ENTRETIEN. Mission Deep Time en Ariège : il y a 30 ans, un spéléologue passait 113 jours sous terre dans le Gard

En 1991, le Jurassien Pascal Barrier se lance un défi fou : passer 100 jours seul et hors du temps dans la grotte gardoise de la Cocalière. Le voyage sous terre durera finalement 13 jours de plus. Alors que la mission Deep Time en Ariège vient d'arriver à son terme, il revient sur son expérience.

Entre novembre 1991 et mars 1992, Pascal Barrier a passé 113 jours dans une grotte gardoise.
Entre novembre 1991 et mars 1992, Pascal Barrier a passé 113 jours dans une grotte gardoise. © Pascal Barrier.

Pour les quinze volontaires de l'expérience Deep Time, l'heure est venue de regagner la surface. Samedi 24 avril, ces sept femmes et huit hommes ont retrouvé le soleil et leurs proches après 40 jours passés dans la grotte de Lombrives, en Ariège. Chapeautée par l'explorateur Christian Clot, cette expérimentation unique a permis de recueillir des données scientifiques : ces dernières seront étudiées pour mieux comprendre les mécanismes cognitifs de l’adaptation humaine face à un changement d'environnement.

Si l'expérience est insolite, elle n'est en revanche pas inédite. Il y a trente ans, un homme s'était déjà lancé le défi fou de vivre sous terre pendant 100 jours pour tester ses limites : il y restera finalement 13 jours de plus. Pascal Barrier a vécu seul dans la grotte gardoise de la Cocalière du 22 novembre 1991 au 13 mars 1992. Ce spéléologue jurassien de 56 ans aujourd'hui nous raconte.

Pourquoi avoir décidé de vous lancer dans ce projet ? Quelles étaient les conditions ?

J'ai toujours aimé les défis qui chatouillent la colonne vertébrale. Du coup, je me suis dit que vivre une expérience hors du temps sans repère cosmique ni social, ça pouvait être pas mal !

Je suis arrivé dans la grotte et je me suis emmuré. Je ne voulais aucun contact avec l'extérieur. Je n'avais pas de montre, pas de soleil. J'étais seulement connecté aux pompiers par une ligne spéciale : j'envoyais des messages pour leur dire que j'allais bien, je leur signalais aussi quand je me levais et me couchais. J'avais également la possibilité de lancer un SOS. Par contre, ils ne pouvaient pas me répondre. 

Comment viviez-vous dans la grotte ?

Pour me nourrir, j'avais des conserves et un Campingaz pour faire chauffer les aliments. Et quelques produits frais au début, mais ça n'a pas tenu longtemps. C'est pourquoi j'avais très envie de fraises, de frites et d'oeufs à la fin de l'expérience !

Autrement, comme la grotte était grande (NDLR : 8 kilomètres), je faisais du VTT, du canoë, du footing : j'ai fait énormément de kilomètres ! J'avais une lampe frontale pour m'éclairer. 

Le spéléologue se nourrissait de boîtes de conserve.
Le spéléologue se nourrissait de boîtes de conserve. © Pascal Barrier.

Qu'avez-vous découvert sur le corps humain et sur vous-même ?

Quand on est comme ça, hors du temps, on vit comme on a envie de vivre : c'est notre organisme qui nous fait fonctionner. On va se coucher quand on a sommeil, on mange quand on a faim et on se réveille quand on se réveille. Finalement, je me suis retrouvé avec un biorythme de 25 heures au lieu de 24 heures ! 

Moralement, je suis vraiment passé par toutes les phases : de la joie, à l'euphorie, à la déprime, à la folie. Toutes ces émotions qu'on peut avoir dans une vie, je les ai vécues à ce moment-là. De l'autre côté, je me sentais bien. Quand on est dans la grotte, on est comme dans un cocon : elle nous protège. On n'est plus dans le métro-boulot-dodo, il n'y a plus le regard des autres.

Lorsqu'il n'y a que soi, on ne pense qu'à soi : il n'y a personne qui nous ralentit. Mais en revanche, s'il nous arrive quelque chose, on est vraiment tout seul et on ne peut pas le partager. Ça m'a fait réaliser que j'aimais aussi passer du temps en groupe.

Pourquoi avoir rallongé votre expérience ?

Au bout de 100 jours, les pompiers ont rebranché le téléphone pour prendre contact avec moi et ils m'ont prévenu que mon objectif était atteint. Ils m'ont appris par la même occasion qu'un professeur voulait suivre mon expérience et c'est pourquoi je suis resté treize jours de plus dans la grotte.

Une vie presque normale... sous terre !
Une vie presque normale... sous terre ! © Pascal Barrier.

Quel regard portez-vous sur la mission Deep Time, qui vient de se terminer en Ariège ?

Je suis sûr que les volontaires sont contents d'être sortis pour faire tout ce qu'ils n'ont pas pu faire ces dernières semaines ! Je pense que cette mission peut être positive si elle apporte quelque chose scientifiquement. En réalité, il est difficile de comparer nos deux expériences car elles sont très différentes et la finalité n'est pas la même. 

En ce qui me concerne, je me suis concentré sur moi et sur mon ressenti. En groupe, si vous avez un coup au moral, vous pouvez aller voir votre copain pour échanger. Et il suffit qu'il y ait un bout-en-train dans le lot pour que ça devienne presque une partie de rigolade !

J'avoue que comme ça, la mission Deep Time pourrait presque ressembler à une colonie de vacances en comparaison avec mon expérience ! Dans tous les cas, les participants en garderont un souvenir mémorable.

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