Insécurité à Nîmes : le maire et deux députés reçus par le ministre de l'Intérieur G. Darmanin

C'est en quelque sorte l'union sacrée autour de l'insécurité à Nîmes. Ce 23 septembre, le maire LR Jean-Paul Fournier et les deux députés LREM Françoise Dumas et Philippe Berta sont reçus par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Sur la table, état des lieux et demande de moyens.

Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes.
Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes. © F3 LR
Depuis janvier 2020, Nîmes connait des violences répétées d’une extrême gravité : attaques à l’arme de guerre (tirs de kalachnikov), meurtre dans le quartier de Chemin Bas d’Avignon, règlements de compte, attaque au mortier, violences sexistes, actes de délinquance et agressions sur le réseau de transport, agressions contre les pompiers… Autant d'évènements qui ont marqué notamment la dernière campagne, en deux temps, des élections municipales. Au lendemain de sa réélection pour un quatrième mandat, le maire Jean-Paul Fournier et son adjoint à la sécurité ont proposé aux présidents des groupes politiques, opposition comprise, de travailler aux demandes à formuler auprès du gouvernement pour lutter contre l'insécurité grandissante.

L'état des lieux 

Selon la ville, avec 9% de son budget municipal consacré à la sécurité, Nîmes possède pourtant la 1ère Police Municipale en effectif des villes de moins de 200 000 habitants (7ème au niveau national) :  164 policiers municipaux sont affectés à la Sécurité contre 74 en 2001.

Nîmes se classerait également 2ème ville la mieux vidéoprotégée de France, avec 433 caméras qui auraient permis 690 interpellations en 2019. Selon le maire, en 20 ans, l’action de la Ville a permis de réduire de 45% les cambriolages et de baisser de 64% des vols avec violence.
 

Augmentation de la violence et demandes à l'Etat

Cependant, la délinquance s’est reportée sur des actes plus violents liés à l’économie souterraine et au trafic de stupéfiants, mais aussi à plus d’incivilités au quotidien et de violences en direction des femmes.
Un sentiment d’impunité des contrevenants des actes criminels par leur nature et leur intensité qui appelle la Ville à demander des mesures fortes et concrètes de l’Etat, en ce que ces actes relèvent exclusivement de sa compétence.
 
Attentive à la pétition « change.org » et à la « Boite à idée et doléances » initiée par « Rassemblement citoyen contre les violences à Nîmes et en soutien à Mya », à la manifestation organisée par « Les rues de Nîmes », à la campagne de communication « Ensemble luttons contre le connardvirus » initiée par les blogueuses « Les Nîmoises », la Ville a recueilli de multiples témoignages et revendications.

" La grande politique de renouvellement urbain et ses mesures d’accompagnement social, de réussite éducative et de requalification des espaces publics autour du bien vivre ensemble que nous menons pour Nîmes doit impérativement être accompagnée du déploiement d’actions ciblées et de moyens matériels et humains supplémentaires permanents dans les quartiers les plus touchés par l’augmentation de la violence." explique Jean-Paul Fournier.

Un contexte local explosif 

Nîmes s’inscrit ces dernières années dans une spirale d’actes criminels de plus en plus violents. L’insécurité dans les quartiers est en forte augmentation et l’ensemble des personnels du secteur public fait face quotidiennement à des situations de plus en plus difficiles.
 

L’économie souterraine gangrène la majeure partie des quartiers dits « sensibles » de notre territoire, avec comme acteur principal le trafic de stupéfiants.

Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes


" Si la verbalisation des utilisateurs par procès-verbal électronique est une première réponse, ce n’est pas suffisant pour stopper les micros-trafics. Les brigades de stupéfiants dans les commissariats sont impuissantes en raison d’un manque d’effectifs et une procédure judiciaire trop lourde "  poursuit Jean-Paul Fournier.
 
Faits les plus représentatifs de cette violence depuis janvier 2020 (selon les chiffres recensés par la Ville) :

- 17 faits de violences avec arme
- 12 fusillades/coups de feu
- 5 homicides ou tentatives d’homicide - 3 meurtres et 6 blessés
- 4 vols à main armée
- 10 actions policières de découverte d’armes et/ou de munitions
- Augmentation des violences faites aux femmes
- Augmentation de l’implantation des points de deals dans des rues et artères Nîmoises
- Augmentation de la violence subie dans le réseau de transport Tango : injures, menaces et agressions de contrôleurs de bus (dont une attaque avec chien de catégorie 1) et caillassages de bus
 

Renfort de policiers 

D'après le maire et plusieurs élus de diverses tendances politiques, la Police Nationale manque d’effectifs et de moyens matériels.
La Direction centrale de la Sécurité publique subit un manque crucial d’effectif. La « brigade des stupéfiants » par exemple, ne représente que 3 enquêteurs qui doivent couvrir les secteurs des stupéfiants, du proxénétisme et du trafic de voiture.
Départs à la retraite, mutations satisfaites et intégrations des écoles de police ne sont pas remplacés.

Le renfort ponctuel de CRS ne suspend qu’un certain temps les trafics mais n’a pas d’impact sur le long terme.

L’emploi du « Groupe de sécurité de proximité » est souvent détourné de sa mission première par manque de personnel : extraction de la maison d’arrêt, présentation à magistrat, session d’assise…

D’ici deux ans, un grand nombre de policiers vont partir à la retraite et ces derniers ont un volume de récupération d’heures supplémentaires pouvant aller jusqu’à deux ans. Période durant laquelle ils ne sont pas remplacés.

La montée de la délinquance cumulée au manque d’effectif impactent grandement les services de sécurité Nîmois.

  

Plateforme commune des demandes au ministère de l'intérieur 

Pour une meilleure affectation des moyens adaptés à la situation nîmoise, Jean-Paul Fournier et les élus associés à la réflexion proposent :

* la réalisation d’un audit, piloté par le Ministère et par délégation la Préfecture du Gard qui pourrait rassembler autour de la table tous les acteurs de la sécurité : autres institutions et collectivités, des acteurs associatifs. Ce travail permettrait de dresser une cartographie de la délinquance indispensable à une occupation judicieuse du terrain par les forces de police.

* Doter la Police Nationale de personnels adaptés à la situation.
Pour les élus, le calcul d’abondement en effectifs ne doit pas uniquement se baser sur le ratio au nombre d’habitants mais doit prendre en compte :
- le niveau de délinquance
- les flux de population en période touristique
- le volume de festivités
- les spécificités juridiques de la ville : présence d’une cours d’appel et maison d’arrêt
- les spécificités territoriales comme l’étendue de la ville.

 * Octroi d'aides pour la lutte contre les violences faites aux femmes, avec des subventions pour les associations de lutte contre les violences faites aux femmes. Le 10 juillet, Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les hommes et les femmes, annonçait ainsi affecter 3M€ de subvention aux associations.
Des associations nîmoises (Via Fémina Fama, CIDFF30, Croix Rouge…) sont ainsi mises dans la liste de potentiels bénéficiaires.

* Demande d’hébergements d’urgence supplémentaires pour les femmes victimes de violences : 1M€ ont été annoncés par le gouvernement pour des places d’hébergement supplémentaires. Le 2 septembre dernier, le Premier ministre Jean Castex a annoncé 1 000 places supplémentaires. Combien de places la ville de Nîmes bénéficiera t-elle ?

Autant de demandes, restent à connaître les réponses.


 
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