Filière djihadiste à Lunel : les médias dans le collimateur du maire

De nombreux médias locaux et nationaux ont suivi la visite du ministre de l'Intérieur / © Carine Alazet F3 LR
De nombreux médias locaux et nationaux ont suivi la visite du ministre de l'Intérieur / © Carine Alazet F3 LR

Dans un courrier distribué dans les boîtes aux lettres des Lunellois, le Maire de Lunel (Hérault) dénonce la médiatisation, qu'il estime outrancière, de l'affaire des 15 jeunes de sa commune partis au djihad (6 sont décédés). Pour l'opposition de gauche, Claude Arnaud (DVD), est "dans le déni".

Par Valérie Luxey

C'est un courrier d'une trentaine de lignes que nous nous sommes procurés. Daté du 2 février et distribué ce vendredi 6 février dans les boîtes aux lettres des Lunellois, il est signé du maire de Lunel (Hérault). Claude Arnaud (DVD), y dénonce la médiatisation, qu'il juge outrancière de l'affaire des 15 jeunes de sa commune partis faire le djihad en Irak et en Syrie. 6 d'entre eux y ont trouvé la mort en quelques mois.

Un contexte politique et judiciaire particulier

Cette lettre intervient une semaine après le vaste coup de filet du 27 janvier dernier, visant à démanteler une supposée filière djihadiste. 5 personnes ont été mises en examen dans ce dossier, dirigé par le Parquet anti-terroriste de Paris. Mais aussi à la veille de la visite, ce samedi, du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, venu à Lunel rassurer la population et réaffirmer l'autorité de l'Etat. Un déplacement très médiatisé, puisque nos reporters sur place, Carine Alazet et Nicolas Chatail, ont constaté la présence de nombreux organes de presse locaux et nationaux.

Un maire qui dénonce un traitement stigmatisant

Dans son courrier, Claude Arnaud pointe du doigt "un traitement disproportionné et subjectif" de la part de certains médias. Il souligne qu'à plusieurs reprises, il a reçu "des journalistes de médias nationaux et internationaux pour leur expliquer qu'on ne pouvait pas résumer Lunel à quelques titres accrocheurs qui ne reflétaient pas la réalité quotidienne" de la ville. Il ajoute "la plupart n'ont pas diffusé l'interview ou l'ont réduite à sa plus simple expression". 

Un maire discret dans les médias locaux

Sollicité à plusieurs reprises par France 3 Languedoc-Roussillon, le maire de Lunel n'a jamais donné suite à nos invitations à venir s'exprimer sur notre antenne. Le 27 janvier dernier, jour du coup de filet qui a conduit à la mise en examen de 5 suspects, Claude Arnaud a répondu aux seules questions de nos confrères de France Bleu Hérault.

Un maire qui se pose en garant de l'image positive de sa ville

Plus loin, le maire de Lunel développe ses arguments en faveur d'une image positive de sa commune : "c'est un tissu associatif riche et varié, c'est une jeunesse qui s'épanouit, c'est une identité camarguaise profondément enracinée, c'est un environnement préservé, ce sont des animations et des spectacles qui sont autant de rendez-vous populaires, ce sont des équipements et des services que beaucoup pourraient nous envier en matière de santé, de sport, de culture, de scolarité, de commerces, d'administrations, etc..."

Un discours dénoncé par l'opposition municipale

Joint par téléphone, Philippe Moissonnier, conseiller municipal d'opposition socialiste de Lunel, réfute ces arguments : "il est dans le déni. Et c'est normal : quand il est arrivé, il y avait 10 médiateurs dans les quartiers, il y en a 2 aujourd'hui. La place a été prise par les prédicateurs et les dealers. Il faut qu'il fasse son auto-critique". Philippe Moissonnier mise désormais sur le nouveau contrat de ville, dont il attend beaucoup "à condition qu'il soit co-piloté par le préfet". Pessimiste, il ajoute : "il ne faut pas se leurrer, des morts et des départs, il y en aura encore. Et pas qu'à Lunel. On doit se prémunir".

Déni pour l'opposition, volontarisme selon le maire

Néanmoins, en conclusion de sa lettre à ses administrés, Claude Arnaud affirme que "personne ne nie la réalité des problèmes que [nous] rencontrons" et assure qu'il continuera, avec son équipe, à "travailler avec acharnement pour améliorer la qualité de vie des Lunellois". Dans un communiqué de presse, en décembre dernier, le maire de Lunel appelait à une réponse forte de l'Etat, tout en soulignant que "le départ et le décès de ces jeunes est un problème qui touche l'ensemble du territoire national, mais aussi l'ensemble de la communauté internationale" et pas seulement sa commune.


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