Féminicides : comment aider les femmes victimes de violences à sortir de ce cercle mortel ?

Manifestation pour lutter contre les féminicides le 9 septembre dernier / © Maxppp
Manifestation pour lutter contre les féminicides le 9 septembre dernier / © Maxppp

Quand des femmes sont tuées par leur compagnon, mari ou "ex", l'entourage regrette souvent de n'avoir pas vu, entendu ou su être présent. Alors comment les aider ? Nous avons sollicité l'association toulousaine spécialisée Olympe de Gouges.

Par Christine Ravier

Le regard des autres sur les femmes victimes de violences peut contribuer, même un tant soit peu, à changer leur regard sur elles-mêmes, ou en tous cas à ne pas les accabler. L'association spécialisée Olympe de Gouges accueille et héberge des femmes victimes de violence à Toulouse. Grâce à la contribution de sa directrice, Emmanuelle Vrignault et aux écrits de Marie-France Hirigoyen, nous proposons 7 clés pour les aider.
 

1. Les croire et ne pas minimiser les risques qu’elles encourent

"Les femmes victimes de violences ont le sentiment que personne ne les croira car le visage de l’agresseur qu’elles connaissent n’est pas celui qu’il donne à voir à l’extérieur. Elles ont besoin d’être rassurées pour se sentir en confiance, explique Emmanuelle Vrignault. La reconnaissance par une tierce personne est essentielle, ce qu’elles nous disent doit être pris au sérieux. On ne peut tout simplement pas douter lorsqu’elles nous rapportent leur récit. On doit prendre au sérieux leur crainte de mourir".

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et les commentaires après les féminicides aussi : "jamais on n’aurait pensé…". Elles, en revanche, savaient ce qu’elles risquaient, notamment en partant. Beaucoup de femmes sont tuées parce qu’elles ont voulu quitter un conjoint violent.

2. Ne pas les juger

Ces femmes sont des victimes. Pour qu’elles parlent, il faut qu’elles se sentent en confiance et bénéficient d’une écoute bienveillante. Cela veut dire avoir l’esprit clair : "aucune excuse ne peut être trouvée à un acte de violence » affirme Emmanuelle Vrignault.

"La victime est une personne qui subit un préjudice physique, matériel ou moral. Ces faits engagent la responsabilité pénale de leur auteur. La reconnaissance de cet état de victime est primordiale dans la reconstruction d’une personne".

3. Leur laisser le temps, maintenir le lien

Ces femmes endurent pendant des mois, des années, parfois des dizaines d’années des insultes, des menaces, des humiliations, des coups. Elles sont atteintes dans leur intégrité par ces violences. Et l’emprise de leur agresseur sur leur psychisme ne peut pas se dissiper d’un instant à l’autre. Elles ont besoin de temps pour se reconstruire. "Elles doivent pouvoir compter sur le soutien durable des personnes qui les écoutent et les croient, insiste Emmanuelle Vrignault. La notion de temporalité est essentielle à prendre en compte. Le temps est une condition essentielle dans leur reconstruction".

4. Les aider à regagner l’estime d’elles-mêmes

"Les violences psychologiques, c’est une mise à sac de la confiance en soi et de l’estime de soi, constate Emmanuelle Vrignault. La violence induit la perte de l’identité de la victime, la perte de sa dignité. Elle finit par croire que ce qu’elle vit est normal, que c’est elle le problème, qu’elle n’a que ce qu’elle mérite".
Les violences psychologiques fracturent ce qui constitue l’individu, au plus profond de lui-même. Ces femmes ont besoin de reprendre conscience d’elles-mêmes, de leurs qualités, de leur droit à être respectées et à vivre une vie digne.

5. "Ce n'est pas votre faute !"

Les femmes se culpabilisent systématiquement de la situation. Il faut prendre le temps de leur expliquer, même si c’est une évidence, que ce qui leur arrive n’est pas de leur faute. "Ce n’est pas vous qui lui dites qu’il est moche, gros et "con" !" schématise une aidante... Pour contrer la spirale de destruction à l’œuvre, l’humour peut être une arme efficace.

6. Parler des enfants, victimes directes

Beaucoup de mères ont le sentiment de mettre en danger la famille et l’équilibre de leurs enfants si elles quittent leur conjoint violent. Or, comme le dit le psychiatre Bernard Vilamot, quand ils forment les professionnels du secteur des violences faites aux femmes : "Il ne faut pas rester pour les enfants. Il faut partir pour les enfants !". Ils subissent de plein fouet les violences faites à leurs mères. Ils en sont les témoins et ils donc sont des victimes directes, qu'ils soient ou non visés par les coups.

7. Lister les numéros d’appel et les personnes ressources

Le "3919" est le numéro d’urgence à retenir et  peut être appelé à tout moment pour dénoncer des faits de violence. Ce numéro d’écoute est la porte d’entrée permettant aux femmes d’être entendues. Le but : leur faire prendre conscience qu’elles ne sont pas seules à vivre cela et que comme d’autres, chacune à sa façon, elles peuvent s’en sortir. Les victimes peuvent grâce à ce numéro vert être orientées vers des associations spécialisées formées à l’accompagnement des femmes victimes de violence.
 

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