La corrida en France : une tradition à la peau dure vieille de 170 ans

Publié le
Écrit par Isabelle Bris .

La corrida est de retour dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale ce jeudi 24 novembre. Députés "insoumis" et écologistes proposent à nouveau un texte pour tenter de l'interdire en France. Aucun projet de loi en ce sens n'a jamais obtenu de majorité.

Tradition venue d'Espagne, la première corrida s'est déroulé en France en août 1853 à Bayonne, en l'honneur d'Eugénie de Montijo, l'épouse d'origine andalouse de Napoléon III, qui y passait ses vacances.           

Dans son ouvrage "Histoire de la tauromachie", l'historien gardois Bartolomé Bennassar, disparu en 2018, y faisait référence. Selon cet écrivain, qui fut un grand spécialiste de la culture espagnole, cette pratique s'est pérennisée dans le sud de la France car elle y a trouvé un ancrage dans des traditions locales plus anciennes, comme les jeux taurins, qui, eux, n'entraînent pas la mise à mort de l'animal.

D'une part, la tradition landaise, qui s'étendait jusqu'au Gers et au Pays basque, et d'autre part la tradition camarguaise, existante dans toute la zone du delta du Rhône.

Bartolomé Bennassar, historien

Première corrida "interdite" à Nîmes en 1894

Pendant la IIIe République, des corridas sont organisées dans ces régions, parfois contre l'avis des autorités. A Nîmes en 1894, bien qu'interdite, une corrida est donnée avec le soutien du poète Frédéric Mistral, prix Nobel de littérature, "au nom des libertés méridionales", racontait Bartolomé Bennassar à l'AFP il y a quelques années.

Petit à petit, une sorte de tolérance se met en place, les tribunaux se prononçant généralement en faveur des organisateurs, dès lors qu'étaient respectées les zones dites "de tradition taurine".

La première féria officielle de la ville de Nîmes aura lieu au printemps 1952. Depuis 1955, c'est la municipalité qui organise cette fête.

En juin 2022, la ville fêtait ses 70 ans de feria, événement qui attire en moyenne un million de visiteurs chaque année dans les rues de la capitale gardoise et dont les corridas constituent l'un des points forts.

Régime dérogatoire pour la corrida 

En France, la corrida est donc légalement autorisée depuis 1951 dans une dizaines de départements du Sud de la France où elle représente une "tradition locale ininterrompue".

Alors que le code pénal punit de trois ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende les "sévices graves" et "actes de cruauté" infligés aux animaux, des peines portées à cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende en cas de mort de l'animal, la corrida bénéficie d'un régime dérogatoire (article 521-1). 

Dans un arrêt d'avril 2020, la cour d'appel de Toulouse a considéré qu'il "ne saurait être contesté que dans le Midi de la France entre le pays d'Arles et le pays basque, entre garrigue et Méditerranée, entre Pyrénées et Garonne, en Provence, Languedoc, Catalogne, Gascogne, Landes et Pays Basque existe une forte tradition taurine".

Inscrite en 2011 à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France, ce qui avait poussé plusieurs organisations anti-corrida à former des recours juridiques, la corrida avait finalement été retirée de la liste publiée en ligne.

Une centaine de corridas organisées chaque année

La France reste l'un des huit pays du monde où des corridas sont encore organisées avec l'Espagne, le Portugal, la Colombie, le Mexique, l'Equateur, le Pérou et le Venezuela, parfois avec des restrictions.

Une centaine de corridas y sont organisées chaque année, "ce qui représente moins de mille taureaux" tués par an, selon André Viard, président de l'Observatoire national des cultures taurines (ONCT).

Un chiffre qui demeure constant depuis plus de quinze ans.

Plus de corrida en Catalogne depuis 2016          

La Catalogne, considérée comme l'un des berceaux de la corrida, est parvenue à l'interdire en 2010. Là aussi, à l'époque, les débats avaient été très vifs, d'autant que Barcelone a été la seule ville d’Espagne à compter trois arènes en activités au début du XXe siècle.

Mais, à partir des années 2000, les corridas ont commencé à tomber en désuétude. La progression de la cause animale et le contexte politique local ont abouti à son interdiction.

Les Indépendantistes catalans, pour qui le taureau représentait le symbole du nationalisme espagnol, se sont alliés aux défenseurs des animaux pour avoir la peau de la corrida.

Même si en 2016 le conseil constitutionnel espagnol a invalidé l’interdiction, dans les faits, plus aucune corrida n’a eu lieu en Catalogne.

En revanche, il reste d'autres spectacles taurins dans le sud de cette région et dans celle de Valence : chaque été, on célèbre dans des villages du sud de la région les "correbous", festivité où l'on attrape un taureau avec des cordes pour lui incendier les cornes avant de le lâcher dans les rues.

Des plaintes pour maltraitance animale ont été déposées, cet été, contre ces spectacles.

Nouveau round à l'Assemblée nationale

En France, les pro-corrida ont remporté une première manche récemment : les députés réunis en commission se sont prononcés, mercredi 16 novembre, contre l'interdiction de la corrida, rejetant une première fois la proposition de loi du parlementaire LFI Aymeric Caron.

La proposition doit encore être débattue ce jeudi 24 novembre dans l'hémicycle, à l'initiative du groupe La France insoumise.

Les débats entre pro et anti-corrida restent très vifs, en particulier sur les réseaux sociaux, et ce dans tous les secteurs de la société.

 

Ecrit avec l'AFP.

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