, vigneronne Domaine La Calmette à Cahors

 
Maya Sallée, vigneronne au Domaine La Calmette à Cahors
Maya Sallée, vigneronne au Domaine La Calmette à Cahors © Maya Sallée et Nicolas Fernandez

Coup de coeur de l'Edition 2021 et une étoile


Maya Sallée et Nicolas Fernandez sont diplômés de l’école d’agronomie de Montpellier et Toulouse. Ces deux ingénieurs en agronomie et œnologie se sont lancés dans l’aventure de la vigne et du vin il y a à peine 4 ans.
Cela ne fait pas longtemps que l’on existe. La plupart de nos vins sont des premiers voir des deuxièmes millésimes. Avoir une telle distinction c'est magnifique s'enthousiasme Maya le sourire dans la voix.
 

On a acheté 7 hectares de vignes, sans propriété ni hangar, ni chais ! On a beaucoup travaillé la vigne en essayant de refaire des sols vivants en recréant de la biodiversité, avec des insectes et en laissant pousser l’herbe. Cette première étoile est décernée sur des premiers et deuxièmes millésimes alors que l’on était encore en reconversion bio.

 

Le Domaine La Calmette à Cahors
Le Domaine La Calmette à Cahors © Maya Sallée et Nicolas Fernandez


"Exprimer l’épure", une philosophie

Il y a un courant œnologique des années 80 qui défendait l'idée de faire du vin avec du mauvais raisin.

Nous, on a pris le contre-pied de cela en essayant de produire le meilleur raisin possible puis de l’accompagner simplement en le laissant exprimer le terroir, sans vouloir trop le transformer, le contraindre et trouver de l’épure : comme un message entre le sol et celui qui le déguste.

Le domaine a moins subi la crise

Maya et Nicolas n'ont que 7 hectares de vignes, ils ont une production limitée. Ils travaillent énormément avec les cavistes et exportent leurs vins aux Etats-Unis et en Angleterre. 

Cette étoile est très importante, c'est une référence, les cavistes viennent spontanément vers nous, être un coup de cœur et étoilé d’un guide aussi prestigieux ! C'est sûr, on aura des retombées, c’est indéniables, ça porte !

Le domaine est jeune et si lors du premier confinement, les ventes ont un peu chuté, les vignerons ont pu maintenir une activité grâce à leur présence sur les réseaux sociaux et la vente en ligne. "C’est sûr que le contexte est anxiogène mais on se maintient, on avance", précise Maya Sallée.

Un goût de paradis

Des étoiles dans le coeur, tous s’accordent sur une note savoureuse : " La seule chose positive dans cette année de m...., c'est la qualité des jus", explique Marc Penavayre avec du corps dans la voix. 
La récolte 2020 est paraît-il exceptionnelle, les jus sont divins, "d'une finesse et d'une délicatesse inégalées, à leur place", ajoute  avec beaucoup de fierté, Maya Sallée, vigneronne du Domaine La Calmette. 
Ces trésors vont prendre un an, deux, parfois trois pour s'élever et exprimer toute leur identité. Sûr qu'à la dégustation on mettra un visage sur le breuvage, celui du vigneron. Comme le dit si bien Marc Penavayre,  "Vivement la libération"!
 
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