Féminicides : comment l'entourage peut-il identifier les situations à risque ?

Manifestation pour lutter contre les féminicides le 9 septembre dernier / © Maxppp
Manifestation pour lutter contre les féminicides le 9 septembre dernier / © Maxppp

Parents, amis, proches de femmes victimes de féminicides, beaucoup s’en veulent de n’avoir pas vu, pas su intervenir ni percevoir l’imminence du danger. Quelques points de repères avec une déléguée au droit des femmes.

Par Christine Ravier

Les féminicides ne se produisent pas au hasard. Ils constituent l’aboutissement d’un processus qui conduit à l’anéantissement d’une femme par un homme, sans parler des autres victimes directes : les enfants. Avec Isabelle Comolli-de-Monpezat, déléguée au droit des femmes dans le Lot, et en s'appuyant sur le travail de Marie-France Hirigoyen, voici 6 clés pour décrypter ces situations avant qu’il ne soit trop tard.

1. Des paroles ou des gestes blessants

La violence psychologique précède souvent la violence physique, qui, elle, est rarement exercée devant les proches. Le partenaire violent s’en prend à sa victime avec des paroles ou des gestes blessants. Il attaque sur le mode humour et en public, son aspect physique (mal habillée, mal coiffée), ses façons de faire, d'être, sa pensée, ses ressentis et la fait douter d’elle-même. Il "met les rieurs de son côté" en faisant en sorte d’être approuvé par l’entourage.

2. Elle pense qu'elle ne vaut rien

Cette disqualification enferme la victime dans le mutisme. Elle se dévalorise. Face au mépris, elle pense qu’elle ne vaut rien, qu’elle n’est capable de rien. Elle intègre ce qu’il dit d’elle. 

3. Une inversion de la culpabilité

On assiste à une inversion de la culpabilité. La personne qu’elle aime, à laquelle elle est liée par des sentiments forts, la dénigre en permanence. Elle se sent coupable. Elle est submergée par la honte de ne pas être à la hauteur. Elle croit que "s'il la traite comme ça, c’est de sa faute" explique Isabelle Comolli-de-Monpezat. Elle ne se révolte pas. Elle ne dit rien et cache la réalité de ce qu’elle vit à tout le monde y compris, et surtout, à sa famille.

4. Elle est progressivement isolée

L’agresseur l’isole progressivement de sa famille, de ses amis. Il l’empêche d’avoir une vie sociale et fait en sorte qu’elle dépende de lui. Sa vie à elle n’a de raison d’être que par rapport à la sienne. Elle doit s’occuper de lui, être là pour lui et uniquement pour lui.

5. Elle a peur de lui

Même si elle ne le reconnait pas ou n’en a pas conscience, elle a peur de lui, de ses réactions. Il peut claquer des portes, casser des objets, maltraiter un animal, faire monter la tension de telle manière qu’elle finit par vivre dans la terreur d'une explosion. 

6. Elle vit dans l'insécurité

L’agresseur la maintient dans cette insécurité. Non seulement, elle ne sait pas quand la situation peut devenir explosive, mais le plus souvent il ne lui parle pas, ne répond pas à ses attentes. A de rares exception près, il l’ignore, se montre insensible à ce qu’elle exprime ou bien explose : "tu ne sais dire que les "conneries" que tes copines (ou collègues) te mettent dans la tête"... parce qu'évidemment tous les proches de la victime ne valent pas mieux qu'elle !

 

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